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Camille Deschamps

Après l'attentat des Yvelines, Maud Bregeon dénonce la mise en cause nominative de journalistes

Interrogée mercredi 28 octobre sur la responsabilité supposée de CNews, du RN et de l'exécutif dans la montée du racisme, la porte-parole du gouvernement a jugé dangereuses les attaques visant nommément des journalistes. L'échange a marqué la fin du compte rendu du Conseil des ministres, cinq jours…

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Maud Bregeon rejette l'accusation et interpelle la presse

Pour Maud Bregeon, le compte rendu du Conseil des ministres n'est pas le lieu où les médias doivent régler leurs différends. À l'Élysée, mercredi, elle a répondu à un journaliste qui mettait en cause CNews, le Rassemblement national et le gouvernement dans "l'explosion du racisme en France". Celui-ci reprenait une question restée sans réponse d'un confrère, après une demi-heure consacrée notamment aux prix des carburants, au calendrier de l'élection présidentielle et à la régulation des réseaux sociaux.

Le journaliste a reproché à Maud Bregeon, également ministre déléguée à l'Énergie, d'avoir utilisé le mot "racaille" à propos des casseurs et des pilleurs lors des violences urbaines des 17 et 18 octobre. Elle l'avait employé une semaine auparavant sur BFMTV, face à Sonia Mabrouk. Il a qualifié cette dernière de figure médiatique d'extrême droite et estimé que ce terme, comme la formule "ce type de population-là", alimentait le discours de cette mouvance. Il a rapproché ces propos de la justification avancée par Kévin T. : "venger les commerçants" dévalisés pendant ces violences.

La porte-parole a contesté le raisonnement de son interlocuteur : "C'est vous qui insinuez que les délinquants seraient tous de couleur de peau. Pas moi". Elle y a vu une rhétorique d'extrême gauche et refusé de "rentrer dans le jeu" du journaliste, qui lui demandait de dénoncer l'amalgame entre immigration et pillages.

Élargissant sa réponse à la salle, elle a rappelé que les journalistes présents étaient titulaires d'une carte de presse. Viser personnellement l'une de leurs consœurs, en l'occurrence Sonia Mabrouk, "n'a pas sa place en démocratie", a-t-elle affirmé, qualifiant cette pratique de "dangereuse". Puis elle a ajouté à l'adresse de son interlocuteur : "Si vous avez un problème avec CNews, c'est votre droit. Mais ce n'est pas auprès de moi qu'il convient de le relater".

Maud Bregeon a également reproché à l'Association de la presse présidentielle son silence face à des interventions qui, selon elle, prennent délibérément certains journalistes à partie depuis plusieurs comptes rendus. "Est-il vraiment sain et acceptable, au sein de cette enceinte, d'avoir des médias qui attaquent d'autres médias ?", a-t-elle demandé. Elle a clos les échanges en rappelant que des reporters subissaient aussi des agressions dans les manifestations, "bien au-delà du groupe Bolloré", propriétaire de CNews.

Un débat sur les discours politiques et médiatiques

Depuis l'attentat, la gauche met en cause des responsables politiques allant du bloc central au RN, ainsi que certains médias, dans la banalisation d'un discours qu'elle juge raciste et susceptible de favoriser des passages à l'acte. Le Conseil représentatif des associations noires (Cran) a lui aussi dénoncé des propos tenus avant l'attaque. Il a notamment cité Éric Zemmour, qui avait évoqué sur LCI une "horde de barbares maghrébins et africains" après les violences du 17 octobre. À l'Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dénoncé "des mots qui finissent par armer".

Une autre controverse concerne une information publiée par Le Monde. Sur la foi d'une source anonyme proche de l'enquête, le quotidien avait fait état de prospectus du RN découverts dans la voiture de Kévin T. Le procureur antiterroriste a démenti cette présence : "Aucun tract d'un parti politique n'a été retrouvé" dans le véhicule, a-t-il assuré. Le RN a annoncé des poursuites en diffamation contre le journal.

Un mort et cinq blessés entre Trappes et La Verrière

L'attentat visant des personnes issues de l'immigration a eu lieu le vendredi 23 octobre 2026, vers 10 heures. Âgé de 39 ans, Kévin T. a tiré depuis sa voiture avec un pistolet-mitrailleur de type Sten. Son parcours s'est étendu sur environ douze kilomètres, entre Trappes et La Verrière, dans les Yvelines. La brigade anticriminalité l'a interpellé à Coignières.

Selon Le Parisien, l'homme tué est Pengo Bossio Wangi, un Français de 26 ans d'origine congolaise, présenté comme un espoir du MMA. Ramatou, 12 ans, et Ahmed, 21 ans, font partie des cinq blessés.

Le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour "assassinat" et "tentatives d'assassinats" en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante du racisme. Le procureur antiterroriste Olivier Christen a indiqué que Kévin T. reconnaissait la matérialité des faits, tout en contestant le caractère raciste de ses crimes.

Les éléments recueillis sur Kévin T.

D'après France Télévisions, Kévin T. avait reçu un diagnostic de schizophrénie et suivait un traitement. Les analyses sanguines effectuées après son interpellation ont détecté du cannabis et de la cocaïne, selon le Parquet national antiterroriste. Olivier Christen a également fait état de quatre condamnations de droit commun inscrites à son casier judiciaire. Toutes sont réhabilitées de plein droit ; la plus récente remonte à 2012.

France Télévisions rapporte par ailleurs que la perquisition de son domicile a permis aux enquêteurs de découvrir un exemplaire de Mein Kampf, le manifeste antisémite d'Adolf Hitler, ainsi qu'un Coran et une Bible.

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