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Julien Lefèvre

Inde : le fondateur du Parti des cafards libéré après son arrestation lors d'une manifestation contre la révision électorale

Abhijeet Dipke, leader du mouvement de protestation de la jeunesse indienne, a été remis en liberté samedi à New Delhi. Son arrestation intervient dans le contexte d'une vive controverse sur la suppression de millions d'électeurs des listes électorales.

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Le chef des « cafards » remis en liberté après sa garde à vue en Inde

Abhijeet Dipke, fondateur du Parti du peuple des cafards (Cockroach Janta Party, CJP), a été libéré samedi après-midi à New Delhi, au lendemain de son interpellation avant une manifestation contre la révision des listes électorales en Inde. L'homme de 31 ans, diplômé en relations publiques de l'université de Boston et ancien conseiller en communication du gouvernement de Delhi, est sorti d'un commissariat sous les flashs des photographes, adressant un signe de victoire depuis sa voiture.

« Abhijeet Dipke libéré », a annoncé Ratna Singh, responsable des affaires juridiques du mouvement, sur les réseaux sociaux. Le tribunal de première instance a assorti cette libération d'une condition stricte : maintenir la paix publique pendant un an. Deux autres dirigeants du CJP, Ashutosh Ranka et Saurav Das, demeurent en détention. Ils avaient été arrêtés le 14 octobre pour avoir pénétré sur le site de Jantar Mantar, point de ralliement historique des contestations dans la capitale indienne, et y avoir agité des drapeaux.

Un mouvement né d'une insulte judiciaire

Le Cockroach Janta Party a vu le jour le 16 mai 2026, lendemain d'une audience à la Cour suprême durant laquelle le juge en chef Surya Kant avait qualifié certains activistes et jeunes sans emploi de « cafards » et de « parasites de la société ». En retournant cette insulte en étendard, Abhijeet Dipke a déclenché un phénomène viral : 50 000 inscriptions en 24 heures, plus d'un million en cinq jours, et des dizaines de millions d'abonnés sur Instagram.

Ce succès fulgurant auprès de la jeunesse indienne explique l'attention particulière des autorités envers les mobilisations du CJP. Vendredi soir, des milliers de policiers et de barricades quadrillaient le centre de New Delhi, où des centaines de jeunes s'étaient rassemblés malgré l'interdiction de manifester désormais en vigueur à Jantar Mantar. Ce site emblématique, lieu officiel de protestation depuis 1993, a été désigné zone interdite en octobre 2026, quelques jours seulement avant les manifestations prévues par le CJP.

130 millions d'électeurs rayés des listes

La colère du mouvement cible la révision intensive des listes électorales (Special Intensive Revision, SIR), lancée en juin 2025 par la Commission électorale indienne. Première opération de cette ampleur depuis 2003-2004, elle s'appuie sur un logiciel centralisé appelé ERONET, dont le fonctionnement reste opaque pour les observateurs extérieurs. Selon les décomptes publiés dans les médias et par l'opposition, environ 130 millions d'inscrits ont été radiés des registres.

L'opposition et le CJP dénoncent un processus favorable au Bharatiya Janata Party (BJP) du Premier ministre Narendra Modi, au pouvoir depuis 2014. Leurs soupçons se fondent notamment sur des données statistiques montrant un impact disproportionné sur les minorités religieuses. À Delhi, les musulmans représentent 13,6 % des électeurs mais 20,3 % des personnes signalées pour « incohérences logiques », avec 318 électeurs musulmans signalés pour 1 000 contre 197 pour 1 000 non-musulmans. Au Bengale occidental, où les musulmans constituent environ 27 % de la population, ils auraient représenté près de 70 % des 2,7 millions d'électeurs signalés pour des anomalies.

Des révélations du journal The Indian Express en septembre 2026 ont apporté du crédit à ces inquiétudes. Deux commissaires électoraux, Sukhbir Singh Sandhu et Vivek Joshi, auraient formulé au moins 14 objections écrites entre octobre 2025 et août 2026 concernant le processus SIR, l'un d'eux mettant en garde contre une « centralisation progressive » de la base de données électorale.

Conséquences électorales dans plusieurs États

L'impact concret de ces révisions se mesure déjà lors de scrutins locaux. Au Bihar, la suppression de 6,8 millions de noms des listes électorales a précédé des élections où l'alliance menée par le BJP a élargi sa marge de victoire. Au Bengale occidental, plus de 9,1 millions d'électeurs, soit plus de 10 % du corps électoral, avaient disparu des registres en avril 2026.

Ces chiffres prennent une résonance particulière dans un contexte politique national tendu. Lors des élections législatives de 2024, le BJP n'avait remporté que 240 sièges sur 543 à la Chambre basse du Parlement, échouant pour la première fois depuis 2014 à obtenir la majorité absolue de 272 sièges. Cette chute significative par rapport aux 303 sièges de 2019 avait contraint le parti à s'appuyer sur des partenaires de coalition pour former le gouvernement.

La Commission électorale a démenti toute irrégularité dans le processus de révision des listes, affirmant que l'exercice visait uniquement à supprimer les doublons, les électeurs décédés et les cas de fraude. Les tensions autour de cette question électorale restent néanmoins vives, avec un mouvement de protestation qui continue de mobiliser la jeunesse indienne malgré les arrestations de ses dirigeants.

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