À Cazilhac, les Ukrainiens réfugiés construisent leur avenir loin de chez eux
À la sortie de Villeneuve-Minervois, petit village audois de 1 000 habitants, un lotissement de maisons mitoyennes abrite depuis un an Sergii Khytryi, Olesia Bahrii et leurs trois enfants, Eldar, Adrian et Anabel. Originaires de Brovary, dans la banlieue de Kiev, ils ont fui l'Ukraine en mars 2022, quelques semaines après le début de l'invasion russe du 24 février.
Sergii Khytryi, informaticien de 41 ans, a cherché sur Internet une destination à l'étranger pour sa famille. Père de trois enfants de moins de 18 ans, il bénéficie d'une exemption de ses obligations militaires selon la législation ukrainienne, ce qui lui a permis de quitter le pays légalement.
Je connaissais Carcassonne grâce au jeu de société qui porte ce nom
L'annonce qu'il avait trouvée permettait d'accueillir sa famille et leurs amis qui fuyaient également, soit 13 personnes au total, désormais chacune installée dans son propre logement.
Une crise migratoire d'une ampleur inédite
Le déplacement des Ukrainiens constitue la plus importante crise de réfugiés en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, avec près d'un tiers de la population ukrainienne contrainte de fuir. Plus de 6 millions de réfugiés ukrainiens étaient enregistrés à travers l'Europe fin 2024, tandis que 3,7 millions de personnes restaient déplacées à l'intérieur des frontières ukrainiennes.
Sur les 90 000 Ukrainiens vivant aujourd'hui en France – contre 18 000 avant le début de la guerre –, la plupart se sont installés en région parisienne et dans les grandes agglomérations. Mais l'urgence a conduit certains d'entre eux vers des zones moins attendues, comme ces petites communes qui entourent la préfecture de l'Aude. À titre de comparaison, la Pologne accueille environ 1,8 million de réfugiés ukrainiens et l'Allemagne plus de 1,3 million.
L'Union européenne a activé pour la première fois la directive de protection temporaire (2001/55/CE) en réponse à cette crise, permettant aux réfugiés ukrainiens d'accéder immédiatement au logement, à l'emploi, à l'éducation et aux prestations sociales, sans passer par la longue procédure de demande d'asile habituelle. Ce dispositif exceptionnel a facilité l'installation rapide de familles comme celle de Sergii Khytryi dans des communes comme Villeneuve-Minervois ou Cazilhac.
L'apprentissage du français comme priorité
Carcassonne, préfecture du département de l'Aude comptant environ 46 000 habitants et inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO pour sa cité médiévale, n'était pas une destination évidente pour ces réfugiés. Pourtant, c'est ici qu'ils tentent de reconstruire leur vie, avec l'apprentissage du français comme priorité absolue pour s'intégrer.
Selon une enquête du HCR menée début 2024 auprès de près de 10 000 foyers, 65 % des réfugiés ukrainiens exprimaient le souhait de rentrer chez eux un jour. Mais ce pourcentage diminue à mesure que le conflit s'enlise. L'échec de l'objectif initial russe de capturer rapidement Kiev a transformé la guerre en un conflit prolongé, particulièrement dans le sud et l'est de l'Ukraine, rendant tout retour hypothétique.
Les défis de l'intégration restent importants. Si 57 % des réfugiés ukrainiens en Europe occupent un emploi selon les données du HCR de janvier 2026, leur taux d'emploi demeure inférieur de 22 points de pourcentage à celui des ressortissants des pays d'accueil. La composition démographique de cette population réfugiée – 60,5 % de femmes, 32 % d'enfants de moins de 18 ans, avec une moyenne d'âge de 36 ans – souligne le caractère familial de cet exil forcé.
Pour les familles ukrainiennes de Cazilhac et Villeneuve-Minervois, l'alternative est claire : puisque le retour semble impossible, il faut penser à bien apprendre le français et s'intégrer. Un choix par défaut qui devient peu à peu un projet de vie, entre le deuil de ce qui a été laissé derrière et la construction d'un avenir en terre d'accueil.






