Crime organisé

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Hugo Petit

Nigeria : près de 5 millions d'euros de rançons versées en un an pour des enlèvements

Un rapport révèle que 7 825 personnes ont été enlevées entre juillet 2025 et juin 2026 au Nigeria, soit une hausse de 66 % en un an. Les groupes djihadistes et gangs criminels ont perçu 7,78 milliards de nairas de rançons.

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Les enlèvements massifs sont devenus une source majeure de financement pour les groupes armés au Nigeria

Les enlèvements massifs sont devenus une source majeure de financement pour les groupes armés au Nigeria. Selon un rapport publié mercredi 26 août par le cabinet de conseil SBM Intelligence basé à Lagos, environ 7,78 milliards de nairas (5 millions d'euros) de rançons ont été versées à ces organisations entre juillet 2025 et juin 2026, soit plus du triple des 2,56 milliards de nairas payés sur la période précédente.

Durant cette année, au moins 7 825 personnes ont été kidnappées, une augmentation de 66 % par rapport à l'année antérieure (juillet 2024-juin 2025). Le bilan humain s'est alourdi avec au moins 1 142 morts, dont 895 civils, précise le rapport.

L'insurrection djihadiste depuis 2009

Le Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique avec près de 240 millions d'habitants, fait face depuis dix-sept ans à une insurrection menée par des groupes djihadistes dans le nord-est du pays. L'insurrection de Boko Haram a débuté en 2009 après un conflit armé de quatre jours entre le groupe militant islamiste et les forces de sécurité nigérianes, qui a fait environ 1 000 morts, principalement des civils, dont quelque 700 à Maiduguri. Depuis lors, des dizaines de milliers de personnes ont été tuées et plus de deux millions déplacées.

Ces organisations ont fait de l'enlèvement une arme privilégiée, notamment lors du rapt en 2014 de 276 collégiennes à Chibok, dans l'État de Borno. Malgré plusieurs libérations et évasions au fil des années, environ 82 jeunes filles demeurent en captivité ou leur sort reste inconnu, plus d'une décennie après les faits. Les autorités doivent également affronter des bandes criminelles qui sévissent dans le nord-ouest et le centre du territoire.

Prédominance des enlèvements de masse

Deux enlèvements massifs attribués à Boko Haram représentent à eux seuls 7 milliards de nairas (4,5 millions d'euros), soit 90 % du montant total des rançons versées, selon SBM Intelligence. Il s'agit du rapt de plus de 400 personnes à Ngoshe, dans l'État de Borno, bastion de l'insurrection djihadiste, et de l'enlèvement d'environ 300 élèves et membres du personnel de l'école catholique St. Mary's, dans le village isolé de Papiri.

L'Agence France-Presse avait rapporté à l'époque, citant des sources proches des négociations, que le gouvernement avait versé au moins 2 milliards de nairas (1,3 million d'euros) pour libérer ces derniers, ce que les autorités avaient démenti.

La région du nord-ouest a concentré plus de 60 % de tous les incidents d'enlèvement à l'échelle nationale entre juillet 2024 et juin 2025, avec 2 938 personnes kidnappées dans cette seule zone, selon SBM Intelligence. On estime qu'environ 30 000 bandits opèrent au sein de plus d'une centaine de gangs dans le nord-ouest du Nigeria, les groupes les plus importants pouvant mobiliser jusqu'à 2 000 combattants. Cette crise de banditisme trouve ses origines dans des conflits autour des droits fonciers et de l'accès à l'eau entre éleveurs et agriculteurs, mais s'est transformée en crime organisé depuis environ 2011, alimentée par le trafic d'armes et l'instabilité régionale dans l'ensemble du Sahel.

Entre novembre 2025 et début 2026, des centaines d'écoliers ont été enlevés lors de plusieurs incidents d'enlèvements massifs dans les États de Kebbi, Niger et Borno, certaines victimes restant portées disparues malgré des libérations partielles.

Appel à perturber les flux financiers

L'enlèvement de masse est désormais la pratique dominante

affirme SBM Intelligence, qui préconise de « perturber les flux financiers qui soutiennent » l'insurrection. Le cabinet appelle également à une « stabilisation économique » dans ce pays pauvre, ce qui « pourrait réduire le vivier dans lequel sont recrutés les hommes de main ».

En décembre 2025, le gouvernement fédéral nigérian a officiellement désigné les kidnappeurs et groupes armés violents comme terroristes, dans le cadre des efforts visant à renforcer la réponse aux enlèvements et à la violence communautaire. Un sondage Afrobaromètre a révélé que 68 % des Nigérians estiment que les forces de sécurité gèrent mal l'insécurité, une perception qui décourage la coopération avec les autorités et renforce le recours aux groupes d'autodéfense.

L'insécurité et l'économie seront au cœur de la campagne présidentielle qui vient de démarrer au Nigeria. En janvier 2027, le président Bola Tinubu, élu en février 2023 et ayant obtenu en mai 2026 l'investiture de son parti, le Congrès de tous les progressistes, briguera un second et dernier mandat de quatre ans.

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