Culture

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Chloé Bonnet

"Populaire, toutes nos histoires" : trois spectacles prévus en 2027, une initiative critiquée par le JDD

La Seine-Saint-Denis prépare trois spectacles historiques gratuits et en plein air pour le printemps et l'été 2027. Présenté comme un "Puy du Fou de gauche", le projet suscite une critique du JDD sur la représentation du peuple, de la Révolution et de l'appartenance nationale.

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Trois lieux pour trois récits historiques

Stéphane Troussel, président socialiste du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, a annoncé le lundi 21 septembre 2026 le lancement de "Populaire, toutes nos histoires". Ce programme réunira trois spectacles, accessibles gratuitement et joués en plein air au printemps et à l'été 2027.

À Saint-Denis, le parvis de la basilique accueillera une représentation consacrée à l'exhumation des dépouilles des monarques par les révolutionnaires en 1793. Le stade Bauer, à Saint-Ouen, sera le cadre d'un spectacle sur l'histoire populaire du sport, confié au dramaturge Mohamed El Khatib.

Le troisième volet, prévu dans un parc de La Courneuve, abordera les migrations entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et le début des années 1980. Parmi les artistes associés, le rappeur Rocé retracera 60 ans d'immigration en chansons. Des habitants de Seine-Saint-Denis seront invités à prendre part aux tableaux.

Des partenaires culturels et un débat politique

La Maison de la culture de Seine-Saint-Denis, la MC93 de Bobigny, dirigée par Hortense Archambault, coproduit les spectacles. Le groupe Combat Media du banquier d'affaires Matthieu Pigasse assure leur communication, notamment par l'intermédiaire de Radio Nova et des Inrocks.

L'idée d'opposer un projet de gauche au Puy du Fou avait été défendue dès le début de 2026 par François Ruffin, député et désormais candidat à l'élection présidentielle. Lors de la Fête de l'Humanité, organisée du 11 au 13 septembre 2026, il a dénoncé le "grand silence de la gauche" devant une vision qu'il qualifie de "contre-révolutionnaire". Il a souligné que le Puy du Fou accueille "trois millions de visiteurs chaque année".

Matthieu Pigasse a lui aussi été interrogé sur ses intentions politiques : le 21 septembre 2026, sur France Inter, il n'a pas exclu une candidature à l'élection présidentielle.

Le JDD conteste l'opposition au Puy du Fou

Le JDD présente l'initiative comme un projet progressiste lancé sous l'impulsion de Matthieu Pigasse, en association avec Patrick Boucheron et Guillaume Mazeau. Le journal prend pour cible la question posée dans la bande-annonce : "Et si l'histoire, ce n'était pas seulement les rois ?" Il estime qu'elle prête au Puy du Fou une conception de l'histoire que celui-ci ne défend pas.

Sa critique porte notamment sur le choix du nom "Populaire". Selon le journal, la gauche réserve trop souvent ce qualificatif aux populations issues de l'immigration ou à ses sympathisants, alors que le peuple comprend aussi les familles qui fréquentent le parc vendéen. Le JDD décrit celui-ci comme un lieu d'émerveillement familial, plutôt que comme un spectacle nourri par l'hostilité envers un adversaire.

Cette défense s'étend au Dernier Panache et à son évocation de la Révolution. Le journal y voit un hommage à la dignité des humbles et aux blessures de l'histoire vendéenne, non une invitation au ressentiment.

La Révolution et l'autorité des historiens en question

Pour le JDD, le désaccord se concentre sur la place de la Révolution française : les promoteurs du projet lui reprocheraient d'être insuffisamment représentée au Puy du Fou, au bénéfice du passé monarchique. Le journal leur attribue la volonté d'en faire l'origine obligée du roman national, dans une lecture du passé centrée sur le conflit.

Il met également en cause le recours à des universitaires pour légitimer cette démarche, qu'il juge davantage militante que scientifique. Évoquant la référence de François Ruffin à François Furet, il défend la possibilité d'une lecture critique de la Révolution.

Le texte pousse cette accusation jusqu'à une comparaison religieuse : il présente la Révolution comme le récit des origines de la gauche laïque, Marx comme son catéchisme, Bourdieu comme son apôtre et la lutte des classes comme sa parousie. Cette analogie relève de l'argumentation polémique du journal.

L'appartenance collective au coeur de la défense du parc

Le dernier volet de la critique oppose les injonctions contemporaines à l'acceptation de soi à ce que le JDD décrit comme un refus de l'attachement collectif. Le journal dénonce une "imposture libérale" dont la gauche serait l'"idiote utile" : l'individu serait encouragé à s'aimer, mais pas à aimer le groupe auquel il appartient.

S'appuyant sur la conception aristotélicienne de l'être humain comme animal politique, le texte défend l'attachement à une communauté historique. C'est sous cet angle qu'il interprète le Puy du Fou : une fresque susceptible, selon lui, de réunir les Français autour de leur histoire et de leur permettre de porter sur eux-mêmes un regard favorable.

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