Un résultat officiel rejeté par le camp Bolsonaro
"J'ai regardé l'élection. C'était tellement corrompu, tellement lamentable", a déclaré le président américain, proche de la famille Bolsonaro, avant d'ajouter : "Franchement, ça ressemblait à une autre élection truquée". Donald Trump n'a lui-même jamais véritablement accepté sa défaite face à Joe Biden en 2020.
Le Tribunal supérieur électoral (TSE) brésilien a annoncé la réélection de Lula le 25 octobre 2026. Le président sortant a obtenu 64 256 232 voix, soit 51,79 % des suffrages valides, contre 59 826 041 voix et 48,21 % pour Flávio Bolsonaro. Kassio Nunes Marques, ministre et président du TSE, a proclamé le résultat. Sur plus de 158 millions d'inscrits, 128,2 millions ont voté au second tour ; l'abstention s'est établie à environ 19,2 %.
Flávio Bolsonaro entend demander l'annulation du scrutin et refuse de reconnaître sa défaite, rapporte BBC News Afrique. Il conteste la décision d'un juge de la Cour suprême de prolonger de deux heures l'ouverture des bureaux de vote. Son équipe avait pourtant réclamé davantage de temps pour voter, comme celle de Lula.
La contestation trouve aussi des relais dans l'entourage de Donald Trump. Selon POLITICO, le conseiller commercial Peter Navarro a présenté lundi le résultat comme un avertissement à l'approche des élections américaines de mi-mandat. L'ancien conseiller Jason Miller a diffusé une déclaration de la campagne Bolsonaro refusant de reconnaître les résultats, tandis qu'Andrew Kolvet, porte-parole de Turning Point USA, a mis en doute l'ampleur du basculement électoral entre les deux tours.
Des contacts personnels qui n'effacent pas les désaccords
Lula et Trump savent négocier et échangent facilement au téléphone. Leurs rencontres, déjà nombreuses, donnent lieu à des compliments publics sans résoudre leurs désaccords. Ces deux dirigeants rompus aux affrontements politiques restent peu disposés aux concessions.
Pour Evan Ellis, expert au Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS) de Washington, la contestation américaine pourrait encore détériorer cette relation. "Si les choses continuent dans cette direction et que les États-Unis insistent sur le fait que l'élection est illégitime, je pense que cela ne fera qu'accroître l'hostilité entre Trump et Lula", explique-t-il à l'AFP. Il relève que Lula est "désormais libéré de toute échéance électorale future", comme Donald Trump.
Evan Ellis envisage ainsi un durcissement brésilien si Trump continue de délégitimer Lula. Cette réaction pourrait toucher les droits de douane, la lutte contre les cartels ou les positions de Brasilia sur Cuba, l'Iran et Israël.
Les difficultés dépassent le tête-à-tête présidentiel : Lula entretient de très mauvaises relations avec Marco Rubio, le chef de la diplomatie américaine. Washington n'a toujours pas d'ambassadeur à Brasilia. L'impasse diplomatique a également privé officiellement de visa l'ambassadrice brésilienne à Washington.
Fort de quatre victoires présidentielles, Lula demeure un acteur important sur la scène internationale. Son prochain mandat doit commencer le 5 janvier 2027, mais sa marge de manœuvre intérieure sera contrainte : il devra composer avec le Congrès le plus à droite de l'ère démocratique brésilienne. Le Parti libéral de Flávio Bolsonaro est la formation qui a le plus progressé aux législatives.
Des échanges commerciaux sous pression
La première puissance commerciale d'Amérique du Sud reste un fournisseur de matières premières, de café et de viande pour les États-Unis. Ces approvisionnements comptent alors que Donald Trump peine à combattre l'inflation.
Le commerce a déjà servi de levier dans les différends politiques. En juillet 2025, l'administration Trump avait imposé un droit de douane de 50 % sur le Brésil, invoquant une persécution politique dans les poursuites visant Jair Bolsonaro, rappelle POLITICO. Un réchauffement des relations avait ensuite permis aux deux pays d'ouvrir des négociations commerciales.
Des obstacles tarifaires subsistent. Selon Valor International, l'éthanol, les biens d'équipement, l'habillement et plusieurs autres produits restent frappés d'un droit de 25 % au titre de la Section 301. Les experts interrogés par le média estiment aussi que les élections américaines de mi-mandat du 3 novembre 2026 pourraient peser sur les rapports entre Washington et Brasilia.
Sur les neuf premiers mois de 2026, les exportations brésiliennes vers les États-Unis ont diminué d'environ 6,5 %, d'après les données ComexStat citées par Valor. Dans le même temps, celles destinées à l'Asie ont augmenté de 13,8 % et celles vers l'Union européenne de 20 %. Larissa Wachholz, experte au Centre brésilien des relations internationales, relie la diversification des relations du Brésil à la politique agressive de Donald Trump.
Les terres rares, entre intérêt américain et autonomie brésilienne
Washington souhaite éloigner Brasilia de la Chine et négocier des accords sur les terres rares, essentielles au secteur technologique. Selon BBC News Afrique, le Brésil en possède les deuxièmes réserves mondiales, tandis que Lula est largement perçu comme favorable à Pékin.
L'exploitation de ces ressources reste toutefois un sujet de négociation. Des experts cités par Valor soulignent que le Brésil manque de technologies pour extraire et transformer ses terres rares. Des entreprises américaines demandent un accès prioritaire aux investissements, mais le gouvernement brésilien refuse de l'accorder sans proposition équilibrée en contrepartie.
Le positionnement politique de Brasilia le distingue également de ses voisins : le Brésil est le seul grand pays sud-américain dont le dirigeant n'est pas de droite. Le gouvernement Lula incarne ainsi le principal pôle de la gauche latino-américaine face au "Bouclier des Amériques", coalition lancée par Donald Trump avec de nombreux gouvernements de droite de la région contre le trafic de drogue.
Une coopération sécuritaire possible, sans engagement militaire attendu
La sécurité régionale et la lutte contre le crime organisé offrent néanmoins des possibilités de rapprochement. "Je pense qu'il existe des opportunités en matière de partage de renseignements et d'informations financières et bancaires, dans la mesure du possible", estime James Story, ancien diplomate et fondateur du cabinet de conseil Global Frontier Advisors.
Il ne s'attend en revanche pas à une participation brésilienne si le "Bouclier des Amériques" débouche sur des opérations militaires conjointes dans la région. Selon lui, Brasilia entend conserver sa propre ligne : le Brésil ne devrait pas jouer de rôle majeur dans de telles opérations, et Washington ne devrait pas non plus le solliciter à cette fin.




