Intelligence artificielle

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Lucas Mercier

L'État français élargit son partenariat avec Mistral AI pour déployer l'intelligence artificielle dans plusieurs ministères

Un accord de six millions d'euros sur deux ans prévoit des expérimentations dans la cybersécurité, la justice et la lutte contre la fraude fiscale, tandis que le ministre de l'Économie appelle à diversifier l'écosystème européen de l'IA.

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L'État français élargit son partenariat avec Mistral AI pour déployer l'intelligence artificielle dans plusieurs ministères

La France accélère l'intégration de l'intelligence artificielle dans son administration publique à travers un nouveau partenariat avec la start-up française Mistral AI. L'accord, signé par le ministre des comptes publics David Amiel, prévoit le lancement de plusieurs projets pilotes au sein de différents ministères dans les prochaines semaines.

Ce renforcement intervient après la généralisation en juin d'un assistant d'intelligence artificielle développé avec Mistral auprès de deux millions d'agents publics. L'entreprise, valorisée à 11,7 milliards d'euros après une levée de fonds de 1,7 milliard d'euros en septembre 2025 menée par l'équipementier néerlandais ASML, compte désormais l'État français parmi ses actionnaires indirects via Bpifrance, la banque publique d'investissement.

Trois axes prioritaires d'expérimentation

Le partenariat, d'un montant de six millions d'euros sur la période 2026-2027, se concentre sur trois domaines stratégiques. Le premier concerne le renforcement de la cybersécurité, une préoccupation majeure après le piratage informatique qui a frappé la direction générale des finances publiques (DGFiP) durant l'été. Cette cyberattaque, menée entre juin et juillet 2026 au moyen d'identifiants compromis d'un employé et d'un tiers autorisé, n'a été découverte qu'après la mise en vente de la base de données volée sur le forum de piratage PwnForums le 12 août. L'incident a exposé les données fiscales de 678 000 particuliers et professionnels.

Le ministère de la Justice souhaite également exploiter l'IA pour accélérer le traitement des contentieux de masse et désengorger les tribunaux. Enfin, le ministère de l'Économie et des Finances entend renforcer ses capacités de détection des comportements frauduleux, s'appuyant sur l'expérience acquise depuis plusieurs années avec des outils d'apprentissage automatique pour repérer certaines fraudes, notamment immobilières.

Dans le cadre de cet investissement, Mistral détachera directement des ingénieurs au sein des administrations pour mettre en œuvre les différents cas d'usage. Les outils pourront être hébergés sur diverses infrastructures selon le niveau de sensibilité des données : infrastructures de Mistral, cloud souverain d'Outscale ou centres de données des administrations.

Un partenariat non exclusif

Attribué à l'issue d'une procédure de marché public, ce partenariat ne présente pas de caractère exclusif, précise Bercy. Mistral collabore déjà avec plusieurs acteurs publics français, dont le ministère des Armées depuis janvier 2026 dans le cadre d'un accord-cadre pour fournir des modèles d'IA générative hébergés sur infrastructure française, ainsi qu'avec France Travail et l'Assurance maladie. L'agence nationale pour l'emploi utilise notamment depuis février 2025 des outils d'IA incluant un assistant conversationnel et un système de mise en relation, déployés auprès de près de 10 000 conseillers.

Fondée en avril 2023 par Arthur Mensch, ancien chercheur chez DeepMind, ainsi que Guillaume Lample et Timothée Lacroix, tous deux anciens chercheurs chez Meta, Mistral AI s'est rapidement imposée comme l'un des rares acteurs européens capables de publier des modèles d'IA de premier plan. L'entreprise a multiplié les investissements en infrastructure cette année, avec notamment 830 millions de dollars levés en dette en mars 2026 pour financer la construction d'un centre de données près de Paris et l'acquisition de 13 800 puces Nvidia. En juillet 2026, elle a également conclu un partenariat de plusieurs milliards de dollars avec Microsoft, permettant au géant américain de louer de la capacité de calcul dans ses centres de données européens pour servir les clients Azure dans les secteurs réglementés.

La souveraineté européenne en question

Malgré ces avancées, le ministre de l'Économie Roland Lescure estime que la souveraineté européenne en intelligence artificielle ne peut reposer sur la seule Mistral.

Si l'IA européenne se résume à Mistral, alors nous sommes fichus
a-t-il déclaré lors d'un déplacement à San Francisco.
On ne peut pas mettre tous nos œufs dans le même panier : c'est tout un écosystème qu'il faut développer
a-t-il ajouté en marge de rencontres avec des investisseurs et des entreprises d'IA comme OpenAI ou Stripe.

Ces déclarations interviennent dans un contexte de croissance dynamique de l'écosystème européen, avec une augmentation de 55% du financement en capital-risque dans l'IA au premier trimestre 2025 et l'émergence de 12 nouvelles licornes au cours du premier semestre.

La question de la dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis reste néanmoins prégnante. En juin 2026, le gouvernement américain avait contraint Anthropic à bloquer l'accès de ses modèles les plus avancés, Claude Fable 5 et Mythos 5, pour tous les ressortissants étrangers, seulement trois jours après leur publication. Cette mesure, prise au nom de la sécurité nationale, avait ravivé les inquiétudes européennes concernant leur dépendance aux fournisseurs américains.

Interrogé sur le risque que l'administration Trump fasse pression sur les Européens en leur coupant l'accès aux meilleurs modèles, Roland Lescure a répondu

d'un seul mot : imprévisibilité
. Le ministre a toutefois refusé de se prononcer sur l'orientation stratégique que Mistral devrait privilégier entre le développement de modèles de pointe et la fourniture d'infrastructure de calcul face à la concurrence chinoise et américaine.
Les entreprises font comme elles peuvent et comme elles veulent
a-t-il déclaré, tout en saluant
une entreprise dont on peut être fiers
.

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