De l'île aux oiseaux de Runde à la bucolique région du Sunnmøre, la Norvège hors les sentiers battus
Le murmure étouffé résonne à peine au-dessus du cri des mouettes tridactyles. Sur les falaises escarpées de l'île de Runde, dernier rempart avant l'océan Atlantique, ornithologues amateurs et passionnés guettent le retour du macareux moine. Avec son plumage noir et blanc, son bec orange éclatant et ses allures de petit clown des mers, cet oiseau marin est devenu l'emblème de ces roches battues par les vents.
Équipés de jumelles et d'appareils photo, vêtus de tenues de camouflage, les observateurs se tiennent à quelques mètres du vide, attentifs au moindre mouvement. À 62,4° de latitude nord, à quelque 500 kilomètres du cercle polaire, Runde abrite entre 500 000 et 700 000 oiseaux marins, ce qui en fait la plus grande falaise ornithologique du sud de la Scandinavie. Protégée depuis 1957 et reliée au continent par un pont inauguré en 1982, l'île accueille une biodiversité exceptionnelle.
Un sanctuaire ornithologique menacé
Deux cent trente espèces y trouvent refuge : fulmars arctiques, guillemots, huîtriers pie, fous de Bassan. Parmi eux, quelque 50 000 à 60 000 couples de macareux moines établissent leurs nids entre mars et août, période durant laquelle l'île se transforme en sanctuaire. Les sentiers sont alors fermés aux randonneurs pour protéger la nidification, à l'exception de quelques chemins qui offrent des points de vue spectaculaires sur les crépuscules d'été et les tempêtes hivernales.
Runde héberge également la plus importante colonie norvégienne de fous de Bassan, avec environ 4 000 couples nicheurs. Cette concentration exceptionnelle d'oiseaux marins fait de l'île un site de recherche majeur : le suivi scientifique des populations aviaires y est mené depuis 1959, constituant l'un des programmes de surveillance les plus anciens de la région. Depuis 2007, Runde est devenu un site clé du réseau SEAPOP, programme national de surveillance des oiseaux marins.
Pourtant, cette richesse naturelle est fragile. Le macareux moine est aujourd'hui classé comme espèce menacée en Norvège continentale, victime d'un déclin démographique vertigineux. Les populations sont passées de 1,6 million de couples en 1980 à environ 600 000 aujourd'hui, soit une chute de 50 à 80 % en trois générations. Cette situation critique explique les mesures de protection strictes mises en place sur l'île, qui a obtenu le statut de zone humide Ramsar en 2013. Le sanctuaire ornithologique de la côte ouest de Runde bénéficie quant à lui d'une protection depuis 1981.
Le Sunnmøre, entre fjords et sommets enneigés
Au-delà de Runde, c'est toute la région du Sunnmøre qui dévoile ses trésors. Cette Norvège champêtre et nourricière se dessine à travers un patchwork de fermettes de producteurs, de vergers de pommiers et de petits ports de pêche. Les Alpes de Sunnmøre, comptant parmi les régions les plus enneigées de Norvège en raison de leur proximité avec la mer du Nord et l'humidité de l'air atlantique, dominent le paysage. Leurs sommets culminent à 1 700 mètres, plongeant directement dans les fjords en pentes abruptes.
Non loin de là, les fjords de Geiranger et de Nærøy, inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2005, incarnent l'archétype du paysage norvégien. Ces deux sites sont les seuls du pays à avoir été classés uniquement sur des critères naturels, témoignage de leur beauté exceptionnelle. Ålesund, le centre culturel du Sunnmøre, célèbre pour son architecture Art nouveau, constitue le point de départ idéal pour explorer ces merveilles naturelles.
La Norvège attire de plus en plus de visiteurs malgré le coût élevé des séjours. Le pays a enregistré 40,6 millions de nuitées dans les établissements d'hébergement commercial en 2025, soit une hausse de 5,2 % par rapport à 2024. Les touristes étrangers ont contribué à la majeure partie de cette croissance, avec 14,2 millions de nuitées internationales. Cette affluence témoigne de l'attrait durable pour les 100 000 kilomètres de côtes déchiquetées et les fjords majestueux qui ont façonné l'identité minérale du pays.
Ici, la nature généreuse et la richesse des paysages compensent largement les tarifs élevés. Entre falaises peuplées d'oiseaux marins, fjords encaissés et villages préservés, le Sunnmøre propose un road trip étonnant aux antipodes des circuits touristiques classiques. Une Norvège authentique se révèle alors, celle des producteurs locaux, des traditions maritimes et d'une biodiversité fragile mais obstinément vivante.




