Une nouvelle catégorie d'actions attendue fin janvier
Le dispositif permettra à Meta d'émettre des titres destinés à de nouveaux investisseurs sans réduire le pouvoir de vote de Mark Zuckerberg. Son fondateur détient aujourd'hui 60,6 % des voix avec seulement 13,4 % du capital, d'après le document déposé mercredi auprès de la SEC, le régulateur boursier américain.
Selon ce document, rapporté par Fortune, les nouveaux titres formeront une classe C, dépourvue de droit de vote. Tous les actionnaires les recevront gratuitement fin janvier 2027, sous forme d'un dividende d'une action C pour chaque action A ou B détenue. Leur cotation doit commencer à la même période. La directrice financière Susan Li a toutefois précisé qu'aucune opération de financement précise n'était encore prévue.
Les deux catégories existantes n'accordent pas les mêmes pouvoirs : une action A, cotée au Nasdaq, donne une voix, contre dix pour une action B. Ces dernières représentent l'essentiel des titres détenus par Zuckerberg et deviennent des actions A lorsqu'elles sont vendues. Cette différence explique le contrôle majoritaire du fondateur.
Le mécanisme prévoit d'autres distributions à l'avenir. Chaque fois que le cours doublera par rapport au prix de référence de 580,60 dollars, les actionnaires recevront une nouvelle action C par action détenue, sous réserve d'un rendement annuel d'au moins 10 %.
L'IA accroît les besoins de financement
Meta envisage de commencer à lever des fonds dès cet automne. Pour le comité d'administrateurs indépendants chargé de négocier le dispositif, il faut agir dans un marché où de nombreuses entreprises sollicitent déjà les investisseurs. Le comité cite Alphabet, SpaceX, Anthropic et OpenAI, ainsi que d'autres opérations attendues, et juge "prudent" de se financer "avant que davantage d'entreprises n'aient absorbé les capitaux disponibles".
Les montants mobilisés par ses concurrents donnent la mesure de cette course : Alphabet a lancé en juin une levée de 80 milliards de dollars en actions, tandis que SpaceX a obtenu 75 milliards lors de la plus importante introduction en Bourse de l'histoire. Anthropic prépare son entrée en Bourse pour novembre.
Après avoir longtemps accusé un retard sur OpenAI, Anthropic et Google, Meta a lancé en septembre deux produits : Muse, un agent pouvant notamment effectuer des achats et envoyer des courriels pour l'utilisateur, puis Muse Wonder, présenté comme son premier modèle "de pointe". Selon Briefing.com, l'action Meta a progressé de 43 % entre la mi-août et la fin septembre.
Mercredi, Zuckerberg a fait état de "plus de 10 millions de personnes" ayant activé Muse aux États-Unis et au Canada. Cette utilisation exige beaucoup de puissance de calcul : Susan Li a averti que "les coûts totaux de service vont augmenter". Elle prévoit de tirer d'abord des revenus de l'outil grâce à des abonnements.
Meta prévoit entre 135 et 145 milliards de dollars d'investissements cette année. Le minimum annoncé a été relevé de 130 à 135 milliards. Au seul troisième trimestre 2026, les dépenses d'investissement ont atteint 34,9 milliards de dollars, selon Fortune. Le flux de trésorerie disponible est passé de 10,6 milliards de dollars un an auparavant à un solde négatif de 2,1 milliards.
Un accord négocié autour du pouvoir de Zuckerberg et de son maintien en Californie
Le maintien des droits de vote du fondateur était une condition de son soutien à l'opération. Selon le comité indépendant, Zuckerberg a "clairement fait savoir" qu'il refuserait une levée de fonds qui "aurait pour effet de réduire ses droits de vote". Les administrateurs décrivent des discussions "longues et, à plusieurs reprises, conflictuelles". Ils n'ont pas obtenu les clauses qu'ils demandaient pour mettre fin à son contrôle en cas de départ ou de décès.
Les négociations ont aussi porté sur son lieu de résidence. Zuckerberg avait envisagé de quitter la Californie, où les électeurs se prononceront le 3 novembre 2026 sur un impôt exceptionnel visant la fortune des milliardaires. Cette Proposition 40 pourrait lui coûter plusieurs milliards de dollars. Fortune rappelle que l'indice Bloomberg Billionaires le classe au cinquième rang mondial, avec un patrimoine estimé à 246 milliards de dollars.
En contrepartie de la création des nouveaux titres, il s'est engagé à rester huit ans en Californie tant qu'il dirigera le groupe ; le document réglementaire cité par Fortune mentionne aussi la possibilité de résider là où Meta a son siège. Il pourra vendre immédiatement 10 % de sa participation, notamment pour acquitter cet éventuel impôt.
Zuckerberg a par ailleurs abandonné sa demande d'une nouvelle rémunération et conservera le salaire symbolique de 1 dollar qu'il perçoit depuis 2013. Ce n'est pas la première tentative du groupe pour introduire des actions sans droit de vote : Facebook avait lancé un projet similaire en 2016, puis l'avait retiré en 2017 après une plainte d'actionnaires.
La publicité soutient les revenus, les contentieux pèsent sur le bénéfice
Les annonces sur Facebook, Instagram et WhatsApp ont permis à Meta de réaliser 64,6 milliards de dollars de chiffre d'affaires au troisième trimestre, soit une hausse annuelle de 26 %, supérieure aux attentes. Le bénéfice a en revanche subi une charge de près de 10 milliards liée à l'accord conclu fin août avec presque tous les États américains. Ceux-ci reprochaient au groupe d'avoir rendu ses plateformes addictives pour les adolescents.
Pour le quatrième trimestre, Meta attend des revenus compris entre 73 et 76 milliards de dollars, une prévision légèrement supérieure aux attentes. L'action gagnait près de 4 % dans les échanges suivant la clôture de Wall Street, alors que les annonces sur l'IA ont contribué à rassurer les investisseurs.
Les litiges concernant les jeunes ne sont pas clos. Des milliers de familles et de districts scolaires poursuivent encore Meta aux États-Unis, et le groupe prévoit "un certain nombre de procès liés aux jeunes" au cours des prochains mois.
Une sanction de 25 milliards de dollars dans l'affaire Cambridge Analytica
Mercredi, la justice du Nouveau-Mexique a également condamné Meta à une amende de 25 milliards de dollars pour avoir trompé les utilisateurs de Facebook sur la protection de leurs données dans l'affaire Cambridge Analytica. Le juge Francis Mathew considérait que la loi de l'État justifiait une sanction supérieure à 219 milliards, avant de la réduire à 25 milliards, rapporte Reuters, repris par Boursorama.
Le 25 septembre 2026, un jury de Santa Fe avait déclaré trompeuses 26 des 29 déclarations de Meta examinées et retenu plus de 43 millions d'infractions. L'État demandait entre 35 et 40 milliards de dollars, tandis que l'entreprise défendait un plafond de 3,45 milliards.
D'après franceinfo, les intérêts atteignent 15 % : tant que l'amende restera impayée, la somme due augmentera de 3,75 milliards de dollars par an. Les fonds sont destinés au système scolaire du Nouveau-Mexique.
Cette affaire correspond au deuxième verdict rendu contre Meta par un jury de Santa Fe en six mois. Un premier procès, terminé en mars 2026, avait conclu que l'entreprise avait trompé les utilisateurs sur la sécurité des jeunes et lui avait infligé 375 millions de dollars de sanctions civiles. Un juge avait ensuite ajouté un versement de 567 millions à un fonds de l'État consacré à la santé mentale des adolescents.
Meta a annoncé son intention de faire appel de la sanction de 25 milliards de dollars.









