Élections

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Julien Lefèvre

Présidentielle en Bulgarie : Iotova en tête des sondages, la guerre en Ukraine au cœur du scrutin

Les Bulgares sont appelés aux urnes dimanche 25 octobre pour le premier tour de la présidentielle. Favorable à des négociations avec Moscou et opposée à l'aide militaire à Kiev, la présidente sortante Iliana Iotova devance le candidat pro-occidental Andrey Gyurov. Les attaques de drones contre des…

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Iotova conserve son avance malgré un resserrement

Quatre sondages parus depuis mercredi accordent à Iliana Iotova entre 41,1 % et 47,3 % des intentions de vote. La dirigeante, qui a eu 62 ans samedi, devance Andrey Gyurov, 50 ans, crédité de 27,8 % à 30,6 %. Kostadin Kostadinov, à la tête de Vazrazhdane (Renaissance), formation d'extrême droite pro-russe, occupe la troisième place avec 10,2 % à 12,8 %.

L'avance de la présidente sortante s'est toutefois réduite au fil de la campagne. Selon RFI, l'écart avec son principal adversaire est passé de 25 à 17 points de pourcentage : elle a perdu environ 5 points de soutien, tandis qu'il en a gagné environ 3.

Au total, 27 binômes se présentent à la présidence et à la vice-présidence de ce pays de 6,4 millions d'habitants. Près de la moitié affichent une position favorable au Kremlin. Ce choix électoral reflète les divisions persistantes de la Bulgarie, historiquement proche de la Russie, sur les relations à entretenir avec Moscou.

La sécurité en mer Noire s'invite dans le vote

Les inquiétudes se sont renforcées après les attaques des 6 et 13 octobre : quatre navires marchands ont été touchés par des drones dans la zone économique exclusive bulgare, en mer Noire. Deux ont coulé et 21 marins sont portés disparus. La Roumanie a également annoncé avoir abattu deux drones russes au-dessus de cette mer.

Le Premier ministre Roumen Radev a convoqué l'ambassadrice russe. Il estime que ces attaques servent les intérêts de Moscou, mais refuse d'en attribuer formellement la responsabilité, invoquant l'absence de preuves tangibles. Il a demandé l'appui des alliés de l'Otan, notamment pour accroître la surveillance aérienne. Un appareil américain de patrouille P-8 Poseidon est intervenu.

Le 20 octobre, à l'issue d'une réunion des ambassadeurs de l'Otan à Bruxelles consacrée aux attaques, la porte-parole Allison Hart a annoncé l'envoi de moyens supplémentaires en mer Noire. Ceux-ci doivent notamment assurer des missions de surveillance, de reconnaissance et d'enquête.

La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a dénoncé une "escalade dangereuse et inacceptable", évoquant six attaques de drones en dix jours. Elle a aussi averti qu'en entravant les exportations de céréales ukrainiennes, la Russie pourrait provoquer une crise alimentaire mondiale.

Deux orientations face à la guerre en Ukraine

Iliana Iotova défend des négociations entre Moscou et Kiev et conteste la poursuite du soutien militaire à l'Ukraine, sans remettre en question l'adhésion bulgare à l'UE ou à l'Otan. Elle a promis qu'aucun soldat bulgare ne partirait en Ukraine durant son mandat et se présente comme une "présidente de la paix".

Lors d'un meeting, elle a pris pour cible l'alliance des pays européens qui soutiennent Kiev : "Nous n'avons pas besoin d'une Coalition des volontaires pour l'Ukraine, mais d'une Coalition pour la paix en Ukraine". Sa campagne, ouverte devant l'église d'Or de Veliki Preslav, ancienne capitale du Premier Empire bulgare, associe cette ligne à des appels à l'unité nationale et à la lutte contre la pauvreté.

À Dimitrovgrad, dans le sud du pays, Irina Ilieva, enseignante à la retraite de 85 ans venue à un rassemblement de la présidente, plaçait la guerre au premier rang de ses préoccupations. Selon elle, quelle que soit la personne élue, "elle devra tout mettre en œuvre pour que les problèmes soient résolus pacifiquement".

Andrey Gyurov défend pour sa part un ancrage occidental affirmé. Cet ancien Premier ministre par intérim, également ancien vice-gouverneur de la banque nationale, a déclaré vouloir être "un allié fiable au sein de l'Otan, qui défend ses intérêts grâce à une préparation solide, une diplomatie forte et des positions claires". Il s'exprimait mercredi à Plovdiv, lors de son dernier meeting de campagne.

Présent à ce rassemblement, Toros Torosian, galeriste et historien de l'art de 57 ans, a jugé le scrutin décisif pour le pays et les générations suivantes. Il a déclaré à l'AFP que "le rapport de forces penche en faveur des courants prorusses".

Le politologue Parvan Simeonov voit s'affronter une Bulgarie "conservatrice, populaire et tournée vers l'Est" et une autre "occidentale, élitiste et libérale". Pour Vessela Tcherneva, directrice adjointe du Conseil européen pour les relations internationales, le prochain président devra arbitrer entre la prise en compte des intérêts de puissances comme la Russie, les États-Unis ou la Turquie et le renforcement du poids bulgare dans l'UE, par une contribution à des politiques européennes plus fortes.

Une présidente sortante soutenue par le camp Radev

Avant d'accéder à la présidence, Iliana Iotova a été journaliste, figure du Parti socialiste puis députée européenne. Élue vice-présidente aux côtés de Roumen Radev en 2016 et en 2021, elle lui a succédé en janvier 2026, lorsqu'il a démissionné pour se lancer dans les élections législatives.

Elle est ainsi devenue la première femme à exercer la présidence bulgare. Une victoire ferait aussi d'elle la première à y être élue au suffrage universel et conforterait Roumen Radev, désormais Premier ministre, qui prône lui aussi le dialogue avec Moscou.

Son colistier à la vice-présidence est Kiril Valchev, directeur général de l'Agence de presse bulgare (BTA). Elle bénéficie du soutien de "Bulgarie progressiste", le parti de Roumen Radev, du VMRO, classé à l'extrême droite, du Parti socialiste bulgare (BSP) et d'ABV, parti de gauche pro-russe. Face à elle, Andrey Gyurov est soutenu par les formations pro-européennes "Nous poursuivons le changement" et "Bulgarie démocratique".

Un éventuel second tour le 1er novembre

Deux conditions doivent être réunies pour qu'un candidat soit élu dès dimanche : recueillir plus de 50 % des suffrages exprimés et voir plus de la moitié des électeurs inscrits participer au vote. Aucun candidat n'a jamais remporté la présidentielle au premier tour. Si nécessaire, le second se tiendra le 1er novembre 2026.

Le mandat présidentiel dure cinq ans et ne peut être renouvelé qu'une fois. Bien que la fonction soit essentiellement honorifique, le chef de l'État peut opposer son veto aux lois. Le vainqueur prêtera serment en janvier 2027.

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