Des mesures fiscales et un entourage pour les cédants
Le plan présenté par la ministre vise à éviter la disparition d'entreprises viables qui ne trouvent pas de repreneur. Selon RTL, il prévoit notamment d'exonérer l'entreprise d'impôt sur les bénéfices durant la première année après sa reprise, à condition de conserver sur place la production et les emplois. Autre dispositif annoncé, la "Team Reprise" doit réunir des mentors autour du dirigeant qui souhaite céder son activité, pour l'aider à préparer l'opération et à en choisir le montage.
Cette annonce s'inscrit dans une mobilisation plus large. En 2026, l'État a fait de la transmission-reprise une "grande cause économique nationale". Son plan "Objectif Reprises" porte sur la sensibilisation des vendeurs et des acheteurs, leur mise en relation, ainsi que la sécurisation de l'accompagnement et du financement. Le ministère de l'Économie évalue à 500 000 le nombre d'entreprises susceptibles d'être cédées dans les dix prochaines années, avec potentiellement 3 millions d'emplois concernés.
Depuis juillet 2025, la Mission Reprise rassemble plus de 200 participants issus notamment des réseaux consulaires, des institutions, des fédérations professionnelles, des banques et des collectivités. Après avoir produit plus de 300 propositions en six mois, elle est devenue pérenne, avec une gouvernance nationale et territoriale. Dans ce cadre, CCI France et CMA France ont lancé l'Opération nationale Transmission 2026 : leurs événements doivent sensibiliser chaque année 25 000 cédants ou repreneurs dans toute la France.
Un potentiel de cessions encore loin des opérations réalisées
L'étude de Bpifrance Le Lab "Transmission et reprise d'entreprise – Perspectives de marché et facteurs clés de succès", publiée en novembre 2025, donne la mesure des intentions de départ. Parmi les dirigeants de TPE, PME et ETI, 40 % envisagent une transmission dans les cinq années suivantes. Cela représente un potentiel de 370 000 entreprises d'ici 2030, employant environ 3 millions de personnes.
Les transactions restent cependant bien moins nombreuses que le potentiel annuel estimé. Dans son étude de septembre 2026, "La situation des entreprises en France", BPCE L'Observatoire dénombre environ 36 500 cessions en 2025 et prévoit un niveau voisin de 37 000 en 2026, pour un potentiel de 74 000 transmissions par an. La même étude constate le vieillissement des dirigeants de PME-ETI : 27,6 % avaient au moins 60 ans en 2025, contre 17,4 % en 2010.
Chez L.T. Piver, accorder les personnes et le projet
Pour Nelly Chenelat, la reprise a succédé à 35 années de carrière auprès de grands noms du luxe. En 2022, elle a acquis L.T. Piver, la plus ancienne maison de parfumerie française. La CCI Paris Île-de-France l'avait mise en relation avec la famille Amouyal, propriétaire depuis 1988, qui cherchait sans succès un acheteur après plus de trente ans à la tête de l'entreprise.
Branka Berthoumieux, responsable reprise-transmission à la CCI, explique que ses équipes connaissaient les deux parties et leurs intentions. Avant cette rencontre, la chambre avait proposé à Nelly Chenelat plusieurs vendeurs correspondant à sa recherche et l'avait aidée à aborder les discussions. La repreneuse décrit son rôle comme celui d'un "vrai tiers de confiance", par opposition à certains intermédiaires qu'elle juge intrusifs et intéressés.
Le prix n'était pas le seul point à régler : vendeur et acheteuse devaient aussi s'entendre sur l'avenir de la maison. Nelly Chenelat a été séduite par son savoir-faire, ses bureaux parisiens et son usine de Chartres. Les dix-huit mois écoulés entre le premier contact et le rachat ont permis aux deux parties de se connaître, de préciser ce qu'elles souhaitaient préserver et de s'approprier les étapes de l'opération.
L'histoire à poursuivre remonte à 1774, lorsque le gantier parfumeur Michel Adam ouvre une boutique à Paris. Ses créations retiennent rapidement l'attention de Louis XVI et de Marie-Antoinette. L'entreprise se développe en France et à l'étranger, puis passe d'une génération à l'autre dans la famille du fondateur. Louis-Toussaint Piver, filleul de l'un de ses membres, lui donne son nom en 1823. Après la Seconde Guerre mondiale, la maison sort du giron familial et connaît plusieurs propriétaires, dont Rhône-Poulenc dans les années 1970, avant son acquisition par les Amouyal.
La nouvelle dirigeante entend s'appuyer sur ce patrimoine pour accroître les ventes et la notoriété de L.T. Piver, tout en diversifiant les produits, notamment grâce au numérique. Elle indique que la maison conserve une forte présence en Europe, en Amérique et au Moyen-Orient, et cherche à se faire connaître en Asie par son histoire. Elle souhaite également revenir sur des marchés comme le Mexique, où L.T. Piver figure dans le musée international de la parfumerie, pour y faire redécouvrir ses produits, comme en France.
Un accompagnement qui peut durer plusieurs années
Branka Berthoumieux souligne la dimension affective d'une cession : des dirigeants la vivent comme un deuil plutôt que comme une étape normale de la gestion de leur entreprise. Selon elle, beaucoup attendent trop longtemps avant d'engager la démarche. La CCI cherche donc à aborder le sujet en amont, dans un cadre confidentiel, afin de laisser le temps de préparer le projet et de trouver un repreneur adapté.
Le réseau consulaire accompagne ces opérations aux côtés des pouvoirs publics depuis plus de trente ans. Il dispose notamment d'une bourse nationale de plus de 11 000 offres de cession et d'un club où les repreneurs peuvent échanger leurs expériences et leurs contacts. Conférences, ateliers et événements complètent ce dispositif, avec l'accès à des experts-comptables, des avocats, des notaires et des cabinets de conseil. Selon la CCI, le suivi peut durer de douze mois à plusieurs années.
Sur le financement, Branka Berthoumieux se montre confiante : elle estime qu'une fois la décision prise et l'opération préparée, aucun partenaire financier ne refusera son appui si les deux parties s'accordent et si le projet est solide. Elle rapporte aussi la satisfaction des dirigeants accompagnés, qui disent se sentir "mille fois plus décisionnaires et responsables" que dans leurs parcours précédents.
Transfair réunira cédants et repreneurs le 16 novembre
Le prochain rendez-vous francilien sera Transfair, le 16 novembre 2026, de 9 h à 17 h, à la CCI Paris Île-de-France, au 11 rue Léon Jouhaux, dans le 10e arrondissement de Paris. Présenté comme le principal événement régional consacré à la transmission et à la reprise, il est organisé par la CCI, l'Ordre des Experts-Comptables Paris Île-de-France, la Compagnie régionale des commissaires aux comptes de Paris et le Barreau de Paris, avec le soutien de Bpifrance et de la Société Générale.
Le programme prévoit des conférences, des masterclass et des ateliers pratiques sur l'évaluation de l'entreprise, le financement, la recherche d'opportunités, la négociation, les questions juridiques et fiscales, ainsi que la passation.
Animée par La Tribune et diffusée en direct sur YouTube, la conférence d'ouverture portera le titre "Comment réussir une transmission-reprise d'entreprise ?". Un cédant et un repreneur de Sequoia MD, entreprise de menuiserie d'agencement bois haut de gamme, y témoigneront notamment de leur expérience.









