Lycéen éborgné à Tours : un policier mis en examen pour violences aggravées
Un policier a été mis en examen pour violences aggravées ce mardi 13 octobre 2026 et placé sous contrôle judiciaire dans le cadre de l'enquête sur la blessure grave d'un lycéen à Tours. L'agent s'est également vu interdire de porter et posséder un lanceur de balle de défense. Un second policier a été placé sous le statut de témoin assisté, selon la procureure de la République de Tours, Catherine Sorita-Minard.
Le 30 septembre, Maël, un lycéen de 16 ans, a été éborgné lors d'incidents survenus en marge du blocage d'un établissement scolaire à Tours. L'incident s'inscrit dans le cadre d'un vaste mouvement lycéen qui a débuté le 18 septembre 2026 au lycée Saint-Exupéry de Créteil, en région parisienne, avant de s'étendre progressivement à l'ensemble du territoire français, puis à la Belgique et l'Italie. Les lycéens revendiquent davantage d'enseignants et de personnels, l'amélioration des conditions matérielles des établissements, la réduction des effectifs par classe, ainsi qu'une révision des emplois du temps et du système Parcoursup.
La famille de l'adolescent avait déposé plainte pour violences par personne dépositaire de l'autorité publique. Après examen médico-légal, la procureure Catherine Sorita-Minard avait confirmé que les lésions à l'œil de Maël étaient compatibles avec l'impact d'une balle de défense de type LBD.
Deux tirs successifs sous investigation
L'Inspection générale de la police nationale, service à compétence nationale rattaché à la direction générale de la police nationale et chargé du contrôle des personnels de police, a mené l'enquête. Les investigations ont révélé que deux tirs de LBD ont été effectués à une minute d'intervalle par deux policiers différents.
Les éléments recueillis mettent en évidence la concomitance du premier tir et la blessure occasionnée à l'œil de l'adolescent. L'enquête révèle également des interrogations persistantes sur le respect des conditions imposées par la loi pour l'usage des LBD, indique le communiqué de la procureure.
Le cadre juridique encadrant l'utilisation des lanceurs de balles de défense est strictement défini par le code de la sécurité intérieure. L'usage de ces armes est soumis à deux principes fondamentaux : la nécessité absolue et la stricte proportionnalité. Les instructions du ministère de l'Intérieur précisent que les tireurs doivent viser de façon privilégiée le torse ainsi que les membres supérieurs ou inférieurs, la tête ne devant pas être visée.
Une enquête qui se poursuit
Quatre fonctionnaires de police ont été entendus en garde à vue mardi. La procureure a souligné qu'il est nécessaire, compte tenu de la complexité de ce type d'intervention policière, de continuer à travailler pour éclaircir les circonstances exactes de ces tirs et les conditions dans lesquelles le jeune homme a été blessé. Une information judiciaire a été ouverte.
Le 29 septembre 2026, soit la veille de l'incident de Tours, le ministère de l'Éducation nationale recensait 416 établissements concernés par des perturbations, dont 45 encore bloqués. Depuis le début du mouvement lycéen, plus de 5 000 personnes ont été interpellées entre le 21 septembre et le 2 octobre 2026, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a indiqué mardi que trente-six enquêtes ont été ouvertes à ce stade par l'IGPN pour des violences présumées depuis le début du mouvement lycéen, dont quatre concernent des blessures mutilantes.
L'utilisation des LBD dans le maintien de l'ordre fait l'objet de controverses depuis plusieurs années. Le Défenseur des droits avait recommandé en janvier 2018 l'interdiction de ces armes lors des opérations de maintien de l'ordre, en raison de leur dangerosité et des risques disproportionnés dans le contexte des manifestations où les personnes sont groupées et mobiles. Plus récemment, la Rapporteure spéciale des Nations unies sur la liberté d'association et la liberté de réunion pacifique a appelé le 4 octobre 2026 les autorités françaises à respecter l'intégrité physique de tous les manifestants dans le cadre des mobilisations lycéennes.








