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Julien Lefèvre

Présidentielle 2027 : la division du bloc central profite à Marine Le Pen

Gabriel Attal et Edouard Philippe partagent des programmes quasi identiques mais refusent de s'unir. Leur rivalité pourrait permettre à Marine Le Pen, favorite des sondages, de remporter l'élection présidentielle sans rencontrer de candidat centriste au second tour.

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Présidentielle 2027 : les incompréhensibles divisions du bloc central

À moins de huit mois du premier tour de l'élection présidentielle, prévu le 18 avril 2027, la fragmentation du bloc central pose une question de plus en plus urgente. Gabriel Attal, ancien premier ministre issu de Renaissance, et Edouard Philippe, maire du Havre et fondateur du parti Horizons, présentent des candidatures jumelles qui peinent à se distinguer l'une de l'autre.

Les deux anciens chefs de gouvernement d'Emmanuel Macron — Philippe ayant occupé Matignon de 2017 à juillet 2020, Attal de janvier à juillet 2024 — partagent une vision économique quasi identique. Lors du débat organisé par le Medef fin août 2026, ils ont défendu des positions convergentes : critique des normes jugées contraignantes pour les entreprises, valorisation du « travailler plus », réduction des cotisations sociales et des impôts de production, reforme de l'assurance-chômage. Si des divergences subsistent sur les retraites — Attal souhaitant supprimer l'âge légal quand Philippe veut le repousser —, les deux hommes s'inscrivent résolument dans une politique de l'offre. Même sur l'éducation, où tous deux proposent d'augmenter la rémunération des enseignants, les convergences l'emportent.

Surenchère sur l'immigration

C'est sur l'immigration que le jeu de miroirs devient le plus frappant. Depuis la crise de Ceuta, fin juillet 2026, qui a vu plus de 70 000 migrants franchir sans autorisation la frontière depuis le Maroc vers l'enclave espagnole — traversées qui ont coûté la vie à au moins 100 personnes selon le maire de Ceuta, Juan Jesus Vivas —, les deux candidats ont adopté une ligne particulièrement dure.

Cette crise survient dans un contexte européen tendu. En janvier 2026, le premier ministre espagnol Pedro Sánchez avait annoncé un programme de régularisation massive des migrants en situation irrégulière, auquel plus d'un million de personnes, principalement d'origine latino-américaine et marocaine, ont candidaté, dépassant les projections gouvernementales d'environ un quart.

Edouard Philippe propose désormais la création d'un centre de retour pour les immigrés illégaux à Mayotte, territoire français de l'océan Indien qui compte environ 350 000 habitants, dont la moitié de nationalité étrangère, majoritairement originaire des Comores voisines. Ce département français le plus pauvre, où près de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, cristallise les tensions migratoires. Le maire du Havre défend également l'instauration d'un « verrou Schengen » empêchant tout État européen d'« engager seul une régularisation massive » de clandestins « au-delà d'un seuil défini collectivement » et « sans accord préalable ».

Gabriel Attal n'est pas en reste. L'ancien plus jeune premier ministre de France, nommé à 34 ans en janvier 2024, prône l'établissement de « quotas limitatifs », quitte à modifier la Constitution pour les imposer.

Cette surenchère, qui vise à court terme à endiguer l'hémorragie électorale vers le Rassemblement national (RN), constitue un pari politique dangereux pour 2027. En reprenant le vocabulaire et les thématiques de l'extrême droite, les deux candidats du centre droit, loin d'affaiblir le RN, le renforcent en légitimant son discours.

Marine Le Pen en position de force

Les sondages récents confirment la domination de Marine Le Pen dans tous les scénarios de second tour. Face à Edouard Philippe, elle l'emporterait avec 48 à 54 % des voix selon les enquêtes. Contre Gabriel Attal, sa victoire serait encore plus nette, avec 55 à 56 % des intentions de vote. Au premier tour, la candidate du RN recueille constamment entre 34 et 36 % des suffrages, tandis que Philippe obtient entre 17 et 20,5 % lorsqu'il se présente seul, et Attal plafonne à 14,5 % quand les deux centristes sont simultanément en lice.

La position de Marine Le Pen a été consolidée par une décision judiciaire récente. Condamnée en 2025 pour détournement de fonds du Parlement européen et initialement frappée d'une interdiction de se présenter à une élection pendant cinq ans, elle a vu cette sanction réduite par la cour d'appel de Paris le 7 juillet 2026, lui ouvrant la voie vers l'Élysée.

L'appel à la primaire

Face à cette fragmentation électorale qui menace d'éliminer tout candidat centriste dès le premier tour, plus de 200 élus, dont le président de la région Normandie Hervé Morin et le maire de Cannes David Lisnard, ont lancé fin août 2026 un appel à l'organisation d'une primaire ouverte de la droite et du centre pour désigner un candidat unique.

Cette proposition mérite considération, même si elle arrive tardivement et que ses modalités — périmètre, règles de participation — restent floues. Aucune des deux candidatures ne bénéficie actuellement d'une dynamique suffisante pour s'imposer face à l'autre. Leur maintien simultané, davantage motivé par des rivalités personnelles que par de véritables divergences programmatiques, conduit mécaniquement à la dispersion des suffrages au sein de cette famille politique.

Le risque est patent : qu'aucun des deux prétendants ne parvienne à se qualifier pour le second tour, laissant Marine Le Pen seule face à un adversaire issu d'un autre camp politique. Pour les candidats du bloc central, le temps presse. La ressaisie doit intervenir rapidement si l'on veut éviter que la division ne devienne le meilleur atout de l'extrême droite.

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