Nuisances, rentabilité, impact agricole… ce groupe de riverains s'oppose à un projet d'agrivoltaïsme dans leur commune
À Saint-Ouen-en-Belin, commune de 1 325 habitants de la Sarthe située dans la Communauté de communes de l'Orée de Bercé Bélinois, un projet d'installation agrivoltaïque porté par la société Radiance Énergie suscite la mobilisation d'habitants regroupés au sein de l'association de Sauvegarde du Bocage Belinois (SBB). Cette opposition locale s'inscrit dans un mouvement national de contestation croissante contre les projets photovoltaïques en milieu agricole.
L'association souligne que son opposition ne vise pas le principe même du photovoltaïsme, mais conteste l'inadéquation de ce projet spécifique tant sur le fond que sur la forme et son lieu d'implantation. Les familles mobilisées alertent les centaines de résidents du Belinois vivant en campagne sur les conséquences potentielles de tels aménagements à proximité de leurs habitations, qu'elles considèrent comme une véritable gêne quotidienne.
Radiance Énergie, anciennement Ikaros Solar, est une plateforme d'énergies renouvelables détenue par le gestionnaire d'actifs français Eurazeo. L'entreprise a récemment renforcé ses positions dans le secteur en acquérant en juillet 2026 un portefeuille d'environ 105 MW de projets solaires et agrivoltaïques auprès d'AMDA Energies, confirmant son expansion active dans ce domaine.
Un cadre réglementaire récent et contraignant
L'agrivoltaïsme a été défini juridiquement pour la première fois en France par la loi du 10 mars 2023 relative à l'accélération de la production d'énergies renouvelables. Cette législation le caractérise comme une installation de production d'électricité solaire située sur des parcelles agricoles où les modules contribuent durablement à l'installation, au maintien ou au développement de la production agricole.
Le décret du 8 avril 2024 (n° 2024-318) a précisé les exigences techniques : les installations doivent maintenir au moins 90 % du rendement agricole observé dans une zone témoin pour être qualifiées d'agrivoltaïques, et le taux de couverture photovoltaïque ne peut excéder 40 % de la parcelle agricole. Ces projets nécessitent un avis favorable de la Commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF) et doivent faire l'objet d'une étude agricole préalable.
Entre objectifs nationaux et résistances locales
Le développement de l'agrivoltaïsme s'inscrit dans les ambitions énergétiques françaises. Le gouvernement vise 1 GW de capacité agrivoltaïque installée d'ici 2030, tandis que la Programmation Pluriannuelle de l'Énergie (PPE3) fixe un objectif global de 48 GW de capacité photovoltaïque installée à cet horizon, contre environ 33 GW à la mi-2026.
Le secteur connaît une expansion rapide : en 2026, la France compte plus de 200 parcs agrivoltaïques en fonctionnement et près de 2 000 projets en cours d'examen, attirant capitaux privés et publics. Cette dynamique se heurte toutefois à une opposition grandissante. La Confédération Paysanne s'oppose fermement à l'agrivoltaïsme et multiplie les recours juridiques, tandis que plus de 350 organisations ont signé des pétitions contre les installations photovoltaïques sur terres agricoles, naturelles et forestières.
Des préoccupations multiples
Les détracteurs de ces projets soulèvent plusieurs inquiétudes :
- spéculation foncière avec une augmentation des prix des terres agricoles dans certaines zones
- nuisances visuelles
- impacts sur la biodiversité
- risque que la production agricole ne devienne qu'un alibi secondaire pour une activité principalement énergétique
Ces critiques reflètent une tension entre les objectifs de transition énergétique et la préservation du caractère agricole et paysager des territoires ruraux.
Le projet de Saint-Ouen-en-Belin cristallise ainsi des enjeux qui dépassent le cadre communal, illustrant les défis de l'acceptabilité sociale des infrastructures d'énergies renouvelables en milieu rural.





