Une crise qui dépasse le maintien de l'ordre
Albert Zennou décrit les deux jours d'émeutes comme un épisode sans précédent, au cours duquel l'État n'a pas réussi à imposer son autorité dans les principales villes françaises. Selon son analyse, des casseurs d'extrême gauche et des mouvements zadistes, auxquels se sont joints des pilleurs venus des quartiers périphériques, ont pris le contrôle des rues.
Le chroniqueur ne réduit pas ces événements à un échec policier. La journée du 17 octobre soulève, à ses yeux, des questions sur le rapport des Français à la loi, la légitimité du pouvoir et l'idée de nation. Il considère la tuerie de Trappes, survenue le vendredi 23 octobre et marquée par un fort soupçon de racisme, comme une nouvelle manifestation de cette difficulté à faire respecter l'ordre républicain.
Pour exprimer cette évolution vers la confrontation, Albert Zennou reprend l'avertissement de Gérard Collomb : "Aujourd'hui, on vit côte à côte, je crains que demain on vive face à face". L'ancien ministre de l'Intérieur avait prononcé ces mots le 3 octobre 2018, lors de la passation de pouvoir à son successeur Christophe Castaner. Son discours portait sur la situation des banlieues, la "loi du plus fort" et la ghettoïsation.
Le 17 octobre, une mobilisation suivie de violences
La manifestation contre la vie chère du 17 octobre 2026 avait réuni 550 000 personnes dans le pays, dont 110 000 à Paris, d'après le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. Les organisateurs avançaient pour leur part 800 000 participants. Dans la soirée, le nombre d'interpellations avoisinait 400, avec une majorité de personnes majeures.
Plusieurs bâtiments publics ont été visés en marge de la mobilisation. À Limoges, un incendie a ravagé la mairie, que le préfet de Haute-Vienne a décrite comme "en grande partie perdue". À Marseille, plusieurs dizaines de manifestants ont forcé la porte de l'hôtel de ville avant de pénétrer dans son hall. Le saccage de la résidence préfectorale à Bordeaux a, lui, conduit à l'activation du RAID.
À Trappes, une enquête antiterroriste après la fusillade
Le 23 octobre, à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines, un homme de 39 ans a tiré en rafales depuis sa voiture. Il utilisait un pistolet-mitrailleur de type STEN datant de la Seconde Guerre mondiale. Les tirs ont tué un homme de 26 ans, présenté par le maire de Trappes comme étant d'origine africaine, et blessé quatre personnes, parmi lesquelles une fillette de 12 ans. Interpellé dans la commune voisine de Coignières, le suspect a été placé en garde à vue.
Le parquet national antiterroriste s'est saisi des faits. L'enquête de flagrance porte sur un assassinat et des tentatives d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste. Elle vise également la circonstance selon laquelle les actes ont été commis à raison de l'appartenance, vraie ou supposée, des victimes à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée.
La détention d'une arme de catégorie A et l'association de malfaiteurs terroriste figurent aussi parmi les qualifications retenues pour l'enquête. La SDAT, les directions zonales de la police nationale et la DGSI sont chargées des investigations.
Sur place, Laurent Nuñez a confirmé la qualification de "crime terroriste". Emmanuel Macron a fait part de sa "profonde émotion", tandis que le Premier ministre Sébastien Lecornu a dénoncé des faits "très graves".


