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Julien Lefèvre

Lula réélu au Brésil : les dirigeants étrangers saluent sa victoire, les marchés décrochent

La réélection surprise de Luiz Inacio Lula da Silva, vainqueur dimanche avec 51,8 % des voix, a suscité lundi 26 octobre de nombreuses félicitations internationales, mais aucune réaction de Donald Trump. À Sao Paulo, l'Ibovespa a perdu près de 17 %, sur fond de craintes concernant les finances publ…

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Des actions aux obligations, une vague de ventes

La séance boursière brésilienne a commencé après une suspension des échanges de 30 minutes avant l'ouverture. L'Ibovespa a ensuite chuté de près de 17 %, tandis que le dollar gagnait 12 % face au réal, pour atteindre 5,60 réais. Graham Stock, stratégiste chez RBC BlueBay, estime que le résultat électoral "a réservé une mauvaise surprise aux marchés". Les investisseurs attendent surtout, selon lui, que le prochain gouvernement Lula s'engage à respecter la discipline budgétaire.

Le mouvement était également visible en préouverture à New York. Selon Les Echos, un ETF répliquant les actions brésiliennes y avait déjà perdu 27 %. Türkiye Today rapporte des baisses d'environ 21,8 % pour Petrobras, de 26,8 % pour Itaú Unibanco et de 29,4 % pour Banco Bradesco. MercadoLibre cédait 14,9 % et Ambev environ 14,5 %.

La dette brésilienne n'a pas été épargnée. D'après Türkiye Today, le rendement des obligations d'État à deux ans a augmenté de plus de 250 points de base, à 12,992 %. Reuters, cité par Nikkei Asia, fait aussi état de ventes d'obligations internationales, particulièrement sur les échéances longues : le titre arrivant à échéance en 2056 reculait de près de 3 cents.

Dans ce contexte, le Trésor brésilien a annulé ses adjudications régulières d'obligations indexées sur l'inflation et d'obligations à taux fixe, prévues respectivement les 27 et 29 octobre 2026, rapporte Reuters.

Les places européennes ont également subi cette vague de ventes, selon Türkiye Today. L'IBEX 35 espagnol a reculé de 0,3 % et le PSI 20 portugais de 0,7 %. Parmi les entreprises touchées, Santander perdait près de 3 %, Telefonica 6,2 % et AB InBev 3,6 %.

Une politique budgétaire sous surveillance

Au terme du troisième mandat de Lula, l'emploi atteint un niveau record et l'inflation reste relativement maîtrisée. En revanche, les dépenses publiques comme la dette ont fortement augmenté. La poussée conservatrice aux élections législatives, trois semaines plus tôt, laisse aussi au président une marge de manœuvre politique limitée.

Selon Reuters, l'équipe de Lula entend dégager d'ici 2030 un excédent budgétaire primaire, hors paiement des intérêts, d'environ 1,3 % du PIB. La dette publique dépasse toutefois déjà 82 % du PIB. Les possibilités d'économies sont restreintes par les dépenses obligatoires, notamment les retraites et d'autres programmes protégés par la loi.

Flavio Bolsonaro avait, pour sa part, promis un ajustement budgétaire de 200 milliards de réais, soit environ 39,5 milliards de dollars, indique Türkiye Today. Son programme prévoyait de supprimer des ministères, de combattre la mauvaise gestion des entreprises publiques et de valoriser des actifs immobiliers fédéraux, sans réduire les dépenses sociales politiquement sensibles.

Toujours selon Türkiye Today, Morgan Stanley prévoyait un recul possible de 20 % à 30 % des actions brésiliennes. La banque américaine envisageait un dollar à 5,60 réais, voire à 6,00 réais en cas d'aggravation des inquiétudes budgétaires. Elle anticipait également une baisse progressive des taux interbancaires brésiliens de 300 à 400 points de base.

Des félicitations internationales, mais le silence de Trump

"La démocratie et le multilatéralisme ont gagné au Brésil", a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Emmanuel Macron a, de son côté, appelé à faire "vivre l'amitié entre nos deux pays au service d'un monde plus juste". En Amérique latine, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, le président cubain Miguel Diaz-Canel et le ministère vénézuélien des Affaires étrangères ont également félicité Lula.

La Chine s'est dite disposée à poursuivre sa coopération avec le Brésil. Le Premier ministre indien Narendra Modi a salué la victoire "remarquable" de son "cher ami" Lula, avec lequel il souhaite continuer à défendre les priorités communes du Sud. La Russie a souligné l'action du président brésilien en faveur des relations bilatérales et de la coopération internationale.

Donald Trump n'avait, en revanche, pas réagi au résultat du second tour. Le président américain avait célébré la "grande victoire" de Flavio Bolsonaro au premier tour. Contrairement à l'Argentine, au Chili et à la Colombie, où il avait soutenu la droite, le Brésil n'a finalement pas basculé dans ce camp.

Un retournement électoral contesté par Flavio Bolsonaro

Avec 51,8 % des suffrages contre 48,2 % au sénateur Flavio Bolsonaro, Lula a obtenu 4,4 millions de voix de plus que son adversaire. Celui-ci l'avait pourtant devancé au premier tour. Selon l'AFP, aucun candidat n'avait réussi un tel retournement au second tour depuis la fin de la dictature militaire, qui a duré de 1964 à 1985.

Les marchés de prédiction penchaient eux aussi pour une victoire du candidat conservateur. Reuters, cité par Nikkei Asia, rapporte que la plateforme Kalshi lui attribuait encore une probabilité de succès supérieure à 75 % le vendredi 23 octobre.

Après l'annonce des résultats, Flavio Bolsonaro a affirmé depuis Brasilia : "Il est impossible de reconnaître les élections". Il a dénoncé une "magouille". Le scrutin avait été marqué par un litige sur les conditions d'accès au vote : l'équipe de Lula avait saisi la justice en affirmant que le retrait de bus dans certaines villes, notamment dans son bastion du Nord-Est, avait empêché des électeurs de voter. Un juge de la Cour suprême avait alors prolongé le vote de deux heures.

Lula, qui aura 81 ans mardi, a ainsi surmonté l'usure du pouvoir et la lassitude envers son Parti des travailleurs, encore associé par une partie de la population aux scandales des années 2000. L'AFP voit dans cette nouvelle victoire un aboutissement du parcours de cet ancien enfant pauvre du Pernambouc.

Jair Bolsonaro, président de 2019 à 2022 et père du candidat battu, avait lui aussi refusé d'admettre sa défaite face à Lula en 2022. Condamné pour tentative de coup d'État après avoir cherché à se maintenir au pouvoir, il purge une peine de 27 ans de prison en résidence surveillée.

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