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Marie Lambert

À Bordeaux, Joan cherche des images pour comprendre ce qui l'a blessé au visage le 17 octobre

Blessé lors de sa première manifestation contre la vie chère, Joan, 23 ans, a reçu une dizaine de points de suture. Il soupçonne un tir de LBD à bout portant et prévoit de porter plainte. Son appel à témoins doit l'aider à établir les circonstances de l'impact, dont l'origine reste incertaine.

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Des images recherchées près de la place Pey-Berland

Joan situe sa blessure entre 17 h 30 et 17 h 40, le samedi 17 octobre 2026, près de l'arrêt Hôtel de ville du tram A et de la banque CIC, à Bordeaux. Interrogé par actu Bordeaux le 20 octobre, il raconte avoir perdu connaissance alors qu'il faisait face aux CRS. Il porte depuis un masque pour dissimuler ses hématomes et ses points de suture.

Le jeune homme a sollicité la mairie pour obtenir les enregistrements de vidéosurveillance du secteur. Selon ce qui lui a été indiqué, les fichiers sont transmis à la police lorsqu'une plainte est déposée. Il espère pouvoir consulter les images après floutage des autres personnes.

Les trois caméras proches du lieu de sa blessure font partie de la petite dizaine endommagée ce jour-là. D'après Joan, la première a été dégradée une trentaine de minutes avant les faits, la deuxième juste avant et la dernière à 17 h 44. Celle-ci pourrait donc avoir enregistré l'impact, à condition que son angle de vue le permette.

L'antenne locale de LFI relaie sa recherche de témoins et de vidéos. Nordine Raymond, ancien candidat à la mairie de Bordeaux, dénonce la répétition de tels témoignages, notamment depuis le mouvement lycéen. Il aurait souhaité que le maire demande un moratoire sur ces armes à Bordeaux plutôt que de vouloir interdire les manifestations en centre-ville.

Une première manifestation pour "faire tampon"

Joan explique avoir d'abord hésité à participer : opposé aux dégradations, il redoutait autant la colère que pourraient lui inspirer certains manifestants que la réaction de l'État. Il a finalement choisi de rejoindre ceux qui cherchaient à se faire entendre et de se placer devant pour "faire tampon".

Le rassemblement de la place de la Bourse a réuni 7 000 personnes selon la préfecture, contre jusqu'à 100 000 selon la CGT. À l'échelle nationale, le ministère de l'Intérieur dénombre 550 000 participants dans 110 manifestations contre la vie chère ; la CGT et les organisations de jeunesse en annoncent 800 000.

Place de la Bourse, Joan dit s'être retrouvé entre une foule en mouvement et une charge de CRS. Selon Emmanuel Morin, directeur interdépartemental de la police nationale, les policiers cherchaient alors à repousser une cinquantaine de casseurs qui voulaient gagner l'hypercentre. Dans la cohue du départ, Joan s'est retrouvé dans un groupe séparé du cortège principal.

À proximité de la mairie, où la manifestation devait s'achever, les forces de l'ordre ont subi de nombreux jets de pavés. Le lendemain, la préfète Sophie Brocas a déclaré qu'elles avaient été "caillassées comme certains disent qu'ils ne l'ont jamais été". De leur côté, la majorité des participants au cortège autorisé ont rapporté plusieurs heures de gaz lacrymogènes et de charges qu'ils jugeaient injustifiées.

Arrivé à l'angle du cours Alsace-Lorraine et de la rue Duffour-Dubergier, Joan affirme s'être écarté des personnes lançant des projectiles vers la police. Il se décrit alors seul, plus près des CRS, avec des manifestants pacifiques derrière lui. "Certains renvoyaient les lacrymos, moi je n'ai jamais rien relancé."

Un flash blanc, puis une perte de connaissance

Partiellement protégé par une poubelle, Joan raconte avoir entendu plusieurs grenades assourdissantes. L'une a explosé à ses pieds et l'a désorienté ; une autre, qu'il ne sait pas identifier, lui a fait mal aux jambes. Il a ensuite fait signe aux personnes derrière lui d'avancer, disant vouloir éviter de se retrouver entre deux feux lors d'une charge.

"Je me suis retourné vers le cordon, j'ai vu un flash blanc. Fin de l'histoire." Selon son récit, un ami l'a vu s'effondrer et a entendu une grenade assourdissante. Joan ne garde aucun souvenir des cinq secondes précédant et suivant l'impact. Il se souvient ensuite de cet ami qui le mettait à l'abri avec l'aide d'un street medic, un militant assurant les premiers secours.

Sa plaie a été désinfectée et des compresses lui ont été données. Les secours ne répondant pas aux appels, il a fini par rejoindre les urgences de Saint-André, à proximité, avant d'être recousu à Pellegrin. Il compte une dizaine de points, à l'intérieur comme à l'extérieur de la bouche.

L'emploi des grenades assourdissantes avait été suspendu le 7 octobre par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez dans le cadre du mouvement lycéen, après qu'un lycéen de 15 ans avait eu la main arrachée à Lens le 5 octobre. La veille de la mobilisation du 17 octobre, le ministre avait annoncé qu'elles pourraient à nouveau être utilisées "en cas de besoin".

L'hypothèse d'un tir de LBD

Joan est convaincu que sa blessure vient d'un tir des forces de l'ordre. "Je ne vois pas d'autre option logique qu'un tir de LBD à bout portant", dit-il à actu Bordeaux. Il explique qu'un mur se trouvait à sa gauche, du côté où son visage a été touché, et montre son masque chirurgical, percé d'une déchirure circulaire à l'endroit de l'impact. Ces éléments nourrissent son hypothèse, sans établir la nature du projectile.

"Que ce soit une LBD ou pas, rien ne justifie de tirer vers le visage", poursuit-il. Comme le rappelle franceinfo, il est interdit de viser le visage avec un lanceur de balles de défense. Cette arme projette des balles de caoutchouc de 40 mm à une puissance de 220 joules et constitue le dernier recours avant les armes à feu.

Le Schéma national du maintien de l'ordre prévoit qu'un superviseur accompagne chaque tireur de LBD et que celui-ci porte une caméra-piéton "dans la mesure du possible". Selon le rapport annuel de l'IGPN publié fin septembre 2026, 5 065 tirs ont été recensés en 2025, en hausse de 25 % sur un an. Trois personnes ont été grièvement blessées par ces tirs.

Franceinfo indique également que, depuis le début du mouvement lycéen, l'IGPN a ouvert 18 enquêtes, dont six concernant des tirs présumés de LBD.

Des violences qui font aussi l'objet d'une enquête parlementaire

À Bordeaux, les violences du 17 octobre ont notamment été marquées par le saccage de la résidence préfectorale et l'engagement du RAID, rarement mobilisé lors de manifestations. À l'échelle nationale, le bilan provisoire publié sur Wikipédia recense 997 membres des forces de l'ordre blessés. Parmi les manifestants, il mentionne un adolescent ayant eu la main arrachée et deux autres ayant perdu un œil.

La Fédération du commerce et de la distribution évalue provisoirement les pillages et dégradations à "plusieurs centaines de millions d'euros", pour 1 500 commerces concernés. Les contrats d'assurance ne couvrent pas ces dégâts par défaut.

Le 20 octobre, la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a annoncé qu'elle proposerait une commission d'enquête parlementaire sur les violences commises en marge des manifestations, avec notamment un examen de la stratégie de maintien de l'ordre. Pouria Amirshahi (EcoS), Roger Vicot (SOC) et Agnès Firmin-Le Bodo (HOR) en ont été élus rapporteurs le 21 octobre.

Joan, lui, affirme vouloir participer aux prochaines manifestations et reprendre place en première ligne. Malgré sa blessure, il tient à continuer de faire entendre sa voix et souhaite que son témoignage puisse "servir à indigner".

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