Du rassemblement calme aux tentatives d'accès au centre
La matinée avait réuni entre 1 500 et 2 500 personnes. Non déclarée en préfecture, la manifestation avait contourné le cœur de ville : depuis la place de Catalogne, les participants avaient emprunté le cours Lazare Escarguel, le boulevard de la France Libre, le boulevard Jean-Bourrat, la place Cassanyes et le boulevard des Pyrénées.
Vers 13 heures, au retour place de Catalogne, la plupart des participants se sont séparés. Quelque 500 manifestants ont choisi de rester mobilisés. Selon le récit de L'Indépendant, des jeunes au visage masqué ou portant une cagoule ont ensuite couru dans les rues, tandis que des insultes étaient lancées aux forces de l'ordre.
À 15 heures, la police a adressé ses premières sommations au cortège sur le boulevard Clemenceau. Il s'agissait de lui barrer l'accès au centre-ville, où un arrêté préfectoral interdisait les rassemblements. Après un face-à-face tendu devant les Galeries Lafayette, les policiers ont repoussé les manifestants vers la place de Catalogne.
Une heure plus tard, le groupe a pris la direction de la gare. Les policiers ont alors employé des gaz lacrymogènes. Les manifestants ont fui en courant, dans les cris, et le cortège s'est fragmenté. Des courses-poursuites ont suivi autour du square Jeantet Violet. Plusieurs groupes ont encore essayé d'atteindre le centre-ville jusqu'à la tombée de la nuit.
Quatre arrêtés après les violences du 17 octobre
Le dispositif avait été préparé après les violences de la semaine précédente. Le 17 octobre, neuf membres des forces de l'ordre avaient été blessés à Perpignan, quatorze commerces avaient subi des dégradations ou des vols et 28 personnes avaient été interpellées, parmi lesquelles neuf mineurs.
Avant la mobilisation du 24 octobre, le préfet des Pyrénées-Orientales, Pierre Régnault de La Mothe, avait signé quatre arrêtés. L'un interdisait manifestations et rassemblements dans le centre-ville du 22 au 25 octobre ; un autre imposait aux mineurs un couvre-feu de 19 h 30 le 24 octobre à 6 heures le 25 octobre. Le bilan de 21 interpellations communiqué par la préfecture avait été établi avant l'entrée en vigueur de ce couvre-feu.
Les deux autres arrêtés interdisaient, pour l'un, l'acquisition, le port et le transport d'artifices, d'articles pyrotechniques et de bidons de carburant du 22 au 29 octobre et, pour l'autre, le port et le transport d'objets pouvant constituer une arme dans le centre-ville le 24 octobre. Le préfet avait également autorisé l'usage des lanceurs de balles de défense (LBD). Les effectifs de police nationale avaient été doublés, avec des renforts de gendarmes formés au maintien de l'ordre.
Saisi de deux recours contre les arrêtés, le tribunal administratif de Montpellier les avait rejetés vendredi 23 octobre, pour des motifs distincts. Il avait estimé que le couvre-feu des mineurs n'était ni inadapté ni disproportionné compte tenu des violences du 17 octobre et du risque qu'elles se reproduisent. En revanche, il n'avait pas examiné sur le fond la contestation de l'interdiction de manifester : le requérant, qui n'organisait pas la manifestation, ne justifiait pas d'un intérêt à agir. L'association Vigie Liberté, à l'origine du recours contre le couvre-feu, avait été condamnée à payer 1 000 euros à l'État pour les frais de procédure.
Une journée nationale et de nouvelles mobilisations annoncées
La mobilisation perpignanaise participait à l'"acte II" d'une journée d'action nationale appelée par les Gilets jaunes, des organisations lycéennes et étudiantes et des syndicats. Les revendications concernaient le pouvoir d'achat, les services publics ainsi que la justice fiscale et sociale.
Selon l'AFP, la CGT a recensé 800 000 manifestants en France, dont 250 000 à Paris. Le ministère de l'Intérieur a, de son côté, annoncé 410 000 participants, contre 550 000 une semaine auparavant.
À l'échelle nationale, 70 000 policiers et gendarmes étaient déployés, soit 20 % de plus que le 17 octobre. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez a annoncé "près de 1 000" interpellations, contre 385 arrestations à la même heure la semaine précédente.
Les organisations étudiantes et lycéennes attendaient des annonces concrètes après une rencontre avec le Premier ministre Sébastien Lecornu prévue lundi 26 octobre. Les Gilets jaunes ont annoncé une nouvelle journée d'action le 31 octobre, tandis que les syndicats de salariés ont appelé à préparer une journée nationale de grèves et de manifestations le 5 novembre.








