Le Niger reprend le contrôle après une mutinerie à la base militaire de Niamey
Le régime militaire au pouvoir au Niger a annoncé, samedi 29 août, avoir progressivement repris le contrôle de la situation après qu'un groupe de soldats mutins a tenté de prendre le contrôle de la base militaire 101, située à proximité de l'aéroport international Diori-Hamani de Niamey. Des tirs nourris ont été entendus dans plusieurs quartiers de la capitale depuis le milieu de la nuit, notamment aux abords de la présidence et de l'aéroport.
Dans un communiqué diffusé à la télévision publique et signé par le ministre de la Défense, le général Salifou Mody, les autorités ont appelé la population à garder son calme et à vaquer librement à ses occupations. Selon le général Mody, un groupe de soldats en rupture avec le règlement militaire a entrepris de séquestrer certains de leurs camarades dans la caserne de la base 101 et d'effectuer des tirs sur certains sites sensibles de la ville. La prompte réaction des forces de défense et de sécurité a permis de circonscrire ce mouvement d'humeur et de reprendre progressivement le contrôle de ces sites, a-t-il précisé.
Une base stratégique au cœur de la crise
La base 101 revêt une importance stratégique majeure pour le Niger. Elle abrite les opérations de drones de l'armée nigérienne et sert de quartier général à l'Alliance des États du Sahel, une confédération militaire regroupant le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Formée initialement en septembre 2023 comme pacte de défense mutuelle, cette alliance a été transformée en juillet 2024 en une confédération réunissant environ 72 millions de personnes.
La tentative de mutinerie survient dans un contexte de tensions croissantes au sein de l'armée nigérienne et d'insécurité persistante. Le pays, dirigé depuis juillet 2023 par une junte militaire menée par le général Abdourahamane Tiani, fait face à une menace djihadiste croissante. Tiani, qui dirigeait l'unité d'élite de la garde présidentielle depuis 2011, a été officiellement investi président en mars 2025 à la tête du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie.
Des attaques djihadistes récurrentes
L'aéroport de Niamey a été la cible de deux attaques djihadistes majeures cette année. La première, menée par l'organisation État islamique dans la nuit du 28 au 29 janvier, avait été repoussée par l'armée. La seconde, perpétrée le 18 juin par le Groupe de soutien de l'islam et des musulmans, la branche sahélienne d'Al-Qaida, avait causé la mort de onze soldats et deux civils. Après l'attaque de janvier, le général Tiani avait évoqué une faille dans le dispositif sécuritaire ayant permis l'attaque, dont l'objectif était de détruire toutes les capacités aériennes de l'armée.
Le JNIM a considérablement évolué ces dernières années, passant d'un mouvement insurrectionnel principalement rural à un acteur armé hybride capable de mener des opérations urbaines complexes, des attaques par drones et des opérations de guerre économique. Le groupe avait notamment lancé un siège sur Bamako, la capitale malienne voisine, en 2025, bloquant les approvisionnements en carburant et provoquant de graves pénuries.
Isolement diplomatique et réalignement géopolitique
Le Niger, pays de plus de 25 millions d'habitants, connaît depuis son indépendance de la France en 1960 une instabilité politique chronique, ayant subi six coups d'État. Le putsch de 2023 a renversé Mohamed Bazoum, premier dirigeant démocratiquement élu à succéder directement à un autre dirigeant également démocratiquement élu.
Depuis l'arrivée au pouvoir de la junte, le pays a rompu avec ses partenaires occidentaux traditionnels. En janvier 2024, le Niger, aux côtés du Mali et du Burkina Faso, a annoncé son retrait de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, après que l'organisation régionale eut imposé des sanctions et menacé d'une intervention militaire suite au coup d'État.
Les États-Unis ont achevé leur retrait du Niger en septembre 2024, après la suspension du pacte militaire par la junte. Washington a retiré près de 1 000 soldats, quittant la base aérienne 101 de Niamey en juillet 2024 et la base aérienne 201 d'Agadez en août 2024. En parallèle, le régime nigérien s'est rapproché de la Russie, dont le Corps africain aurait fourni un soutien aérien et terrestre aux forces loyalistes lors de la mutinerie du 29 août, selon plusieurs sources.
La junte nigérienne accuse régulièrement la France de financer les groupes djihadistes pour déstabiliser le pays, accusations que Paris dément catégoriquement. Cette situation s'inscrit dans un contexte régional particulièrement tendu, marqué notamment par une vaste offensive djihadiste au Mali en avril 2026, au cours de laquelle le JNIM et le Front de libération de l'Azawad ont lancé des attaques coordonnées, tuant le ministre malien de la Défense et s'emparant de la capitale régionale de Kidal, dans ce qui a été décrit comme la plus grande offensive de la guerre du Mali depuis 2012.
Les trois pays de l'Alliance des États du Sahel, tous gouvernés par des juntes militaires, peinent à contenir les violences djihadistes qui frappent la région depuis le milieu des années 2010, malgré leur coopération militaire renforcée et leurs nouveaux partenariats sécuritaires.



