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Sophie Marchand

Shein lance son introduction en Bourse à Hongkong avec une valorisation en chute de 73 %

Le géant chinois de l'ultra-fast-fashion s'apprête à entrer en Bourse à Hongkong le 1er septembre avec une valorisation de 23 milliards d'euros, en forte baisse par rapport à son pic de 100 milliards de dollars en 2022.

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Shein lance son introduction en Bourse à Hongkong avec une valorisation en chute de 73 %

La plateforme de vente de prêt-à-porter en ligne Shein a annoncé lundi 24 août qu'elle serait cotée à la Bourse de Hongkong à partir du 1er septembre, visant avec cette opération une valorisation boursière de 23 milliards d'euros. Cette valorisation marque toutefois un recul spectaculaire de 73 % par rapport au pic de 100 milliards de dollars atteint par l'entreprise en 2022, reflétant les inquiétudes des investisseurs face au ralentissement de la croissance et à l'augmentation des coûts.

Le géant de la mode à prix cassés compte mettre sur le marché 280 millions d'actions, à un prix compris entre 47,60 et 49,50 dollars de Hongkong (environ 5,30 euros), selon un communiqué publié par la Bourse de Hongkong. L'opération devrait lever jusqu'à 1,5 milliard d'euros. Le prix final sera annoncé le 31 août.

Un parcours semé d'obstacles réglementaires

Cette introduction en Bourse à Hongkong intervient après une série de tentatives infructueuses sur d'autres places financières. En novembre 2023, Shein avait tenté de s'introduire à la Bourse de New York, mais s'était heurtée au refus des législateurs américains préoccupés par les pratiques de gestion des données, les liens avec la Chine et les conditions de travail. L'entreprise s'était ensuite tournée vers Londres en 2025, obtenant l'approbation de l'autorité britannique des marchés financiers, avant que Pékin ne bloque finalement ce projet.

En juillet 2026, le régulateur chinois des valeurs mobilières (CSRC) a finalement approuvé l'introduction en Bourse à Hongkong, levant un obstacle réglementaire crucial. Cette autorisation intervient dans le cadre de nouvelles règles adoptées par Pékin en 2023, qui imposent l'approbation de la CSRC pour les cotations à l'étranger des entreprises chinoises.

L'opération bénéficie du soutien d'investisseurs de référence majeurs. Tencent, Tiger Global, General Atlantic, Boyu Capital et UBS Asset Management ont engagé environ 383 millions de dollars, fournissant un ancrage institutionnel à l'introduction en Bourse. Goldman Sachs, Morgan Stanley et JPMorgan assurent la direction de l'opération.

Des performances financières sous pression

Fondée en Chine en 2012 et désormais basée à Singapour depuis 2022, Shein a déplacé son siège social pour se positionner comme une entité multinationale et réduire l'examen des entreprises d'origine chinoise dans un contexte de tensions commerciales sino-américaines. Ses opérations de fabrication et sa chaîne d'approvisionnement restent néanmoins fortement concentrées dans la province chinoise du Guangdong.

En 2025, l'entreprise a affiché un chiffre d'affaires de 41,8 milliards de dollars, assurant avoir livré plus d'un milliard de commandes dans le monde et dégagé un bénéfice net de 2,1 milliards de dollars. Elle revendique 281 millions de clients actifs au premier trimestre 2026, soit une hausse de 16 % sur un an, répartis dans environ 160 pays. L'Europe représente désormais 35 % de ses revenus 2025, tandis que la part des États-Unis a décliné à 24,1 %.

Toutefois, le premier trimestre 2026 a marqué un tournant, avec une perte nette de 99 millions de dollars, inversant un bénéfice de 395 millions de dollars enregistré à la même période en 2025. Cette dégradation s'explique principalement par la suppression de l'exemption douanière américaine de minimis en mai 2025, qui a soumis les colis de faible valeur à des droits d'importation allant de 10 % à 87,5 %.

Un modèle contesté en France et en Europe

Shein est une figure emblématique de l'ultra-fast-fashion, basée sur le renouvellement rapide de collections à très petits prix, en ciblant une clientèle jeune sur les réseaux sociaux. Le site propose une vaste gamme de produits à des prix extrêmement bas et est régulièrement critiqué pour encourager une culture de la surconsommation jugée néfaste pour l'environnement.

En France, où l'entreprise compte 23 millions de clients, le Parlement a définitivement adopté fin juin une proposition de loi visant à freiner l'essor des plateformes de mode éphémère. Cette législation impose des frais par article aux marques d'ultra-fast-fashion, débutant à 5 euros en 2025 et atteignant 10 euros d'ici 2030, plafonnés à 50 % du prix de vente. La loi interdit également toute publicité pour ces marques, y compris par les influenceurs sur les réseaux sociaux.

Alors que le secteur textile est à l'origine de près de 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ces plateformes sont accusées d'inonder le marché de produits bas de gamme, générant des montagnes de déchets et une pollution importante.

L'entreprise a d'ailleurs provisionné environ 80 millions de dollars pour couvrir ses contentieux juridiques et réglementaires en cours, notamment une enquête de la Commission fédérale du commerce américaine, une investigation au titre de la loi européenne sur les services numériques, ainsi que des affaires de protection des données en France et en Irlande.

Shein précise vouloir utiliser les fonds levés lors de son entrée en Bourse principalement pour financer ses capacités technologiques et renforcer sa présence internationale, dans un contexte où les défis réglementaires et environnementaux s'accumulent.

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