Proche-Orient

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Thomas Rivière

Les rebelles houthistes frappent une base militaire saoudienne en riposte aux bombardements de Riyad

Les houthistes du Yémen ont lancé dimanche une attaque par drones et missiles contre une installation militaire saoudienne près de la frontière, en réponse à des frappes de la coalition menée par Riyad. Cette escalade survient alors que les rebelles pro-iraniens consolident leur contrôle sur des po…

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Les rebelles houthistes frappent une base militaire saoudienne en riposte aux bombardements de Riyad

Les rebelles houthistes du Yémen ont revendiqué dimanche 13 septembre une offensive contre une base militaire saoudienne, marquant une nouvelle intensification des hostilités avec le royaume qui soutient les forces gouvernementales yéménites face à l'avancée des combattants pro-iraniens.

L'attaque, menée avec des drones et des missiles, a visé des dépôts d'armes ainsi que des centres de commandement et de contrôle sur la base militaire de Sharurah, située dans la province de Najran près de la frontière yéménite, selon le porte-parole militaire des houthistes, Yahya Saree. Cette base stratégiquement positionnée sert de point d'appui pour les opérations liées au conflit yéménite. Les autorités saoudiennes ont confirmé deux blessés suite à la chute d'un projectile dans la région frontalière de Jiza.

Les houthistes ont justifié cette frappe comme une riposte à de multiples bombardements saoudiens contre leur territoire. Ces rebelles, qui avaient annoncé en juillet un blocus maritime contre l'Arabie saoudite et ciblé ses pétroliers, multiplient les attaques d'envergure contre le royaume cette semaine.

Une progression fulgurante sur la côte yéménite

Les forces houthistes ont réalisé des gains territoriaux majeurs ces derniers jours. Contrôlant déjà une grande partie du nord du pays, dont la capitale Sanaa et le port de Hodeida à l'ouest, elles ont progressé rapidement le long de la côte, s'emparant jeudi de la ville portuaire de Moka. Cette ville était aux mains des forces gouvernementales depuis janvier 2017, lorsque les troupes yéménites soutenues par l'Arabie saoudite l'avaient reprise aux rebelles.

Les houthistes ont ensuite consolidé vendredi leur emprise sur le détroit stratégique de Bab Al-Mandab, point de passage crucial du commerce maritime mondial. Large de seulement 28 à 29 kilomètres à son point le plus étroit, ce détroit constitue le troisième goulet d'étranglement le plus important pour le transport pétrolier mondial, après les détroits de Malacca et d'Ormuz. Environ 10 à 12% du commerce maritime mondial transite par cette voie, qui relie la mer Rouge au golfe d'Aden.

L'impact économique de cette avancée s'est fait immédiatement sentir. Les données maritimes montrent que le trafic dans le détroit a chuté de manière spectaculaire après la prise de Moka, passant de 30 navires mercredi à seulement 12 jeudi.

L'Arabie saoudite dans l'étau

Cette progression des houthistes menace de priver l'Arabie saoudite de tout débouché maritime sur sa façade occidentale. Le royaume subit déjà le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran depuis six mois, un passage par lequel transitait avant le conflit environ 25% du commerce pétrolier maritime mondial et 20% du gaz naturel liquéfié. L'Iran a fermé ce détroit en réponse aux attaques américano-israéliennes débutées le 28 février 2026.

Face à l'offensive houthiste, les forces gouvernementales yéménites ont affirmé samedi avoir mené des contre-attaques près de Moka et sur la route menant à Dhubab, plus au sud. Dimanche matin, elles ont annoncé trois raids aériens dans la province de Taëz.

Selon le média américain Axios, le prince héritier Mohammed Ben Salman aurait appelé à deux reprises le président américain Donald Trump jeudi pour solliciter des frappes contre les combattants yéménites, sans succès. Trump a déclaré samedi que les houthistes, qui avaient subi des bombardements américains en 2025 pour leurs attaques contre des navires commerciaux, lui avaient demandé de ne pas intervenir dans le conflit yéménite.

Crise humanitaire et déplacements massifs

Les combats récents dans l'ouest du Yémen ont provoqué des centaines de morts et le déplacement de dizaines de milliers de personnes. Plus de 70 000 habitants ont fui depuis septembre seulement, selon l'Organisation internationale pour les migrations, qui met en garde contre une crise de déplacement majeure. Un afflux important de réfugiés se dirige vers Aden, la grande ville du sud où siège le gouvernement reconnu internationalement.

L'OIM a averti dès vendredi que les stocks d'urgence avaient déjà été épuisés après les interventions menées récemment pour faire face à des inondations. Les besoins urgents portent sur les abris, la nourriture, l'eau et autres matières de première nécessité. Les autorités de Djibouti ont signalé samedi l'arrivée de quelque 1 400 personnes fuyant le Yémen en vingt-quatre heures.

Cette escalade met fin à une période d'accalmie relative. Un cessez-le-feu fragile négocié par l'ONU en 2022 entre les houthistes et le gouvernement yéménite avait largement tenu jusqu'à la reprise des combats en juillet 2026. Les affrontements actuels représentent les violences les plus meurtrières depuis l'effondrement de cette trêve, dans un conflit qui, depuis le début de l'intervention de la coalition saoudienne en 2015, avait causé environ 377 000 morts selon les estimations de l'ONU fin 2021, tant par les combats directs que par leurs conséquences indirectes.

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