Immigration

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Léa Fontaine

La Suède expulse des centaines de Britanniques installés depuis des décennies

Depuis le Brexit, 458 citoyens britanniques ont été expulsés de Suède, victimes d'un durcissement sans précédent de la politique migratoire du pays nordique qui rejette 27,5% des demandes de résidence post-Brexit.

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Des centaines de Britanniques, installés depuis des années, sont priés de quitter la Suède

Horace Mason, 74 ans, souffrant de la maladie d'Alzheimer, a reçu mi-août une obligation de quitter le territoire suédois. Ce citoyen britannique vivait pourtant en Suède depuis vingt-cinq ans. Son cas n'est pas isolé : Joyce Thomas, 78 ans, installée depuis vingt et un ans dans le royaume nordique, a également été priée de faire ses valises et de rentrer au Royaume-Uni début juillet, bien que son mari décédé en 2023 y soit enterré et que son fils et ses petits-enfants y résident. Martin Gambrill, 63 ans, ancien employé de la Banque mondiale marié à une Suédoise, a lui aussi vu sa demande de permis de séjour rejetée après cinq années passées dans le pays.

Ces expulsions s'inscrivent dans un contexte de durcissement massif de la politique migratoire suédoise. Depuis le Brexit, 458 citoyens britanniques ont été expulsés ou reconduits de force, selon les autorités suédoises. Sur les 14 233 demandes de résidence post-Brexit déposées par des Britanniques avant fin 2024, près de 4 000 ont été rejetées. Le taux de refus atteint 27,5%, soit environ trois fois plus que dans n'importe quel autre État membre de l'Union européenne et largement au-dessus de la moyenne européenne de 3 à 4%, selon une analyse du ministère britannique des Affaires étrangères.

Les Britanniques résidant en Suède avant le 31 décembre 2020 devaient demander un nouveau statut de résidence post-Brexit (uppehållsstatus) avant le 30 septembre 2021 pour sécuriser leurs droits en vertu de l'accord de retrait du Brexit. Cette procédure administrative complexe a créé un piège bureaucratique pour de nombreux ressortissants britanniques établis de longue date. Environ 20 000 Britanniques vivaient en Suède sans citoyenneté suédoise au moment du Brexit en 2019.

Un tournant politique majeur

La politique migratoire de la Suède connaît une transformation radicale sous l'impulsion d'un gouvernement de centre-droit soutenu par les Démocrates de Suède, parti anti-immigration. Ce changement marque une rupture nette avec la réputation de « superpuissance humanitaire » que le pays scandinave avait cultivée pendant des décennies.

Les restrictions touchent tous les aspects de l'immigration. De nouvelles règles sur l'immigration de travail, adoptées via la Proposition 2025/26:87 fin 2025, sont entrées en vigueur le 1er juin 2026, introduisant des seuils salariaux plus élevés et de nouvelles dispositions pénales contre la fraude. Le 1er octobre 2026, des règles plus strictes pour le regroupement familial sont également entrées en application, durcissant les exigences de résidence et de ressources financières.

Le gouvernement suédois a annoncé en septembre 2024 que le pays enregistrerait le nombre le plus bas de demandeurs d'asile depuis 1997. Le quota annuel de réfugiés a été réduit drastiquement, passant de 5 000 personnes par an à un maximum de 900. Les demandes d'asile ont chuté de 24% en 2024, atteignant environ 6 800 demandes.

Vers un accès plus difficile à la citoyenneté

Les propositions de réforme vont encore plus loin. Les exigences pour obtenir la citoyenneté suédoise devraient être renforcées à partir de juin 2026, avec une période de résidence portée de cinq à huit ans. Les candidats devront également prouver leur autonomie financière et démontrer leur connaissance de la langue suédoise et des valeurs civiques du pays.

Cette politique restrictive affecte particulièrement les Britanniques, qui se retrouvent pris entre les conséquences du Brexit et le virage migratoire de la Suède. Les témoignages de ces ressortissants britanniques forcés de quitter le pays après des décennies de résidence ont suscité une vive émotion dans les médias britanniques et suédois, illustrant les difficultés concrètes rencontrées par des milliers de personnes prises dans les méandres administratifs post-Brexit et la nouvelle politique migratoire suédoise.

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