Pasqal, pionnier français de l'informatique quantique, entre au Nasdaq avec une valorisation de 2 milliards de dollars
La société française Pasqal franchit vendredi 28 août une étape historique en faisant son entrée au Nasdaq sous le symbole boursier "PSQL". Cette introduction en bourse, réalisée via une fusion avec la société d'investissement américaine Bleichroeder Acquisition Corp. II, valorise l'entreprise spécialisée dans l'informatique quantique à environ 2 milliards de dollars, avec une capitalisation boursière estimée à 2,6 milliards de dollars.
L'opération dote Pasqal d'une assise financière considérable, avec environ 360 millions de dollars de trésorerie disponible dès la clôture de sa première séance de cotation. Ces fonds sont destinés à accélérer le déploiement mondial de sa plateforme d'informatique quantique, soutenir l'innovation continue et renforcer l'adoption commerciale à l'échelle internationale, selon le communiqué de l'entreprise publié jeudi.
Une technologie quantique basée sur les atomes neutres
Fondée en 2019 en tant que spin-off de l'Institut d'Optique par Georges-Olivier Reymond, Christophe Jurczak, Alain Aspect, Antoine Browaeys et Thierry Lahaye, Pasqal emploie aujourd'hui plus de 275 personnes, dont 70 titulaires d'un doctorat. L'entreprise exploite actuellement sept systèmes quantiques et travaille avec plus de 25 clients et partenaires commerciaux.
La technologie de Pasqal se distingue par son approche des atomes neutres, utilisant des techniques de refroidissement et de piégeage laser pour capturer des atomes individuels et manipuler leurs états quantiques à l'aide d'impulsions optiques ou micro-ondes. Cette méthode diffère des systèmes de qubits supraconducteurs développés par des géants comme IBM et Google.
Parmi ses clients majeurs figurent des entreprises de premier plan telles que Saudi Aramco, LG Electronics, CMA CGM, Thales et Sumitomo. En novembre 2025, Pasqal a déployé un système de 200 qubits dans le centre de données de Saudi Aramco à Dhahran, marquant l'installation du premier ordinateur quantique opérationnel d'Arabie saoudite. L'entreprise a également intégré en mars 2025 le service cloud Microsoft Azure Quantum, devenant le premier ordinateur quantique à atomes neutres disponible via cette plateforme. Pasqal fait également partie du réseau IBM Quantum Network.
Un symbole de l'ambition française dans le quantique
Alain Aspect, cofondateur de Pasqal et lauréat du prix Nobel de physique 2022 avec l'Américain John F. Clauser et l'Autrichien Anton Zeilinger, avait été récompensé pour ses découvertes sur l'intrication quantique. Ce phénomène, où deux particules quantiques restent parfaitement corrélées quelle que soit la distance qui les sépare, a ouvert la voie à de nouvelles technologies dans l'informatique quantique, les communications ultra-sécurisées et les capteurs quantiques ultrasensibles permettant des mesures extrêmement précises.
Cette entrée en bourse s'inscrit dans le cadre de la Stratégie Quantique Nationale française lancée en 2021, qui a alloué 1,8 milliard d'euros au soutien de la recherche et du développement quantique, positionnant la France parmi les principaux financeurs publics mondiaux dans ce domaine technologique stratégique.
Ce jour n'est pas un aboutissement, c'est un accélérateur. Pasqal a été créée pour faire passer l'informatique quantique à atomes neutres de la recherche fondamentale au déploiement à l'échelle industrielle.
Wasiq Bokhari, directeur général de Pasqal.
Pasqal rejoint ainsi une tendance émergente dans le secteur quantique. IonQ était devenu en 2021 la première entreprise d'informatique quantique à être cotée via une fusion SPAC, et plusieurs autres ont depuis suivi ou préparent des opérations similaires. La fusion avec Bleichroeder Acquisition Corp. II, qui avait levé 250 millions de dollars lors de son introduction en bourse en janvier 2026 et disposait d'environ 289 millions de dollars de trésorerie fin février, permet à Pasqal d'accéder aux marchés financiers américains tout en conservant ses racines françaises.
L'informatique quantique, encore largement expérimentale, pourrait permettre de résoudre en un temps record des problèmes trop complexes pour les calculateurs actuels, notamment dans des domaines comme la découverte de médicaments, l'optimisation logistique ou la modélisation climatique.



