Boeing : vers une certification imminente du MAX 10
La Federal Aviation Administration (FAA) s'apprêterait à délivrer la certification du Boeing 737 MAX 10 après avoir terminé l'examen de sécurité du plus grand appareil de la gamme 737. L'annonce pourrait intervenir dans les prochains jours, selon une source proche du dossier.
Boeing a achevé les essais en vol de certification du MAX 10 en juillet 2026, après avoir réalisé 976 vols d'essai totalisant plus de 2 060 heures de vol. Le processus d'homologation a néanmoins connu des retards importants dans un contexte réglementaire devenu nettement plus strict depuis les deux accidents mortels de 737 MAX 8 survenus le 29 octobre 2018 (vol Lion Air 610, 189 victimes) et le 10 mars 2019 (vol Ethiopian Airlines 302, 157 victimes). Ces tragédies, qui ont fait 346 morts au total, ont entraîné une immobilisation mondiale de la flotte MAX pendant 619 jours entre mars 2019 et novembre 2020.
Un enjeu commercial majeur pour l'avionneur
La certification du MAX 10 revêt une importance stratégique considérable pour Boeing. Les compagnies aériennes ont commandé près de 1 500 exemplaires de cet appareil, soit environ 30 % du carnet de commandes total de 737 de Boeing. L'avionneur met en avant un portefeuille global de plus de 7 000 commandes pour l'ensemble de la famille MAX, volume qui permet d'amortir les coûts fixes de fabrication et de développement.
Le MAX 10, modèle le plus long de la gamme, renforce également l'offre de Boeing face à Airbus, son principal concurrent sur le marché des avions commerciaux de plus de 100 places. La division Commercial Airplanes a représenté 46 % du chiffre d'affaires du groupe en 2025.
Une surveillance réglementaire renforcée
Depuis les crashs de 2018 et 2019, Boeing fait l'objet d'une surveillance accrue des autorités. La perte d'un panneau de fuselage en plein vol sur le vol Alaska Airlines 1282 le 5 janvier 2024 a encore durci le contrôle réglementaire. Les enquêteurs fédéraux ont découvert que quatre boulons destinés à fixer ce panneau étaient manquants sur cet appareil MAX 9.
Cet incident a conduit la FAA à renforcer son dispositif de supervision et à imposer des plafonds sur les cadences de production, mesures qui pèsent sur le calendrier des différents programmes. La FAA a récemment accordé sa certification au 737 MAX 7, plus petit modèle de la gamme, en août 2026 après plus de huit ans d'examen.
Des dysfonctionnements d'un logiciel de navigation avaient également fait craindre un report prolongé de l'homologation du MAX 10. Début octobre, le régulateur américain a toutefois estimé que ces anomalies ne présentaient aucun risque pour la sécurité. Les ingénieurs de Boeing travaillent depuis sur une mise à jour corrective.
Des ambitions de production sous contrainte
L'homologation de l'appareil contribuerait aux objectifs industriels de la direction, qui vise une cadence de 47 Boeing 737 par mois en 2026, avec l'ajout d'une nouvelle ligne d'assemblage. Au troisième trimestre 2025, la production s'établissait à 38 unités mensuelles. Ces augmentations restent néanmoins soumises à l'aval de la FAA, Boeing devant démontrer que son système de gestion de la sécurité est capable de les accompagner.
Un redressement financier complexe
Le feu vert attendu ne suffirait pas à dissiper les difficultés financières et industrielles de Boeing. Le groupe poursuit une phase de redressement difficile : le résultat opérationnel de la division Commercial Airplanes est demeuré lourdement déficitaire en 2025, pénalisé notamment par une charge de 4,9 milliards de dollars sur le 777X. Les retards cumulés sur ce programme gros-porteur ont entraîné des charges comptables totales d'environ 15 milliards de dollars d'ici 2025, résultant de perturbations chez les fournisseurs, d'inefficacités de production, de compensations versées aux clients et de pertes continues sur le programme. Initialement prévu pour 2020, le premier exemplaire du 777X ne sera désormais livré qu'en 2027, accusant un retard de sept ans.
La dette de Boeing atteignait 54,1 milliards de dollars fin 2025. En parallèle, l'avionneur a finalisé en décembre 2025 le rachat de Spirit AeroSystems pour une contrepartie totale de 8,4 milliards de dollars, incluant la reprise de dette, afin de mieux maîtriser ses processus de fabrication critiques et de renforcer la qualité de sa production. L'intégration de cet équipementier représente un autre défi majeur pour le groupe.









