Vive opposition à France Inter après l'arrivée à l'antenne d'un dirigeant de Valeurs actuelles
La décision de France Inter de confier une chronique hebdomadaire à un cadre de l'hebdomadaire Valeurs actuelles suscite une levée de boucliers au sein de la station. La société des journalistes (SDJ) a qualifié samedi 29 août de « ligne rouge » l'arrivée à l'antenne de Charles Sapin, nouveau directeur adjoint de la rédaction du magazine.
À partir du 30 août, ce journaliste précédemment employé par Le Point livrera chaque dimanche un éditorial dans la matinale de France Inter, première radio de France avec quelque 7 millions d'auditeurs quotidiens. La direction justifie ce choix au nom du « pluralisme » alors que s'annonce une année présidentielle.
Un magazine plusieurs fois condamné en justice
Confier une mission d'éditorialisation sur notre antenne au représentant d'un média condamné notamment pour injures racistes est une ligne rouge
L'hebdomadaire ultraconservateur, qui compte environ 100 000 abonnés payants, a fait l'objet de plusieurs condamnations judiciaires.
En novembre 2022, la cour d'appel a confirmé la condamnation de Valeurs actuelles pour injure raciste envers la députée « insoumise » Danièle Obono. Le directeur du magazine Erik Monjalous et le journaliste Laurent Jullien ont chacun écopé de 1 000 euros d'amende avec sursis et ont été condamnés à verser 5 000 euros de dommages et intérêts à l'élue. L'affaire remonte à août 2020, quand l'hebdomadaire avait publié un article représentant la parlementaire en esclave, provoquant une condamnation unanime de l'ensemble de la classe politique, y compris du président Emmanuel Macron, et l'ouverture d'une enquête policière.
Ce n'était pas la première fois que le magazine se retrouvait devant les tribunaux. En 2015, son directeur de la publication Yves de Kerdrel avait été condamné pour provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence envers les Roms, une décision confirmée en appel.
Le « symbole » Valeurs actuelles contesté
Lors d'un échange vendredi avec la SDJ, la direction de France Inter a appelé à ne pas s'arrêter au « symbole » que représente Valeurs actuelles et a affirmé que Charles Sapin souhaite en changer la ligne éditoriale. L'intéressé avait annoncé fin août sur les réseaux sociaux rejoindre l'hebdomadaire « à quelques mois d'une élection présidentielle décisive ».
Parier sur un hypothétique changement de ligne éditoriale de ce média nous paraît très hasardeux. Et ce n'est pas le rôle de France Inter d'y être associé
L'instance représentant la rédaction reproche également à la direction d'ouvrir l'antenne à un magazine qui « n'a cessé ces dernières années de prendre violemment l'audiovisuel public pour cible ».
Toutes les opinions s'expriment sur les antennes de Radio France, tant qu'elles respectent le droit. Le pluralisme est évidemment une exigence. Mais cela ne doit pas justifier le fait de donner carte blanche à un média qui a enfreint la loi
Un contexte de pressions sur l'audiovisuel public
Cette polémique intervient dans un contexte tendu pour l'audiovisuel public français. En 2025, une commission d'enquête parlementaire sur la neutralité et le fonctionnement de Radio France et France Télévisions avait été créée le 28 octobre à l'initiative de l'UDR, parti d'extrême droite allié au Rassemblement national. Cette commission, dont le député UDR Charles Alloncle était rapporteur, faisait suite à une controverse autour d'une vidéo montrant les journalistes Thomas Legrand et Patrick Cohen en conversation avec des responsables du Parti socialiste.
Thomas Legrand, présent à l'antenne de France Inter pendant 18 ans, avait été suspendu en septembre 2025 et reste exclu de la grille 2026 de la station. Dans une tribune publiée au Monde, le journaliste avait dénoncé une décision cédant aux « campagnes extérieures » et appelé les directions de rédactions à être « plus courageuses ».
Le syndicat SNJ-CGT de Radio France a également publié un communiqué fin août dénonçant la nomination de Charles Sapin, affirmant que les injures racistes de Valeurs actuelles constituent un crime, que la nostalgie de Vichy relève du révisionnisme et que la préférence nationale viole la Constitution.
La matinale de France Inter, programme phare de la station diffusé de 7h à 10h, rassemble 4,6 millions d'auditeurs et détient 17,1% de parts d'audience, maintenant sa première place depuis neuf années consécutives. C'est dans ce créneau hautement écouté, particulièrement par les 25-59 ans et les catégories socio-professionnelles supérieures, que sera diffusée chaque dimanche la chronique de Charles Sapin.




