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Sophie Marchand

États-Unis : le Trésor double ses rachats de dette face à la tempête obligataire

Scott Bessent, secrétaire au Trésor américain, annonce le doublement des rachats hebdomadaires de dette à long terme pour calmer un marché obligataire en crise, avec des taux à 30 ans atteignant leur plus haut niveau depuis 19 ans.

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États-Unis : le Trésor double ses rachats de dette face à la tempête obligataire

Face à une tempête financière sur le marché de la dette américaine, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a décidé de frapper fort. Le mercredi 19 août, le Trésor américain a annoncé qu'il doublerait en septembre ses rachats hebdomadaires de titres de dette dont l'échéance se situe entre 10 et 30 ans, passant de 2 milliards de dollars à au moins 4 milliards par semaine. Cette opération, prévue du 9 septembre au 4 novembre 2026, vise à apaiser un marché en proie à une grave crise de confiance.

L'annonce a produit un effet immédiat. Le rendement des obligations à trente ans a reflué de 5,34 % à 5,20 %, tandis que celui des titres à dix ans retombait à 4,65 % contre 4,75 % la veille. La veille de cette intervention, le 18 août, les taux à 30 ans avaient grimpé au-dessus de 5,33 %, atteignant leur plus haut niveau depuis 19 ans, dans un contexte de défiance généralisée des investisseurs envers la trajectoire budgétaire américaine.

Une intervention exceptionnelle

Scott Bessent, entré en fonction en janvier 2025 en tant que 79e secrétaire au Trésor, se distingue de ses prédécesseurs par son parcours atypique dans les fonds spéculatifs plutôt que dans la banque d'investissement traditionnelle. Selon des analystes de Bloomberg, il est devenu

le secrétaire au Trésor le plus interventionniste sur les marchés financiers depuis des décennies
rompant avec la tradition d'émissions de dette prévisibles et régulières.

Le mécanisme des rachats de dette n'est pas nouveau : le Trésor y avait déjà eu recours entre 2000 et 2002, rachetant alors 67,5 milliards de dollars de titres en 45 opérations. Après une suspension entre 2003 et 2013, le programme a repris en 2014 avec des montants limités. Mais l'ampleur actuelle de l'intervention reflète la gravité de la situation.

Une dette en expansion rapide

Le contexte budgétaire américain explique en grande partie cette nervosité des marchés. Le 18 août 2026, la dette publique brute a franchi le seuil symbolique de 40 000 milliards de dollars, soit 40 050 milliards exactement selon les données du Trésor. Ce montant représente plus du double de ce qu'il était début 2017, et le seuil a été atteint plusieurs mois plus tôt que les prévisions du Congressional Budget Office de mai 2023, qui tablait sur 2028.

La dette publique nette s'établit quant à elle à 32 000 milliards de dollars. Les intérêts sur cette dette ont atteint près de 1 200 milliards de dollars sur l'année, devenant le deuxième poste de dépense du budget fédéral après la Sécurité sociale, dépassant même Medicare. En juillet 2026, le déficit mensuel a grimpé à 432 milliards de dollars, le plus élevé depuis mars 2021, en partie en raison de remboursements de droits de douane invalidés par les tribunaux.

Un marché en grève

Depuis fin juin 2026, le marché de la dette à long terme américaine connaît ce que les analystes appellent une

grève des acheteurs
. Les investisseurs se sont détournés des obligations à échéance lointaine, exigeant des rendements de plus en plus élevés pour compenser les risques perçus. Cette désaffection s'explique par les inquiétudes sur l'inflation persistante et la trajectoire budgétaire américaine, alimentée par la demande massive de capitaux pour financer le développement de l'intelligence artificielle et les programmes de défense.

Le programme de rachats vise officiellement deux objectifs : soutenir la liquidité du marché en offrant aux détenteurs d'obligations anciennes la possibilité de les vendre, et gérer la trésorerie en réduisant la volatilité du solde de trésorerie du Trésor. Techniquement, en retirant des titres du marché, l'opération réduit l'offre disponible, ce qui devrait exercer une pression à la baisse sur les rendements.

Reste à savoir si cette intervention, modeste en volume face à une dette de 40 000 milliards, suffira à restaurer durablement la confiance des investisseurs dans la capacité des États-Unis à maîtriser leur trajectoire budgétaire. Le montant hebdomadaire de 4 milliards de dollars, bien qu'en augmentation, demeure symbolique au regard de l'ampleur des défis fiscaux américains.

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