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Raphaël Simon

L'exposition « Éternel Tintoret » au Musée Jacquemart-André dévoile la maîtrise du peintre vénitien

Une trentaine d'œuvres de Tintoret réunies à Paris du 11 septembre 2026 au 24 janvier 2027 révèlent la virtuosité et la complexité d'un maître de la Renaissance vénitienne. Première rétrospective de cette ampleur en France.

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Une sélection d'œuvres suffisante pour démontrer le génie

Pour les grands maîtres, une trentaine d'œuvres suffisent amplement à rappeler leur génie. Au Musée Jacquemart-André, à Paris, une sélection de peintures et de dessins de Jacopo Robusti (1518/1519-1594), dit Tintoret en raison du métier de teinturier exercé par son père, confirme que l'artiste vénitien appartient à cette aristocratie artistique. L'exposition, qui se tient du 11 septembre 2026 au 24 janvier 2027, présente pour la première fois en France un panorama complet de sa carrière.

Il ne s'agit pas d'une rétrospective exhaustive, d'ailleurs impossible à réaliser. Les cycles monumentaux de la Scuola Grande di San Rocco, sur lesquels Tintoret a travaillé pendant plus de vingt ans (1564-vers 1588) et qui comptent plus de soixante toiles illustrant des épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament, ne peuvent quitter Venise. Il en va de même pour ses autres grands ensembles religieux destinés aux églises et au palais des Doges. Cette anthologie, montée grâce aux prêts de musées français et italiens principalement, n'en demeure pas moins remarquable.

Certes, l'absence de Vénus et Mars surpris par Vulcain (vers 1551-1552 ou 1555), conservé à Munich, constitue un manque. Une seconde salle consacrée aux dessins aurait également enrichi le propos, tant Tintoret rivalise sur le papier avec Michel-Ange (1475-1564). Néanmoins, l'exposition parvient à rendre sensible à la fois la virtuosité tournoyante qui a fait la réputation de l'artiste et ce qui se trouve sous cette virtuosité, une complexité plus profonde.

Un peintre vénitien par excellence

Tintoret a passé toute sa vie à Venise et n'a quitté la Sérénissime qu'une seule fois, pour un voyage à Mantoue en 1580. Sa production immense fut entièrement destinée aux églises, confréries, dirigeants vénitiens et à l'État vénitien. Cette attache profonde à sa ville natale caractérise son œuvre et sa pratique artistique.

Le Musée Jacquemart-André, installé dans un somptueux hôtel particulier haussmannien du XIXe siècle construit par les collectionneurs Édouard André et son épouse Nélie Jacquemart, s'avère un écrin particulièrement approprié pour cette exposition. Le couple avait en effet réuni une collection exceptionnelle avec une prédilection marquée pour l'art de la Renaissance italienne. Le musée poursuit cette tradition avec régularité, ayant présenté ces dernières années des expositions consacrées à Caravage (2018-2019), Botticelli (2021-2022), Giovanni Bellini (2023) et Artemisia Gentileschi (2025).

Entre maniérisme et drame narratif

Classé parmi les peintres maniéristes, Tintoret se distingue toutefois par une approche moins préoccupée par l'élégance stylistique que par le drame narratif. Son ambition était de combiner l'usage de la couleur propre à Titien avec les formes énergiques de Michel-Ange. Cette synthèse unique confère à son œuvre une dynamique singulière.

Parmi les œuvres présentées figure Suzanne et les vieillards (vers 1555-1556), une huile sur toile de 146 x 193,6 cm conservée au Kunsthistorisches Museum de Vienne, qui illustre un épisode biblique du Livre de Daniel. L'exposition démontre également comment l'héritage artistique de Tintoret a influencé la peinture française du XIXe siècle, faisant de lui une référence majeure pour les artistes français de cette période.

Une dynastie artistique vénitienne

La carrière familiale de Tintoret se prolongea à travers ses enfants : sa fille Marietta (vers 1560-1590) et son fils Domenico (1560-1635) devinrent également peintres. Domenico prit finalement la direction du vaste atelier paternel, assurant la continuité de cette dynastie artistique vénitienne.

L'exposition révèle ainsi un artiste dont la maîtrise technique spectaculaire ne doit pas occulter la profondeur de la réflexion artistique. Derrière les compositions tourbillonnantes et les audaces formelles se dessine un créateur complexe, dont l'influence traverse les siècles.

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