Un bilan à l'arrivée pour poursuivre les soins
Soupçonné d'avoir tiré sur des passants depuis sa voiture vendredi dans les Yvelines, Kevin Tesson est notamment mis en cause dans la mort d'un homme de 26 ans. Son placement en détention pose la question de la poursuite des médicaments qu'il prenait avant son interpellation.
Interrogé par BFM, Ivan Gombert, secrétaire national FO direction pénitentiaire et ancien directeur de maison d'arrêt, explique qu'un entretien médical et psychiatrique doit avoir lieu dès le premier jour d'incarcération. Ce bilan permet au personnel soignant de déterminer les traitements à lui administrer quotidiennement. Les établissements les plus importants disposent d'infirmières, de généralistes et d'un psychiatre, avec la possibilité de faire intervenir d'autres spécialistes selon les besoins.
Pour un arrivant prenant des antipsychotiques, Ivan Gombert indique que le service médical doit être alerté afin de le recevoir en priorité, en urgence. "Il n'y a pas de rupture de soins", assure-t-il. Il précise que la Sécurité sociale couvre les traitements, sans frais pour les détenus. La prise des médicaments se fait devant une infirmière pour vérifier qu'ils sont bien avalés.
Une schizophrénie déclarée, mais non confirmée
Pendant sa garde à vue, le suspect avait affirmé être atteint de schizophrénie. La mesure avait été levée pour des raisons psychiatriques afin de permettre un examen par les équipes de l'Infirmerie psychiatrique de la préfecture de police (I3P). Celles-ci avaient conclu qu'il "ne présentait pas les signes cliniques d'une pathologie psychiatrique aliénante décompensée pouvant justifier une hospitalisation sous contrainte".
Lors de sa prise de parole du 29 octobre, le procureur de la République antiterroriste, Olivier Christen, a présenté la schizophrénie évoquée par le suspect comme son interprétation personnelle plutôt que comme un diagnostic médical établi.
Le magistrat a néanmoins fait état d'antécédents : le suspect rapportait des difficultés psychologiques et psychiatriques ainsi qu'une forte consommation de stupéfiants depuis l'âge de 13 ans, des éléments confirmés par ses proches. Une hospitalisation en psychiatrie à 25 ans était également rapportée. Un traitement médical avait été instauré depuis cet épisode.
Aux enquêteurs, Kevin Tesson a déclaré être "suivi par un médecin" et ne pas avoir interrompu son traitement "au jour des faits". Les premiers résultats toxicologiques ont relevé plusieurs molécules dans son sang, jugées compatibles avec les six antipsychotiques et antidépresseurs figurant sur une ordonnance retrouvée chez lui. Le procureur a toutefois qualifié de "légère" la posologie de l'antipsychotique prescrit.
Les stupéfiants, une difficulté en détention
Les analyses réalisées après l'interpellation ont aussi détecté du cannabis et de la cocaïne. Olivier Christen a indiqué que le suspect consommait ces deux produits. Ivan Gombert souligne le risque de crises psychotiques associé, selon lui, à leur consommation chez une personne présentant ce type de troubles. Il décrit ces substances comme "complètement incompatibles avec ces pathologies".
Leur circulation en prison passe notamment par les parloirs et les livraisons par drones. Dans une étude publiée en 2024, l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) rapportait que la moitié des détenus français déclaraient avoir consommé du cannabis au cours de leur détention.
L'enquête ESSPRI 2023, publiée par l'OFDT en mai 2024, précise la fréquence de ces usages chez les hommes majeurs détenus en France métropolitaine. Réalisée auprès d'un échantillon représentatif de 1 094 hommes incarcérés depuis plus de trois mois, elle estime à 26 % la part de ceux qui consomment du cannabis chaque jour. Cette prévalence est huit fois supérieure à celle observée en population générale.
Le tabagisme quotidien concerne 63 % des hommes détenus, soit 2,5 fois plus qu'à l'extérieur. Par ailleurs, un détenu sur dix déclare avoir consommé pendant son incarcération une autre drogue illicite que le cannabis, comme la cocaïne, le crack, la MDMA ou l'héroïne.
Ivan Gombert indique que, dans son établissement, il placerait directement un détenu présentant ce profil au quartier d'isolement. Il en souligne la limite théorique : "L'avantage de ce quartier d'isolement c'est qu'en théorie il n'aura pas accès à ces substances". Cette déclaration ne renseigne pas sur les conditions de détention effectivement retenues pour Kevin Tesson.
Des chiffres généraux sur le suicide en prison
Sur un autre volet de la santé en détention, l'Observatoire international des prisons rapporte que 149 personnes incarcérées se sont donné la mort dans les prisons françaises en 2023. À âge égal, le risque de suicide est dix fois plus élevé en détention qu'à l'extérieur. Ces données portent sur l'ensemble de la population carcérale et ne constituent pas une évaluation de la situation du suspect.
Les statistiques du Conseil de l'Europe font état, pour la France en 2022, de 19,1 suicides pour 10 000 personnes détenues, contre une moyenne de 7,1 dans les 47 pays étudiés. La France présentait ainsi le troisième taux le plus élevé de cet ensemble.



