Éducation

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Nicolas Bertrand

Vice-présidents des Crous : « La paupérisation étudiante menace l'avenir du pays »

Des élus étudiants des Crous alertent sur l'aggravation de la précarité dans l'enseignement supérieur et appellent à des mesures structurelles pour garantir l'accès à l'alimentation et au logement.

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Une précarité qui s'aggrave à chaque rentrée

La paupérisation des étudiants s'aggrave à chaque rentrée universitaire. En tant que vice-présidents étudiants des centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous), nous constatons quotidiennement que cette dégradation ne compromet pas seulement les conditions de vie immédiates des jeunes, mais hypothèque également l'avenir du pays.

La précarité alimentaire constitue une atteinte directe à la dignité et à la réussite académique des étudiants. Selon une enquête IFOP/COP1 de 2024, 36% des étudiants déclarent avoir sauté des repas souvent ou de temps en temps par manque d'argent, et environ 20% ont recours à l'aide alimentaire. Face à cette situation alarmante, la généralisation du repas à 1 euro pour tous les étudiants, déployée depuis le 4 mai 2026 dans l'ensemble des restaurants Crous après un vote en première lecture à l'Assemblée nationale en janvier 2025, représente une avancée sociale majeure.

Cette mesure, désormais inscrite dans la loi de finances 2026, a permis de servir plus de 44 millions de repas en 2025, dont la moitié au bénéfice des étudiants boursiers et précaires. Toutefois, la bataille est loin d'être gagnée. Pour garantir la pérennité de ce dispositif, son inscription dans le droit commun s'impose comme une nécessité absolue.

Un financement public pérenne indispensable

Une telle mesure ne peut vivre que si les moyens budgétaires suivent. Un financement public pérenne et à la hauteur des besoins doit doter les Crous des moyens matériels et humains nécessaires pour assurer leur mission sans en dégrader la qualité. Les structures de restauration sont déjà saturées, et il est urgent de trouver des solutions adaptées pour les étudiants éloignés des campus universitaires, aujourd'hui encore privés de réponses adéquates. Garantir le repas à 1 euro dans la durée et pour l'ensemble de la communauté étudiante constitue un impératif de santé publique.

Le logement, premier poste de dépense et d'inégalité

Le logement demeure le premier poste de dépense et le principal vecteur d'inégalité pour les étudiants. En moyenne, le loyer représente 563 euros par mois en 2024, avec des variations importantes selon les régions : il atteint 804 euros en Île-de-France. Selon l'UNEF, le coût de la vie étudiante a augmenté de 2,25% pour la rentrée 2024, représentant une hausse annuelle de 482 euros.

Le parc social du Crous subit des augmentations régulières : les loyers ont progressé de 3,5% à partir du 1er septembre 2024, mettant fin à un gel maintenu depuis 2020. Avec un loyer moyen de 220 euros par mois pour une chambre et des studios allant de 250 à 490 euros, les résidences Crous offrent certes des tarifs inférieurs au marché privé, mais le parc reste dramatiquement sous-dimensionné par défaut d'investissement de l'État.

Seuls 5,96% des étudiants sont logés dans des résidences Crous. La pénurie s'aggrave : il existe actuellement une chambre Crous pour 17 étudiants en 2022, contre une chambre pour 14 étudiants en 2000. Cette insuffisance est encore plus visible dans les territoires ultramarins et à Paris.

L'urgence d'un plan de rénovation thermique

À cette pénurie s'ajoute l'urgence écologique. Non adaptés aux désordres climatiques, de nombreux logements étudiants sont devenus des passoires thermiques glaciales en hiver et des bouilloires invivables en été. L'État a fixé un objectif d'ici 2027 : 12 000 réhabilitations et 35 000 logements supplémentaires, dont un tiers concerne les Crous. Un plan massif de rénovation thermique est indispensable pour garantir un habitat digne et salubre à tous les étudiants.

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