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Camille Deschamps

Lecornu convoque les syndicats après une vague de violences sans précédent

Le Premier ministre rencontre mercredi les organisations syndicales pour discuter de la sécurisation des manifestations, alors que de nouveaux rassemblements sont prévus samedi et le 5 novembre. Les organisations lycéennes ne sont pas conviées.

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France en direct : Sébastien Lecornu reçoit les syndicats avant de nouvelles manifestations

Le Premier ministre Sébastien Lecornu reçoit mercredi matin les cinq syndicats représentatifs pour tenter d'endiguer une crise sociale qui a plongé la France dans une spirale de violences sans précédent. La réunion intervient après les émeutes du 17 octobre, qui ont mobilisé entre 550 000 et 800 000 manifestants à travers le pays et provoqué des scènes de chaos urbain, notamment l'incendie de l'hôtel de ville de Limoges et des pillages massifs dans les centres-villes de Paris, Lyon et Marseille.

Lecornu, qui a formé son second gouvernement le 12 octobre après avoir été contraint de démissionner puis réappointi en octobre 2025, cherche à restaurer l'ordre avant de nouvelles mobilisations prévues samedi à l'appel des gilets jaunes et mouvements lycéens, puis le 5 novembre à l'initiative des syndicats. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, ancien préfet de police de Paris et directeur général de la Police nationale, participera également aux discussions.

Dans un courrier adressé aux organisations syndicales CFDT, CGT, FO, CFTC et CFE-CGC, le Premier ministre indique vouloir évoquer

les voies et moyens pour garantir l'indispensable liberté de manifester
que
certains essaient de dévoyer en l'associant à des actes inacceptables
. Le rendez-vous abordera également
les réponses
aux revendications lycéennes portant sur les emplois du temps, les remplacements d'enseignants, la rénovation des bâtiments scolaires et la plateforme d'orientation Parcoursup.

Absence des lycéens critiquée

La CFDT et la CGT ont toutefois déploré que les organisations lycéennes n'aient pas été conviées à cette réunion, alors même que leurs revendications figureront à l'ordre du jour. Le mouvement étudiant et lycéen, qui a débuté en septembre-octobre 2026, réclame de meilleures conditions d'enseignement, un renforcement des effectifs enseignants, la rénovation des établissements et surtout une réforme profonde ou l'abolition de Parcoursup.

Cette plateforme d'orientation est devenue un point de cristallisation majeur après qu'en juillet 2026, 163 372 bacheliers — soit 18 % des candidats — se sont retrouvés sans proposition d'affectation universitaire lors de la phase principale d'admission. Ce taux d'échec, en forte hausse par rapport aux 103 000 candidats (11,9 %) de 2025 et aux 85 000 (10 %) des années précédentes, a alimenté la colère des jeunes et de leurs familles.

Plus de 1 000 lycées avaient déjà été touchés par des blocages et des mobilisations le 1er octobre, marquant le début d'une action coordonnée à l'échelle nationale. Le mouvement s'est depuis radicalisé, culminant avec les violences du week-end dernier qui ont fait près de 1 000 blessés parmi les forces de l'ordre, dont sept gravement, et conduit à 2 397 arrestations.

Couvre-feux étendus

Face à l'ampleur des dégradations, plusieurs villes ont instauré des couvre-feux pour une deuxième nuit consécutive mardi. À Marseille, l'hyper-centre est interdit d'accès depuis 22 heures et au moins jusqu'à vendredi inclus. À Toulouse, un couvre-feu nocturne est prévu de jeudi à dimanche autour du Capitole et des rues commerçantes du centre-ville.

À Paris, les alentours du forum des Halles étaient inhabituellement calmes peu avant 23 heures mardi, les passants étant invités à quitter les lieux par les policiers et gendarmes déployés en nombre, tandis qu'un hélicoptère survolait le secteur, projecteur allumé. Sur la Presqu'île de Lyon, quelques piétons pressaient le pas vers 21h30 sous une pluie incessante, certains déclarant ignorer l'existence du couvre-feu.

Les réactions des habitants oscillent entre soulagement et incompréhension. Anne-Marie, attablée avec des amis à un café lyonnais, a salué

un premier pas
qui la
rassure
. En revanche, Natacha, 25 ans, commerciale, ne
voit pas pourquoi on serait punis
à cause de ceux qui manifestent ou
cassent
. Elle redoute de nouvelles violences lors des manifestations de samedi.

Menace d'état d'urgence

Lundi, le Premier ministre avait averti qu'il était prêt à déclarer l'état d'urgence pour contenir les violences, accusant le

mouvement d'ultra-gauche
de chercher à
orchestrer un profond désordre
en amont de l'élection présidentielle prévue au printemps 2027. Cette échéance électorale ajoute une dimension politique à la crise, d'autant que plusieurs candidats de différents bords — de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par François Ruffin, Fabien Roussel, Marine Tondelier et Bruno Retailleau — ont fait de l'abolition de Parcoursup un argument de campagne.

Le contexte politique reste fragile pour Lecornu, dont le premier gouvernement avait été le plus court de l'histoire de la Cinquième République avec seulement 27 jours d'existence, après l'échec du gouvernement Bayrou à obtenir la confiance de l'Assemblée nationale en septembre 2025. Les élections municipales de mars 2026 ont par ailleurs redessiné le paysage politique local, avec des victoires de la gauche à Paris, Marseille et Lyon, et de la droite à Nice et Toulouse — des villes aujourd'hui au cœur des troubles.

La réunion de mercredi constitue donc un test crucial pour l'exécutif, qui doit convaincre les syndicats de participer à l'apaisement tout en trouvant des réponses concrètes aux revendications étudiantes, sans pour autant céder à la pression de la rue dans un climat pré-électoral tendu.

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