L'Inde bloque New Delhi face à une manifestation de jeunesse réclamant la démission du chef de la commission électorale
New Delhi s'est barricadée samedi 10 octobre dans des proportions inédites pour empêcher un rassemblement de jeunesse qui s'annonçait d'une ampleur considérable. La capitale indienne a été transformée en zone de haute sécurité afin de bloquer toute manifestation contre le président de la commission électorale.
Le Parti du peuple cafard, des organisations étudiantes de gauche et plusieurs formations d'opposition avaient lancé un appel à manifester pour exiger le départ de Gyanesh Kumar, devenu le 26e commissaire électoral en chef de l'Inde le 19 février 2025. Son mandat, qui doit courir jusqu'au 26 janvier 2029, fait de lui le premier responsable nommé sous la nouvelle loi de 2023 sur les commissaires électoraux, entrée en vigueur en décembre de cette année-là.
Les protestataires accusent Kumar d'avoir orchestré une révision des listes électorales visant à favoriser le Bharatiya Janata Party (BJP) de Narendra Modi avant des scrutins régionaux cruciaux. Cette opération, baptisée Révision intensive spéciale (SIR en anglais), a été annoncée le 27 octobre 2025 et conduite entre octobre 2025 et avril 2026. Elle s'est traduite par la radiation de 130 millions d'électeurs.
Radiations massives contestées
Les 130 millions de noms supprimés se répartissent selon les catégories officielles suivantes : environ 28 millions de personnes décédées, 63 millions d'électeurs ayant déménagé, 10 millions d'inscriptions en double et 30 millions de personnes que les autorités n'ont pas pu localiser. Ces suppressions toucheraient de manière disproportionnée les musulmans et les populations vulnérables, traditionnellement moins favorables au BJP.
L'ampleur des radiations prend une dimension particulière au regard de la démographie indienne. Les musulmans représentent environ 200 millions de personnes dans le pays, constituant l'une des plus importantes populations musulmanes au monde. Les partis d'opposition affirment que cette communauté a été visée de façon disproportionnée par les retraits de listes électorales.
Dans le seul État du Bengale occidental, quelque 9,1 millions de noms ont été rayés des registres électoraux lors de cette révision intensive spéciale menée avant les élections législatives régionales de 2026. Ce chiffre représente environ 12 % de l'électorat de cet État.
Mobilisation réprimée
Face à cette mobilisation qui dure depuis juillet, les autorités ont choisi la confrontation. Le rassemblement de samedi n'a pas reçu d'autorisation. Le centre de Delhi a été entièrement bouclé et l'accès à Jantar Mantar, le point de rendez-vous prévu par les manifestants, rendu impossible.
Cette manifestation du 10 octobre s'inscrit dans une série d'actions de protestation. Le 6 octobre déjà, le leader de l'opposition Rahul Gandhi et plusieurs parlementaires d'opposition avaient été brièvement interpellés par la police lors de manifestations à New Delhi exigeant également la démission de Gyanesh Kumar.
Contexte électoral tendu
Ces mobilisations interviennent dans un contexte politique sensible. Les élections régionales contestées concernent les assemblées législatives du Bengale occidental, du Tamil Nadu, du Kerala, de l'Assam et de Pondichéry, qui se sont tenues en avril et mai 2026, avec le dépouillement effectué le 4 mai 2026.
Narendra Modi dirige l'Inde depuis 2014. Sous sa direction, le BJP a remporté 282 sièges aux élections de 2014, 303 en 2019 et 240 en 2024, continuant à mener la coalition gouvernementale NDA. Le parti suit l'idéologie hindutva, un nationalisme hindou, et entretient des liens organisationnels avec le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), une organisation paramilitaire nationaliste hindoue.
La jeunesse indienne défie ainsi depuis des mois un gouvernement qui répond par un déploiement de force massif, illustrant les tensions croissantes autour de l'intégrité du processus électoral dans la plus grande démocratie du monde.









