Emploi

5 min de lecture

Antoine Girard

Micron : le syndicat de Taoyuan rejette le partage des bénéfices proposé

A Taïwan, environ 70 % des plus de 2 300 adhérents du syndicat de l'usine Micron de Taoyuan ont voté contre l'offre de la direction, a annoncé l'organisation vendredi 23 octobre. Malgré un accord conclu sur le site de Taichung, les négociations restent ouvertes à Taoyuan, où une grève d'avertisseme…

lake-3e0a7597-efee-4aab-8fd4-008787528ccd-0.jpg

Deux sites, des négociations aux résultats différents

Après plusieurs semaines de discussions salariales, Micron n'a pas obtenu l'adhésion du syndicat de Taoyuan à sa proposition présentée jeudi. L'organisation estime qu'aucune de ses revendications n'a reçu de réponse lors de la négociation du 21 octobre et envisage d'autres actions collectives pour obtenir un partage des bénéfices qu'elle juge plus équitable.

Les deux syndicats engagés dans ces discussions représentent 12 000 des 15 000 salariés des usines de Taoyuan et de Taichung. Ils demandaient une prime exceptionnelle correspondant à 83 mois de salaire, mais aussi un dispositif pérenne : consacrer 15 % des bénéfices d'exploitation de l'entreprise aux primes des salariés, avec des versements trimestriels plutôt qu'annuels.

Un accord a été conclu mercredi à Taichung, le plus grand des deux sites. Le syndicat de Taoyuan affirme toutefois recevoir encore des témoignages de salariés de base de Taichung insatisfaits de l'offre de Micron. Sollicitée par l'AFP, l'entreprise n'avait pas répondu dans l'immédiat.

Des primes ponctuelles au dispositif annoncé pour 2027

Le président de Micron Taïwan, Lu Donghui, a présenté jeudi les engagements pris par le groupe : dès l'exercice 2027, une prime de partage des bénéfices serait versée chaque trimestre à l'ensemble du personnel mondial, en complément de la prime annuelle déjà en place. Il a également annoncé, pour les salariés à Taïwan, une hausse des cotisations de retraite et des indemnités de poste, parmi d'autres mesures.

Le désaccord sur la place des primes ponctuelles remonte à septembre. Micron avait alors annoncé des primes pour l'exercice 2026 destinées à plus de 60 000 salariés dans le monde. Selon Reuters, relayé par Boursorama, les salariés taïwanais devaient notamment recevoir un million de dollars taïwanais en espèces, soit environ 31 386 dollars américains. Pour le syndicat de Taoyuan, ce versement ne répondait pas à la demande d'un mécanisme permanent.

Reuters, cité par FinanceFeeds, a également fait état d'une offre formulée en septembre représentant de 35 à 68 mois de salaire. Elle comprenait un minimum de 1,7 million de dollars taïwanais en espèces par employé et une prime distincte d'un million de dollars taïwanais pour le personnel plus ancien. Le syndicat de Taoyuan l'a rejetée, refusant qu'un versement unique se substitue à un partage des bénéfices à long terme.

Des revendications sur fond de bénéfices records

Micron produit environ 50 à 60 % de ses puces à Taïwan. Le groupe bénéficie de la forte demande de composants pour les centres de données consacrés à l'intelligence artificielle, qui alimente les revenus des entreprises de conception, de fabrication et d'assemblage de puces. Face à l'envolée des bénéfices, les salariés réclament une part accrue des profits. L'action Micron a gagné plus de 300 % en un an.

Les résultats publiés par Micron le 30 septembre donnent la mesure de cette croissance. Pour l'exercice 2026, clos le 3 septembre, le chiffre d'affaires a atteint un record de 133,19 milliards de dollars, contre 37,38 milliards un an auparavant, soit une hausse de 256 %. Le résultat net selon les normes comptables américaines GAAP s'est établi à 84,97 milliards de dollars. Le quatrième trimestre a, à lui seul, généré 54,23 milliards de dollars de chiffre d'affaires, en progression de 379 % sur un an.

Pour le premier trimestre de l'exercice 2027, Micron prévoit un chiffre d'affaires de 61,5 milliards de dollars. Selon la transcription de la conférence sur les résultats citée par FinanceFeeds, la direction a indiqué que la marge brute absorberait environ un milliard de dollars de coûts supplémentaires, principalement dus à l'augmentation des rémunérations incitatives et aux coûts de démarrage.

La rémunération a aussi suscité des conflits récents chez les fabricants sud-coréens. Samsung Electronics a évité une grève en acceptant des primes équivalant à 10,5 % du bénéfice d'exploitation pour les salariés de sa division semi-conducteurs. Selon Korea JoongAng Daily, SK Hynix avait pour sa part accepté en 2025 de supprimer le plafond de ses primes dans un accord avec son syndicat.

Après la grève d'avertissement, une reprise des discussions le 27 octobre

A Taoyuan, la mobilisation avait été autorisée par un vote organisé du 1er au 6 octobre : 1 994 des 2 258 membres éligibles s'étaient prononcés pour le droit de grève, soit 88,3 %. Selon TrendForce, cité par FinanceFeeds, ce syndicat était ainsi devenu le premier de Micron à Taïwan à obtenir ce droit.

Le syndicat a annoncé le 21 octobre une grève d'avertissement d'une journée pour le lendemain, une date choisie pour coïncider avec la deuxième séance de médiation du syndicat de Taichung, selon Radio Taiwan International. Il reprochait alors à la direction d'invoquer l'attente du conseil d'administration de la maison mère américaine : d'après lui, cette réunion s'était achevée le 9 octobre sans qu'une contre-proposition lui parvienne.

La grève de 24 heures du 22 octobre a été présentée par Nikkei Asia comme la première dans l'industrie taïwanaise des semi-conducteurs. Selon l'Agence centrale de presse, onze responsables syndicaux ont participé au piquet devant l'usine de Taoyuan.

Dans un communiqué transmis à Reuters, le ministère taïwanais du Travail a dit respecter le vote en faveur de la grève. Il a demandé à Micron d'écouter les préoccupations des salariés, de formuler des propositions concrètes et de négocier avec le syndicat.

Le prochain rendez-vous de négociation est fixé au 27 octobre, selon le syndicat de Taoyuan. La réunion prévue vendredi a été reportée à cause d'un typhon. "Le combat n'est pas terminé, et nous n'avons pas abandonné", a déclaré l'organisation.

Intelligence artificielleGrèvesSyndicats
← Retour à Emploi

À lire aussi