Éthiopie: le gouvernement fédéral installe une administration intérimaire au Tigré pour six mois
Le gouvernement fédéral éthiopien a annoncé vendredi 16 octobre l'installation d'une administration intérimaire au Tigré pour une durée de six mois. Cette décision marque la reprise formelle du contrôle administratif de cette région du nord du pays, peuplée d'environ 5,7 millions d'habitants, après plusieurs semaines d'affrontements entre l'armée fédérale et les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).
Une administration transitoire pour rétablir l'ordre
Cinq responsables ont été désignés pour diriger cette administration transitoire. Leur mandat comprend le rétablissement des services publics, la consolidation de la paix, la réhabilitation des anciens combattants et la création des conditions nécessaires à l'organisation d'élections. Selon le Premier ministre Abiy Ahmed, lauréat du prix Nobel de la paix 2019 pour ses efforts de réconciliation avec l'Érythrée voisine, le Tigré doit redevenir une composante normale de la fédération éthiopienne.
Reconquête militaire et reprise de contrôle
Cette annonce intervient après la reconquête militaire des principales villes de la région par les forces fédérales. Fin septembre 2026, le TPLF avait lancé une offensive majeure au sein d'une coalition de groupes rebelles. L'armée fédérale a rapidement contre-attaqué, repoussant les troupes du TPLF vers le nord et reprenant le contrôle de Mekelle, la capitale régionale située à environ 780 kilomètres au nord d'Addis-Abeba, ainsi que d'autres centres urbains début octobre.
Le TPLF: de la domination politique à la marginalisation
Le TPLF, fondé en 1975 comme mouvement de libération armé, a dominé la vie politique éthiopienne pendant près de trois décennies. De 1991 à 2018, ce parti contrôlait le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), la coalition au pouvoir, avant de perdre son influence avec l'arrivée d'Abiy Ahmed au poste de Premier ministre.
Les tensions entre Addis-Abeba et le TPLF s'étaient déjà cristallisées lors d'un conflit entre novembre 2020 et novembre 2022, qui s'était conclu par un accord de cessation des hostilités signé à Pretoria, en Afrique du Sud, le 2 novembre 2022. En mai 2025, la Commission électorale nationale a révoqué l'enregistrement du TPLF en tant que parti politique, malgré sa qualité de signataire de l'accord de paix, ravivant les tensions qui ont conduit à la reprise des combats en 2026.
Une première administration régionale intérimaire avait déjà été établie au Tigré en mars 2023 dans le cadre de l'accord de Pretoria, avec des dirigeants successifs nommés par le Premier ministre Abiy Ahmed.
Élections locales et critiques sur l'inclusivité
Parallèlement à la mise en place de cette nouvelle administration régionale, des assemblées publiques suivies de votes ont été organisées ces derniers jours dans plusieurs villes du sud du Tigré et dans des quartiers de Mekelle. Ces scrutins visent à élire des administrateurs locaux temporaires pour prévenir les violences et les pillages après l'effondrement des structures de pouvoir locales.
Hadush Kinfe, haut responsable du parti tigréen Salsaye Woyané, critique toutefois le caractère insuffisamment inclusif de ce processus mené par les autorités fédérales. Il souligne que la majorité des habitants ne participent pas aux votes, désorientés et réticents face à des délais aussi courts.
Les autorités fédérales promettent l'organisation d'élections libres et transparentes dans un délai de six mois. Elles affirment que le gouvernement intérimaire n'interviendra pas sur les questions stratégiques à long terme concernant l'avenir de la région.




