Une proposition valable 30 jours
L'approche de Michal Strnad, révélée vendredi par Bloomberg, repose sur une valorisation de Delfin inférieure de 30% à la valeur nette de ses actifs, d'après la lettre consultée par l'agence. Le propriétaire du fabricant d'armes CSG y envisage aussi bien un rachat qu'une prise de participation majoritaire de 62,5%.
Billionaires.Africa précise les modalités de la démarche : Tilaris, la structure chargée des intérêts de Strnad hors défense, a envoyé une lettre de cinq pages datée du 20 octobre à Romolo Bardin, directeur général de Delfin. Valable 30 jours, l'offre serait financée par des liquidités, des prêts bancaires et des apports de partenaires financiers.
Les héritiers disposent d'un droit de blocage
Le capital de Delfin est réparti à parts égales entre huit héritiers. La veuve de Leonardo Del Vecchio possède ainsi 12,5%, comme chacun des sept autres. Le fondateur de Luxottica avait bâti le groupe qui a fusionné avec Essilor en 2018.
Cette structure actionnariale constitue un obstacle à l'arrivée de Strnad. Selon Billionaires.Africa, les statuts réservent les actions aux héritiers Del Vecchio. Supprimer cette clause nécessite l'accord de 88% du capital : avec 12,5% chacun, un seul actionnaire peut donc empêcher l'opération.
Sur X, Leonardo Maria Del Vecchio a confirmé avoir connaissance de la lettre et s'est prononcé contre l'offre. "Pendant des années, j'ai travaillé avec un seul objectif : faire en sorte que ce que mon père a bâti au cours de sa vie, en partant de rien et de ses propres mains, ne finisse pas loin de son histoire et de son pays", a-t-il écrit. Il a également décrit EssilorLuxottica comme le "seul véritable champion italien dans le monde".
Âgé de 31 ans, Leonardo Maria Del Vecchio a lui-même cherché pendant plusieurs mois à renforcer sa position dans Delfin. Engagé avant l'été, son projet de rachat des parts de son frère Luca et de sa sœur Paola a échoué à l'été 2026. Selon Billionaires.Africa, ce plan d'environ 10 milliards d'euros aurait porté sa participation à 37,5%. Il a ensuite proposé environ 3,5 milliards d'euros pour les 12,5% détenus par son demi-frère Rocco Basilico, qui a refusé, estimant sa part à au moins 4,3 milliards d'euros.
La gouvernance fait aussi l'objet d'une procédure au Luxembourg. Au début de l'été 2026, trois héritiers, dont Paola et Luca, ont saisi un tribunal pour faire modifier la règle imposant l'unanimité des actionnaires pour remplacer le conseil de la holding. D'après Billionaires.Africa, ils souhaitent lui substituer une majorité des deux tiers, présentée comme l'accord de six des huit propriétaires.
Un portefeuille dominé par EssilorLuxottica
Avec 32,4% du capital d'EssilorLuxottica, Delfin est le premier actionnaire du fabricant de lunettes et de verres correcteurs. Quotidiano.net évalue ce dernier à plus de 80 milliards d'euros à la Bourse de Paris. Son directeur général, Francesco Milleri, préside également Delfin.
Les actifs de la holding s'étendent à la finance italienne et à l'immobilier français. Selon Billionaires.Africa et Quotidiano.net, elle possède environ 10% de Generali, 17,6% de Banca Monte dei Paschi di Siena, 2,7% d'UniCredit ainsi que 28% de Covivio.
Bloomberg chiffre l'ensemble de ses participations cotées à plus de 40 milliards d'euros ; Billionaires.Africa avance une estimation d'environ 43 milliards et fait état d'un bénéfice de 1,5 milliard d'euros pour Delfin en 2025. Le portefeuille lui procure par ailleurs plus de 1 milliard d'euros de dividendes par an, selon Quotidiano.net.
Strnad, déjà présent en Italie, devra obtenir des autorisations
À 34 ans, Michal Strnad dirige Czechoslovak Group (CSG), le fabricant de munitions et de véhicules militaires fondé par son père Jaroslav. D'après Billionaires.Africa, l'introduction du groupe à la Bourse d'Amsterdam en janvier 2026 a fait de lui l'homme le plus riche de Tchéquie. Le Bloomberg Billionaires Index estime sa fortune à environ 19,5 milliards de dollars.
Ses intérêts italiens comprennent déjà le fabricant de munitions Fiocchi, détenu par CSG. En juillet 2026, Strnad a également acquis auprès du chinois Sinochem une participation de 14% dans Pirelli, rapporte Billionaires.Africa.
Un rachat de Delfin nécessiterait toutefois plusieurs feux verts. Selon Quotidiano.net, la Banque centrale européenne, l'IVASS, l'autorité italienne des assurances, et surtout le gouvernement italien devraient autoriser l'opération. Rome pourrait recourir au mécanisme du Golden Power pour protéger les intérêts nationaux.
JPMorgan juge le succès peu probable, le titre monte
"Dans l'ensemble, compte tenu de la très forte décote par rapport à l'actif net réévalué, ainsi que des déclarations de Leonardo Maria concernant sa volonté de préserver l'identité italienne de l'entreprise et l'héritage de son père (une volonté qui, selon nous, devrait être partagée par la plupart des héritiers), nous estimons que les chances de succès de cette offre sont faibles", a réagi JPMorgan.
L'analyste relève aussi que la presse italienne évoque une éventuelle obligation de lancer, à terme, une offre publique d'achat sur EssilorLuxottica si Delfin changeait de contrôle. Rien ne confirme cependant qu'une telle obligation serait automatiquement déclenchée.
Ces spéculations soutenaient le cours d'EssilorLuxottica : vers 13 h, l'action gagnait 3,8% à 184,90 euros, tandis que le CAC 40 restait stable.









