Éducation

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Nicolas Bertrand

Apprendre à lire en maternelle : le débat relancé par la chute des résultats PISA

La publication du nouveau livre de Céline Alvarez prônant l'apprentissage précoce de la lecture intervient après des résultats alarmants de l'enquête PISA 2025, qui révèlent une baisse historique des compétences en lecture dans les pays de l'OCDE.

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Apprendre à lire en maternelle : le débat relancé par la chute des résultats PISA

L'apprentissage de la lecture dès la maternelle pourrait-il constituer une réponse à la crise des compétences scolaires ? C'est la thèse défendue par Céline Alvarez dans son nouvel ouvrage Pourquoi il faut apprendre à lire en maternelle (Les Arènes, 288 pages, 20 euros), publié dans un contexte de préoccupation croissante sur le niveau des élèves.

Cette pédagogue, qui s'était fait connaître en 2016 avec le best-seller Les Lois naturelles de l'enfant, s'appuie sur une expérience menée entre 2011 et 2014 dans une école maternelle en réseau d'éducation prioritaire renforcé (REP+) à Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Ce projet pilote, conduit avec la collaboration scientifique de l'équipe du neuroscientifique Stanislas Dehaene et financé par l'association « Agir pour l'école », liée à l'Institut Montaigne, avait obtenu des résultats remarquables : tous les élèves de grande section et 90 % de ceux de moyenne section, issus majoritairement de milieux défavorisés, étaient devenus lecteurs.

Ces résultats avaient toutefois été obtenus dans des conditions particulières : une classe de 25 élèves seulement, bénéficiant de la présence d'un second adulte et d'un matériel pédagogique très riche. L'expérience s'était brutalement interrompue en juillet 2014, lorsque le ministère de l'Éducation nationale avait demandé le retrait du matériel pédagogique et la fermeture de la classe, sans fournir de raisons officielles claires. Céline Alvarez avait alors démissionné pour poursuivre ses recherches en dehors du système éducatif national. Son précédent ouvrage, bien que devenu un best-seller, avait suscité des critiques portant notamment sur l'absence de validation scientifique rigoureuse de son expérimentation.

Une chute historique des performances en lecture

La publication du nouveau livre de Céline Alvarez intervient au lendemain de la divulgation des résultats de l'enquête internationale PISA 2025, mardi 8 décembre. Ces données, issues de la plus vaste évaluation jamais réalisée avec plus de 760 000 élèves testés dans 91 pays et économies, révèlent une dégradation spectaculaire des compétences. En France, 6 501 élèves de 289 établissements ont participé à cette évaluation.

Les scores moyens en lecture ont chuté de 28 points dans les pays de l'OCDE entre 2015 et 2025, soit l'équivalent d'environ un an et demi d'apprentissage. Il s'agit de la plus faible performance moyenne jamais enregistrée en lecture depuis le lancement de l'enquête PISA. Cette baisse concerne la très grande majorité des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques, dont la France.

Au-delà des moyennes, c'est la proportion d'élèves en difficulté qui inquiète : un élève de 15 ans sur cinq (20 %) est désormais considéré comme ayant de faibles performances en sciences, mathématiques et lecture dans les pays de l'OCDE, contre 16 % en 2022. Les compétences en pensée critique ont particulièrement décliné : les cas de « lecture hâtive », où les élèves lisent rapidement mais de manière inexacte, ont presque doublé, passant d'environ 5 % à 9 % entre 2018 et 2025.

Des difficultés qui dépassent le cadre scolaire

Ces résultats alarmants s'inscrivent dans un contexte français déjà préoccupant. Un rapport gouvernemental de 2023 avait révélé que plus d'un quart (27 %) des élèves français n'atteignaient pas le niveau requis en français ou en mathématiques à leur entrée au collège. Les difficultés de lecture ne concernent d'ailleurs pas uniquement les enfants scolarisés : selon l'enquête 2023 de l'OCDE sur les compétences des adultes, 30 % des Français âgés de 25 à 64 ans possèdent des compétences en littératie au niveau 1 ou en dessous, un taux légèrement supérieur à la moyenne de l'OCDE (27 %). Parmi les adultes sans diplôme du secondaire supérieur, cette proportion atteint même 70 % en France.

Ces données convergentes soulignent l'ampleur des enjeux liés à l'apprentissage de la lecture et relancent le débat sur les méthodes pédagogiques à privilégier. La question de savoir s'il faut ou non enseigner la lecture dès la maternelle, et selon quelles modalités, divise les spécialistes de l'éducation et les neurosciences. Le nouveau livre de Céline Alvarez apporte une contribution à ce débat à un moment où la recherche de solutions efficaces apparaît plus urgente que jamais.

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