Une dégradation continue des chiffres de l'emploi
Le chômage revient au cœur des préoccupations politiques françaises. Alors que le sujet semblait relégué au second plan, la dégradation des chiffres de l'emploi s'impose dans le débat à huit mois de l'élection présidentielle prévue le 18 avril 2027. Le taux de chômage atteint 8,3 % au deuxième trimestre 2026, selon les données publiées par l'Insee le 7 août, marquant son niveau le plus élevé depuis le troisième trimestre 2020, en pleine crise sanitaire.
Cette augmentation constitue la sixième hausse consécutive. Le taux progresse de 0,2 point sur trois mois, portant le nombre de chômeurs à 2,7 millions de personnes, soit 62 000 de plus qu'au trimestre précédent. Sur un an, l'augmentation atteint 0,7 point et 261 000 chômeurs supplémentaires, révélant une tendance de fond plutôt qu'une simple fluctuation trimestrielle.
Un contraste saisissant avec les premières années du mandat
Le contraste avec le début du mandat d'Emmanuel Macron est frappant. Quand le président a pris ses fonctions en 2017, la France affichait un taux de chômage de 9,5 %, près du double de celui de ses grands voisins européens. Le pays n'avait pas vaincu le chômage de masse depuis plus de trois décennies. Après avoir culminé à plus de 10 % entre 2012 et 2016, le taux avait commencé à baisser dès 2016, une décrue qui s'est poursuivie presque sans interruption jusqu'en 2023.
Le point bas a été atteint au début de l'année 2023, avec un taux historique de 7,1 %, un niveau similaire à ceux observés au premier trimestre 1982 et au premier trimestre 2008. Cette performance avait longtemps été considérée comme un succès majeur de la présidence Macron.
Des réformes ambitieuses et coûteuses
Pour parvenir à ce résultat, le président de la République a déployé un arsenal de mesures. Le 22 septembre 2017, il a signé cinq ordonnances modifiant en profondeur le Code du travail. Ces réformes ont accordé aux entreprises une plus grande flexibilité dans la négociation des salaires et des conditions de travail directement avec les salariés, et facilité les procédures de licenciement en période de difficultés économiques.
Le gouvernement a également réformé à plusieurs reprises l'assurance-chômage et massivement subventionné l'apprentissage. Cette dernière politique s'est révélée particulièrement coûteuse : elle a représenté 20 milliards d'euros en 2022, avec des aides exceptionnelles de 5 000 à 8 000 euros par apprenti introduites pendant la pandémie de Covid-19. Des aides aux entreprises ont complété ce dispositif.
Une dégradation qui touche toutes les catégories
La remontée du chômage affecte l'ensemble des catégories de travailleurs. Les jeunes de 15 à 24 ans sont particulièrement touchés : leur taux de chômage a grimpé à 21,6 % au deuxième trimestre 2026, contre 21,2 % au trimestre précédent. Mais le phénomène ne se limite pas à cette tranche d'âge. Parmi les 25-49 ans, le chômage a progressé de 7,3 % à 7,5 %, atteignant son niveau le plus élevé depuis le premier trimestre 2021.
Cette détérioration intervient à un moment politiquement sensible. Emmanuel Macron, qui ne peut se représenter en raison de la limite constitutionnelle de deux mandats consécutifs, voit ainsi l'un des principaux acquis de sa présidence remis en cause. Ses potentiels héritiers politiques prennent leurs distances avec ces résultats, tandis que les oppositions intensifient leurs critiques. Le second tour de l'élection présidentielle est prévu pour le 2 mai 2027.


