Les agents d'intelligence artificielle révolutionnent les achats en ligne
Imaginez vouloir préparer un pot-au-feu pour moins de 15 euros par personne. Les légumes, viandes et herbes sont disponibles dans votre quartier, mais comment dénicher la meilleure qualité au meilleur prix sans y consacrer tout votre après-midi ? Cette charge mentale pourra bientôt être confiée à un robot doté d'intelligence artificielle, capable d'écouter vos envies, de comparer les offres, d'effectuer les achats et de faire livrer la marchandise à votre porte.
Cette révolution du commerce « agentique » – des achats délégués de bout en bout à des agents IA – est déjà en cours aux États-Unis. Au cours des derniers mois, des enseignes comme Etsy, plateforme de vente d'objets design, et Starbucks ont permis à leurs clients de confier leurs achats intégralement à des agents d'intelligence artificielle.
Fin 2024, Etsy s'est associé à OpenAI pour permettre aux utilisateurs américains de ChatGPT de découvrir, parcourir et acheter des articles directement via le chatbot, sans quitter la conversation. En avril 2026, Starbucks a déployé une intégration similaire : les clients peuvent désormais mentionner @Starbucks, décrire leur humeur, leurs envies ou même télécharger une photo, et l'IA leur suggère des boissons personnalisées.
Démonstrations en conditions réelles
Le réseau de paiement Visa et l'agence de voyages en ligne Lastminute.com ont récemment fait la démonstration de cette technologie. En quelques clics, un client peut demander à un agent IA d'organiser un week-end romantique avec sa conjointe, en se concentrant uniquement sur ses préférences, sans avoir à saisir les données de son passeport ni ses coordonnées bancaires. L'expérience s'avère plus rapide et fluide que sur les sites de voyages traditionnels, où l'enregistrement des informations personnelles reste souvent fastidieux.
Cette expérience pilote, menée en juillet 2026 lors des premières transactions de commerce agentique en conditions réelles en Europe, a mobilisé plus de 30 banques et commerçants. Elle repose sur la plateforme Intelligent Commerce de Visa, lancée en avril 2025, qui utilise des cartes prêtes pour l'IA avec des identifiants tokenisés : des identifiants numériques uniques remplacent les numéros de carte standard pour sécuriser les transactions.
L'expérience pilote sera prochainement déployée aux États-Unis, où l'adoption progresse rapidement. Selon Adobe Analytics, les visites de sites de vente au détail américains générées par l'IA ont bondi de 4 700 % en un an en 2025, tandis que le trafic référencé par l'IA générative pendant le Prime Day a augmenté de 3 300 % sur la même période.
Un marché en pleine expansion
Le marché mondial du commerce agentique était évalué à 5,7 milliards de dollars en 2025 et devrait atteindre 65,5 milliards de dollars d'ici 2033, soit une croissance annuelle moyenne de 35,7 %. Morgan Stanley estime que l'IA agentique représentera 10 à 20 % du commerce électronique américain d'ici 2030, ce qui correspond à environ 190 milliards de dollars dans le scénario de base et 385 milliards dans le scénario optimiste.
PayPal prévoit que d'ici cinq ans, 20 à 30 % de ses clients commenceront leurs achats via des agents IA et des outils d'intelligence artificielle. Pour faciliter cette transition, Google a lancé en janvier 2026 le Universal Commerce Protocol (UCP), un standard ouvert co-développé avec des partenaires comme Visa, Mastercard, Shopify, Walmart, Target, Etsy et Wayfair, destiné à standardiser la manière dont les entreprises se connectent aux agents IA.
Des consommateurs encore prudents
Malgré cet engouement industriel, les consommateurs demeurent prudents. Des enquêtes révèlent que si 44 % des Américains accepteraient qu'un assistant IA effectue des recherches pour eux, seuls 6 % seraient prêts à lui abandonner totalement le contrôle de l'achat. Par ailleurs, 30 % autoriseraient un agent IA à finaliser un achat en leur nom.
Cette révolution du commerce en ligne, qui intervient une trentaine d'années après l'émergence du e-commerce et une dizaine d'années après celle du commerce mobile, promet de transformer en profondeur nos habitudes d'achat. Reste à savoir à quel rythme les consommateurs accorderont leur confiance à ces nouveaux assistants numériques pour gérer leurs dépenses quotidiennes.




