Médicaments

5 min de lecture

Paul Renaud

Cancer de la prostate : un résultat positif pour le darolutamide dans l'essai de phase III DASL-HiCaP

Orion Corporation annonce une baisse de 58 % du risque de métastase ou de décès lorsque le darolutamide est ajouté à la privation androgénique et à la radiothérapie chez des patients à haut risque de récidive. Ce résultat provient d'une analyse intermédiaire ; le médicament n'est pas approuvé dans…

lake-3cbffb1f-5275-4007-a8b4-601e8380cf3f-0.png

Une survie sans métastase de 95 % à quatre ans

L'analyse de DASL-HiCaP porte sur un suivi médian de 3,8 ans. Elle compare deux groupes recevant une privation androgénique (TPA) et une radiothérapie locorégionale : l'un avec du darolutamide, l'autre avec un placebo. Selon Orion, l'ajout du médicament améliore significativement le critère principal de l'essai, la survie sans métastase évaluée par imagerie conventionnelle (MFS-CI).

Le rapport des risques instantanés (HR) de métastase ou de décès s'établit à 0,42, avec un intervalle de confiance (IC) à 95 % de 0,27 à 0,66 et une valeur p de 0,0001. À quatre ans, la proportion de patients en vie sans métastase atteint 95 % dans le groupe darolutamide, contre 88 % dans le groupe placebo.

D'après le communiqué de Bayer, la présentation de ces données est prévue le 24 octobre 2026 à 16 h 30 CET au congrès de la Société européenne d'oncologie médicale (ESMO) 2026. Elles figurent au programme du Presidential Symposium I sous la forme d'un résumé de dernière minute, référencé LBA4.

Un essai international auprès de 1 106 participants

Mené à l'initiative des investigateurs, DASL-HiCaP est un essai de phase III randomisé et contrôlé par placebo, enregistré sous le numéro NCT04136353. Il a recruté 1 106 participants en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Canada, aux États-Unis, en Irlande et au Royaume-Uni. Leur répartition entre les deux groupes s'est faite à parts égales.

Le protocole prévoyait 96 semaines de darolutamide à raison de 600 mg deux fois par jour, ou de placebo correspondant. Dans les deux groupes, les participants recevaient également un analogue de l'hormone de libération de la lutéinostimuline (LHRH) pendant 96 semaines, ainsi qu'une irradiation de la prostate ou du lit prostatique et des ganglions lymphatiques pelviens.

L'analyse intermédiaire était prévue après 87 événements relevant du critère principal de survie sans métastase. Le protocole évalue aussi la progression de l'antigène prostatique spécifique (PSA), la survie spécifique au cancer de la prostate et la survie globale.

Bayer précise que l'étude a été conduite avec l'Université de Sydney et le groupe coopératif ANZUP. Après ARAMIS, ARASENS et ARANOTE, DASL-HiCaP constitue le quatrième essai de phase III du darolutamide et le premier consacré à cette molécule dans le cancer de la prostate à un stade précoce.

Des tendances favorables sur les autres critères, un suivi encore en cours

Les résultats des critères secondaires vont tous dans un sens favorable au darolutamide. Pour la survie sans progression du PSA (PSA-PFS), l'analyse fait état d'une réduction de 53 % du risque de progression du PSA ou de décès : le HR est de 0,47, avec un IC à 95 % de 0,33 à 0,67. À quatre ans, le taux correspondant est de 91 % sous darolutamide, contre 83 % sous placebo.

Concernant la survie spécifique au cancer de la prostate, le HR atteint 0,58 (IC à 95 % : 0,17 à 1,97), avec un taux de survie à quatre ans de 99 % dans chacun des groupes. Pour la survie globale, le HR est de 0,88 (IC à 95 % : 0,49 à 1,59) ; les taux à quatre ans sont respectivement de 97 % et de 95 %. Les participants restent suivis, notamment pour documenter la survie globale à plus long terme.

Orion décrit un profil de sécurité conforme à la tolérance déjà connue du darolutamide et des événements indésirables similaires à ceux observés sous placebo. Des événements de grade 3 ou plus ont toutefois été rapportés chez 43 % des patients recevant le médicament, contre 36 % dans le groupe témoin.

Pour les événements indésirables d'intérêt particulier de grade 2 ou plus, la fatigue ou l'asthénie concernait 14 % des patients sous darolutamide et 10 % sous placebo. Les proportions étaient respectivement de 7 % et 9 % pour l'hypertension, de 2 % et 3 % pour les fractures, et de 3 % dans chaque groupe pour les événements cardiaques.

Le darolutamide dispose déjà d'autorisations dans d'autres indications

Initialement découvert par Orion Pharma, le darolutamide est développé conjointement par Bayer et le groupe pharmaceutique finlandais Orion Corporation. Cet inhibiteur oral du récepteur des androgènes possède une structure chimique unique. Il se fixe avec une forte affinité à ce récepteur et exerce une puissante action antagoniste, inhibant sa fonction et la croissance des cellules cancéreuses de la prostate.

Selon les éléments présentés par Orion, les modèles précliniques et les données de neuro-imagerie recueillies chez des sujets sains indiquent une faible capacité à franchir la barrière hémato-encéphalique, ainsi qu'un faible potentiel d'interactions médicamenteuses cliniquement pertinentes.

Vendu sous la marque Nubeqa, le darolutamide est autorisé sur plus de 85 marchés, dont les États-Unis, l'Union européenne et la Chine, selon Bayer. Dans le cancer de la prostate métastatique hormono-sensible (mHSPC), il est approuvé sans docétaxel sur 75 marchés et avec docétaxel dans plus de 85 pays. Il dispose aussi d'une autorisation dans plus de 85 pays pour le cancer de la prostate non métastatique résistant à la castration (nmCRPC) à haut risque.

Un autre essai de phase III en cours

Dans son communiqué, Bayer rappelle que le cancer de la prostate occupe le deuxième rang des cancers les plus fréquents et le quatrième des causes de décès par cancer chez l'homme à l'échelle mondiale. Plus de 1,5 million d'hommes reçoivent ce diagnostic chaque année et près de 420 000 meurent de la maladie. Le nombre annuel de diagnostics devrait atteindre 2,9 millions d'ici 2040.

Le programme de recherche sur le darolutamide comprend également ARASTEP, un essai de phase III en cours qui compare son association à la privation androgénique à la privation androgénique seule. Il concerne des patients atteints d'un cancer de la prostate hormono-sensible avec une récidive biochimique à haut risque, sans métastase détectée par imagerie conventionnelle et dont la TEP/TDM PSMA est positive à l'inclusion.

Recherche médicale
← Retour à Médicaments

À lire aussi