Des progrès qui ne concernent pas tous les domaines
Sur la période 2016-2025, l'indice relève une amélioration de la gouvernance dans 30 pays africains, un recul dans 23 autres et une situation stable dans un pays. Mais les États dont les résultats se dégradent regroupent plus de la moitié de la population africaine.
Les infrastructures, Internet et les télécommunications mobiles contribuent aux avancées économiques et humaines observées dans 25 pays. Interrogée par RFI, Nathalie Delapalme, directrice exécutive de la Fondation Mo Ibrahim, souligne toutefois que ces gains s'accompagnent d'un affaiblissement de la sécurité, de l'État de droit et de la participation démocratique.
À ses yeux, ces progrès ne peuvent durer sans amélioration dans ces trois derniers domaines : "Ce n'est pas soutenable à terme." L'indice montre d'ailleurs que les pays qui avancent sur ces différents fronts progressent plus vite. Ce groupe compte 22 pays, dont la Côte d'Ivoire, le Maroc, le Rwanda et le Sénégal.
La participation démocratique perd cinq points
Avec cinq points perdus en dix ans à l'échelle du continent, la participation démocratique accuse le recul le plus marqué des seize domaines évalués. Nathalie Delapalme l'explique notamment par les restrictions imposées à la société civile et l'affaiblissement des libertés d'expression et de réunion. Les possibilités de s'exprimer, de manifester et de prendre part à la vie publique se réduisent ainsi dans de nombreux pays.
L'évolution de la sécurité est moins uniforme. Si le bilan continental demeure inférieur à celui de 2016, la directrice exécutive observe une stabilisation depuis 2022. Une amélioration est même enregistrée dans 22 pays.
Des rangs à lire à la lumière des trajectoires
Les Seychelles restent en tête du classement, tandis que le Maroc rejoint les dix premiers et que la Tunisie en sort. Pour Nathalie Delapalme, le rang et le niveau atteint doivent toutefois être examinés avec l'évolution sur l'ensemble de la décennie.
Ainsi, la cinquième place de l'Afrique du Sud ne traduit pas l'accélération du recul de sa gouvernance. L'Angola et le Congo-Brazzaville, à l'inverse, sortent du groupe des dix pays les moins bien classés. "Chaque trajectoire est différente. Il n'y a pas de solution miracle", rappelle-t-elle.
Le Soudan du Sud occupe la dernière place de l'indice 2026. Selon EFE, relayée par Unitel, le pays le plus jeune du monde prévoit ses premières élections le 22 décembre 2026. Leur organisation reste entourée de fortes incertitudes : absence de recensement électoral, financements insuffisants, faiblesse des institutions et fracture entre le pouvoir et l'opposition.
Au Burkina Faso, le plus fort recul du continent
Vingt-sixième du classement, le Burkina Faso a perdu près de sept points en dix ans, soit la dégradation la plus importante en Afrique. Le recul s'accélère et touche notamment la sécurité, l'État de droit, la participation démocratique et le développement humain.
Ce bilan contraste avec les engagements des militaires arrivés au pouvoir après deux coups d'État en 2022, en particulier leur promesse de rétablir la sécurité. Nathalie Delapalme estime que les données chiffrées et celles relatives à la perception publique montrent que "les résultats ne sont pas là". Elle constate néanmoins une amélioration des conditions favorables au développement économique, mais à partir d'un niveau très bas et sans renversement de la tendance générale.
La responsable rappelle que la dégradation de la gouvernance commence souvent avant les prises de pouvoir militaires. Les indicateurs permettent aussi d'évaluer ce qui se passe ensuite. Pour elle, les résultats observés ne font pas des coups d'État une réponse aux difficultés de gouvernance : "On ne peut pas associer un coup d'État à la bonne gouvernance".
Repérer les besoins pour éclairer les décisions publiques
L'indice ne vise pas seulement à classer les pays : il doit aussi permettre aux gouvernements de repérer les domaines nécessitant une action. Nathalie Delapalme évoque ainsi les difficultés persistantes à enregistrer les naissances et les décès, qui entravent l'élaboration de politiques adaptées aux besoins des populations. Elle relève également les apports de la numérisation des services publics, notamment pour rendre l'attribution des marchés publics plus transparente.
Elle souligne qu'aucune recette ne convient à tous les pays, même si plusieurs réponses peuvent être combinées. La Fondation Mo Ibrahim fournit des outils pour éclairer les décisions, sans donner d'avis sur les politiques publiques à adopter. Celles-ci restent de la seule responsabilité des gouvernements.





