Des autocollants au domicile, et non des tracts dans la voiture
Dans un texte signé par son directeur, Jérôme Fenoglio, et par Caroline Monnot, Le Monde revient sur une information publiée lundi 26 octobre. Le quotidien avait alors mentionné des tracts du Rassemblement national retrouvés dans la voiture de l'auteur de l'attentat. Il explique avoir rapidement corrigé cette version : ni la nature des documents ni le lieu de leur découverte n'étaient exacts.
Les précisions apportées jeudi par le Parquet national antiterroriste (PNAT) portent sur 30 autocollants fabriqués par Kevin T. et saisis chez lui, avec d'autres documents. Ils portent l'inscription "Vive la France, RN, fier d'être français". Ces éléments attestent ses sympathies pour le parti, souligne le journal, tout en reconnaissant l'erreur de son premier récit.
Le quotidien adresse ses excuses à ses lecteurs. Il distingue ses erreurs ou imprécisions, qu'il affirme corriger systématiquement, de la diffusion volontaire d'informations mensongères destinées à tromper le public. Il rejette ainsi les accusations de désinformation délibérée formulées à son encontre.
Les éléments de l'enquête sur l'attaque
Kevin T. a été mis en examen le 29 octobre, six jours après l'attentat commis à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. Le PNAT a confirmé les éléments sur le mobile raciste et l'influence ancienne de l'idéologie d'extrême droite que Le Monde avait rapportés dès le lendemain de l'attaque.
Selon le procureur national antiterroriste Olivier Christen, Kevin T. a déclaré avoir voulu "venger les commerçants" dont les boutiques avaient été pillées lors des manifestations du 17 octobre 2026. Il a expliqué son choix de Trappes en qualifiant la ville de "repaire d'islamistes".
Agé de 39 ans, cet ouvrier du secteur automobile habite à Plaisir, dans les Yvelines. Diagnostiqué schizophrène, il suivait un traitement médical. Son casier judiciaire compte treize mentions pour des délits de droit commun ; la plus récente date de 2013.
Son logement avait été piégé : des bonbonnes de gaz et des fils électriques étaient reliés à un minuteur. Le RAID a dû procéder à une opération de déminage. Les perquisitions ont aussi permis d'y découvrir un exemplaire de "Mein Kampf", d'Adolf Hitler.
Pour mener l'attaque, le tireur s'est servi d'un pistolet-mitrailleur STEN de la Seconde Guerre mondiale, probablement un modèle Mk II, classé en catégorie A. Au total, 128 cartouches ont été tirées sur huit lieux de crime, le long d'un parcours d'environ 12 kilomètres entre les deux communes.
Les victimes et l'hommage annoncé
Le bilan définitif communiqué par le PNAT le 26 octobre est d'un mort et de sept blessés, dont quatre grièvement. A cette date, le pronostic vital de l'un des blessés restait engagé. Le premier bilan, le 23 octobre, faisait état d'un mort et de cinq blessés.
L'homme tué, Pengo Bossio Wangi, était un Français de 26 ans d'origine congolaise, né à Poissy. Combattant amateur de MMA, il s'entraînait à l'Atch Academy d'Aubervilliers.
A l'issue du Conseil des ministres du 28 octobre, le gouvernement a annoncé un hommage national aux victimes, qui sera présidé par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Sa date et sa forme restent à préciser.
Intimidations dénoncées et réactions après l'attentat
Le Monde rapporte que plusieurs de ses journalistes et le journal lui-même subissent, depuis le début de la semaine, du harcèlement, des injures et des menaces, ainsi que des provocations jusque devant ses locaux. Il attribue cette campagne à des médias relayant les thèses de l'extrême droite et à leurs réseaux, et la qualifie de "pathétique tentative de diversion". Le quotidien affirme qu'il poursuivra, sans céder aux intimidations, son travail sur les théories de l'extrême droite et leurs effets, au nom de son indépendance et des valeurs démocratiques.
Sur HugoDécrypte, le 28 octobre, Emmanuel Macron a estimé qu'il existait "des mouvements politiques qui ont laissé s'installer cela à l'extrême droite", en citant le RN et "ceux qui leur sont proches". Le député Jean-Philippe Tanguy lui a répondu au nom du parti le lendemain.
Depuis 2017, une vingtaine de procédures concernant le terrorisme d'extrême droite ont été ouvertes par la justice française. Dans les quatre années précédant l'attentat de Trappes, des militants d'extrême droite ont tué huit personnes.
Après l'attaque, plusieurs personnes ont été interpellées pour apologie du terrorisme. Au 29 octobre, trois hommes avaient déjà été condamnés. Denis V., sympathisant RN de 59 ans domicilié à Argenteuil, dans le Val-d'Oise, a écopé de huit mois de prison avec sursis pour des commentaires sur Facebook. En Martinique, Patrick M. a été condamné à douze mois de prison, dont huit ferme.









