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Raphaël Simon

Le plaidoyer de George Sand pour Fontainebleau réédité

Actes Sud republie le texte dans lequel George Sand défendait, en 1872, la forêt de Fontainebleau aux côtés d'artistes opposés aux coupes. Au-delà de la sauvegarde du paysage, l'autrice y alertait sur les conséquences de la déforestation et la nécessité de préserver les ressources de la Terre.

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Des arbres centenaires menacés malgré une protection

Après la guerre franco-prussienne, le gouvernement d'Adolphe Thiers relance l'exploitation de la forêt de Fontainebleau pour alimenter le Trésor. Au début de la IIIe République, l'État entend remplacer des chênes et des hêtres centenaires par des pins, considérés comme plus rentables.

Une partie du massif bénéficie pourtant d'une protection : le décret impérial du 13 août 1861 y a établi une "réserve artistique" d'environ 1 097 hectares. Selon Langlois • Histoire &c., cette mesure ferait de Fontainebleau le premier site naturel protégé au monde.

Depuis Bois-le-Roi, des artistes adressent une pétition à la presse le 7 octobre 1872. Ils dénoncent la mise en vente de 13 298 chênes âgés de 140 à 300 ans, de 4 828 hêtres de 90 à 200 ans, ainsi que de 1 720 hectares de taillis.

Une mobilisation à laquelle se joignent Sand et Hugo

Les pétitionnaires fondent le Comité de protection artistique de la forêt de Fontainebleau, auquel adhèrent George Sand et Victor Hugo. Dans son article, l'autrice reproduit une lettre qui lui a été adressée : malgré l'accueil très favorable réservé à la pétition par le président de la République, la plupart des lots ont été adjugés à la date prévue.

Le comité veut empêcher de nouvelles coupes d'une telle ampleur. Ses membres adoptent à l'unanimité une résolution demandant que la forêt soit considérée comme un monument national et historique, à préserver pour les artistes et les touristes. Ils n'acceptent qu'avec réserves le découpage existant entre parties artistique et non artistique.

George Sand porte cette défense dans Le Temps du 13 novembre 1872. Intitulé "La Forêt de Fontainebleau", son plaidoyer d'une douzaine de pages constitue le vingtième feuilleton de la série "Impressions et souvenirs". Elle remanie ensuite le texte pour l'intégrer au livre du même nom, publié chez Michel Lévy en 1873.

Une extension de la protection après les revers de 1876

Le comité ne parvient pas à faire aboutir ses initiatives parlementaires en 1876. La proposition de loi déposée le 3 avril par Foucher de Careil, sénateur de Seine-et-Marne, est rejetée, tout comme l'amendement du député Horace de Choiseul du 16 décembre.

La mobilisation obtient néanmoins des résultats à plus longue échéance : entre 1892 et 1904, la superficie protégée de la forêt est portée à 1 600 hectares.

Deux éditions pour retrouver le texte

La réédition d'Actes Sud, parue en septembre 2026, compte 32 pages et coûte 5 euros. Elle suit celle des éditions de L'Éclaireur, publiée le 16 mai 2025 dans la collection "Messager(s)" : un volume de 64 pages vendu 9,90 euros, accompagné d'une postface de l'historien Grégory Quénet.

Titulaire d'une chaire au Collège des Bernardins, Grégory Quénet est présenté par L'Éclaireur comme le premier et encore le seul professeur d'histoire de l'environnement en France, ainsi que comme un pionnier de l'histoire environnementale et des humanités environnementales dans le pays. Sa postface porte le titre "Le salut par les œuvres de la nature".

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