Cinéma

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Chloé Bonnet

Documentaire « Naza » sur Gaza : les réalisateurs israéliens accusés de « trahison » après leur prix à Venise

Le documentaire « Naza », lauréat du prix spécial du jury à la Mostra de Venise, suscite une vive polémique en Israël. Le ministre de la culture réclame la déchéance de nationalité des réalisateurs Yuval Abraham et Rachel Szor.

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Un prix à Venise qui déclenche une tempête politique

Le documentaire « Naza », qui a remporté le prix spécial du jury lors de la 83e édition du festival de Venise samedi 12 septembre, provoque une tempête politique en Israël. Les deux réalisateurs israéliens, Yuval Abraham et Rachel Szor, font face à des accusations de « trahison » de la part de responsables gouvernementaux pour ce film consacré à la guerre à Gaza.

Le festival international de cinéma de Venise, qui s'est déroulé du 2 au 12 septembre 2026 sous la direction d'Alberto Barbera, a réservé un accueil exceptionnel au documentaire. Lors de sa projection le 10 septembre, « Naza » a reçu une ovation debout de 24,5 minutes, établissant un nouveau record dans l'histoire de la Mostra et dépassant les 22 minutes accordées l'année précédente au film « The Voice of Hind Rajab ». Le jury principal, présidé par la cinéaste américaine Maggie Gyllenhaal, a ensuite distingué l'œuvre par son prix spécial.

Un ministre israélien réclame la déchéance de nationalité

La réaction officielle israélienne n'a pas tardé. Miki Zohar, ministre de la culture et des sports depuis décembre 2022 et membre influent du Likoud, le parti du Premier ministre Benyamin Netanyahou, a qualifié dimanche soir le documentaire de « film méprisable » et sa récompense de « révoltante ». Accusant les réalisateurs de rechercher « les applaudissements des antisémites du monde entier », il a réclamé leur déchéance de nationalité pour « trahison envers l'État ».

Cette position de Zohar s'inscrit dans une série de confrontations avec l'industrie cinématographique israélienne. Plus tôt en 2026, le ministre avait déjà tenté de suspendre le financement public des prix Ophir après que le film « The Sea », centré sur un jeune Palestinien, ait remporté le prix du meilleur film et soit devenu la proposition israélienne pour les Oscars. Zohar avait alors argué que l'argent des contribuables ne devait pas soutenir des œuvres qu'il jugeait irrespectueuses envers l'armée israélienne.

Un titre lourd de sens

Le titre « Naza » lui-même porte une signification particulière : il s'agit d'un acronyme militaire dérivé du terme hébraïque « nezek agavi », utilisé par les forces de défense israéliennes pour désigner le nombre estimé de victimes civiles attendues comme dommages collatéraux lors du ciblage d'un lieu.

Le documentaire s'appuie sur des entretiens avec 24 officiers du renseignement et soldats israéliens qui décrivent les systèmes de ciblage assistés par intelligence artificielle et les méthodes de surveillance déployées par l'armée israélienne à Gaza. Ces révélations avaient déjà été partiellement publiées dans les mois suivant les attaques du 7 octobre 2023 par The Guardian, producteur du film, en collaboration avec +972 Magazine et Local Call.

Des cinéastes oscarisés

Yuval Abraham, journaliste d'investigation israélien travaillant pour +972 Magazine et Local Call, est également traducteur arabe-hébreux. Il a cofondé « Across the Wall », une plateforme qui traduit en hébreu des récits de Palestiniens de Gaza. Avec Rachel Szor, il avait déjà remporté l'Oscar du meilleur documentaire en 2025 pour « No Other Land », un film documentant la violence des colons israéliens contre les communautés palestiniennes en Cisjordanie, coréalisé avec les cinéastes palestiniens Basel Adra et Hamdan Ballal.

Avigdor Liberman, ancien ministre de la défense et dirigeant d'un parti d'extrême droite dans l'opposition à Netanyahou, a dénoncé « un tissu de diffamations et de calomnies contre l'État d'Israël, contre Tsahal et contre nos magnifiques combattants ». Il a qualifié le festival de « woke » et d'« antisémite », tout en saluant la série « Fauda », dont la cinquième saison venait d'être lancée mondialement sur Netflix le 8 septembre, soit quatre jours avant la cérémonie de clôture de Venise. Cette saison se déroule deux ans après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023. « Nous avons un ministère des affaires étrangères – on l'appelle Fauda », a affirmé Liberman.

Malgré ces attaques, le quotidien israélien de gauche Haaretz a donné la parole aux deux réalisateurs, qui ont exprimé leur volonté de distribuer le film « aussi largement que possible » en Israël.

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