Crime organisé

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Hugo Petit

L'Algérie transforme une caserne militaire en prison de haute sécurité dans le désert du Tanezrouft

Les autorités algériennes ont décidé de créer un établissement pénitentiaire pour narcotrafiquants dans l'une des régions les plus inhospitalières du Sahara, où les températures dépassent 50°C et les précipitations annuelles sont quasi inexistantes.

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L'Algérie transforme une caserne militaire en prison de haute sécurité dans le désert du Tanezrouft

Le gouvernement algérien a annoncé mercredi 2 septembre la transformation d'une caserne militaire en prison de haute sécurité dans le désert du Tanezrouft, une région située dans l'extrême sud-ouest du pays, à la frontière malienne. Cet établissement sera exclusivement réservé aux barons de la drogue et aux trafiquants de stupéfiants.

La décision a été prise lors d'une réunion du Haut Conseil de sécurité, présidée par le président Abdelmadjid Tebboune en sa qualité de commandant suprême des forces armées et ministre de la Défense nationale. Cette instance, qui se réunit régulièrement pour évaluer la situation sécuritaire du pays, a ainsi entériné une mesure sans précédent dans la lutte contre le narcotrafic.

Le Tanezrouft : un désert parmi les plus hostiles au monde

Le Tanezrouft, dont le nom signifie « désert sans eau » en langue tamashek, est considéré comme l'une des zones les plus hostiles de la planète. Surnommé le « pays de la soif » ou encore la « terre de la terreur », ce territoire quasi inhabité ne compte aucun résident permanent, hormis quelques nomades touaregs de passage. Les températures y dépassent régulièrement 50°C en été, tandis que les précipitations annuelles sont inférieures à 20 millimètres, faisant de cette région l'un des endroits les plus arides du monde.

Une explosion du trafic de stupéfiants en Algérie

Cette annonce intervient dans un contexte d'explosion du trafic de stupéfiants en Algérie. Les services des douanes ont saisi plus de 16 millions de comprimés psychotropes durant les neuf premiers mois de 2025, soit une augmentation de 149,2 % par rapport à la même période en 2024. Le pays, qui compte près de 46 millions d'habitants, recenserait désormais plus de trois millions de toxicomanes selon l'Office national de lutte contre la drogue et la toxicomanie.

Le 21 août dernier, les autorités ont procédé à une saisie qualifiée de record : plus de dix millions de capsules de prégabaline, ainsi que plus de 33 kilogrammes de cocaïne. Cette opération, qui a permis l'arrestation de 25 suspects incluant des ressortissants marocains et néerlandais, illustre la dimension internationale des réseaux de trafic. La prégabaline, un médicament utilisé pour traiter l'épilepsie mais aux effets euphorisants, est devenue une substance particulièrement prisée en Algérie où elle est surnommée « la drogue du pauvre » en raison de son prix abordable.

Renforcement du dispositif de lutte antidrogue

Les autorités ont également décidé de créer un organisme sécuritaire spécialisé dans la lutte antidrogue, sur le modèle d'agences existant dans plusieurs pays, notamment la Drug Enforcement Administration américaine. Cette nouvelle structure viendra renforcer le dispositif de lutte contre un fléau qui s'est considérablement intensifié ces dernières années.

Une position géographique stratégique pour les trafiquants

La position géographique de l'Algérie explique en partie cette recrudescence du trafic. Avec environ 6 400 kilomètres de frontières terrestres, le pays fait face à de nombreux défis sécuritaires. Sa frontière avec le Maroc, officiellement fermée depuis 1994, n'empêche pas les passages clandestins liés au narcotrafic, la région ouest du pays concentrant plus de 50 % des saisies de résine de cannabis. Les analystes en sécurité décrivent la bande côtière entre Casablanca et Alger comme un « arc d'or » pour les trafiquants, en raison de sa proximité avec trois continents et les marchés de consommation européens.

Un emplacement stratégique pour la nouvelle prison

Le choix du Tanezrouft pour cette prison n'est pas anodin. Situé à environ 310 mètres d'altitude, ce territoire a historiquement servi de route commerciale transsaharienne reliant l'Algérie au Mali. Aujourd'hui traversé par un axe routier motorisé allant de Béchar à Gao, il présente un isolement géographique extrême tout en demeurant accessible aux forces de sécurité. La proximité avec la frontière malienne, région marquée par l'instabilité et les réseaux de trafic, renforce également la dimension stratégique de cet emplacement.

Cette initiative témoigne de la volonté des autorités algériennes de durcir leur réponse face à une criminalité organisée qui s'est considérablement développée. Le trafic de cocaïne en Afrique du Nord a connu une augmentation spectaculaire, avec des quantités saisies qui ont été multipliées par six en 2016 selon les rapports internationaux. Dans ce contexte, la transformation d'une caserne militaire en pénitencier de haute sécurité au cœur du désert le plus inhospitalier du Sahara marque un tournant dans la stratégie répressive du pays.

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