Donald Trump décrète l'état d'urgence sur le réseau électrique américain, ciblant implicitement la Chine
Donald Trump a franchi une nouvelle étape dans la sécurisation des infrastructures critiques américaines. Mercredi 26 août, le président a déclaré l'état d'urgence nationale concernant le réseau électrique du pays, invoquant l'International Emergency Economic Powers Act et le National Emergencies Act. Ce décret interdit désormais l'acquisition et l'installation d'équipements de réseau provenant de fournisseurs situés dans des pays sous embargo ou sanctions américaines sur le commerce des armes.
Si aucun pays n'est explicitement mentionné dans le texte, la Chine apparaît comme la principale cible de cette mesure. Parmi les nations figurant sur cette liste de sanctions, Pékin est en effet le seul à exporter massivement des équipements électriques vers les États-Unis. « L'objectif est de protéger le réseau et les systèmes électriques américains », a indiqué la Maison-Blanche à l'Agence France-Presse, sans préciser davantage les pays concernés. Les modalités d'application détaillées seront publiées dans un délai de 120 jours.
Un précédent en 2020
Cette approche indirecte n'est pas une première pour l'administration Trump. En mai 2020, déjà président, Donald Trump avait signé un décret comparable (Executive Order 13920) qui ne nommait explicitement aucun pays. Sept mois plus tard, le 17 décembre 2020, son secrétaire à l'énergie Dan Brouillette avait publié l'arrêté d'application, qui visait alors explicitement les équipements en provenance de République populaire de Chine. Cette ordonnance de 2020 avait été suspendue pendant 90 jours par le président Biden dès son arrivée au pouvoir le 20 janvier 2021, pour révision, sans toutefois annuler les interdictions sous-jacentes.
Le nouveau décret cible un large éventail d'équipements stratégiques : transformateurs, onduleurs, systèmes de stockage par batteries et automates industriels, ainsi que les logiciels et accès à distance qui leur sont associés. Le secrétaire à l'énergie disposera de pouvoirs étendus pour imposer des conditions sur les équipements déjà installés, pouvant aller jusqu'à leur retrait complet.
Coordination internationale et régionale
Cette décision s'inscrit dans un contexte de préoccupations croissantes concernant la sécurité des infrastructures critiques. Des cyberattaques récentes visant des installations de traitement d'eau aux États-Unis ont mis en lumière la vulnérabilité de ces systèmes essentiels, renforçant l'urgence perçue d'agir sur le réseau électrique.
L'administration Trump justifie également cette mesure par l'augmentation des besoins énergétiques du pays, notamment en raison de la prolifération des centres de données, du développement de l'intelligence artificielle et de l'accroissement de la production de défense.
Les États-Unis ne sont pas seuls dans cette démarche. Le 28 juillet 2026, le régulateur américain des télécommunications, la FCC, avait déjà ajouté les onduleurs produits à l'étranger à sa « liste des produits couverts », les considérant comme des menaces potentielles pour la sécurité nationale. Cette décision faisait écho à une mesure similaire adoptée par la Commission européenne début mai 2026, qui avait interdit le financement de l'Union européenne pour des projets énergétiques utilisant des onduleurs provenant de pays à haut risque, notamment la Chine, la Russie, l'Iran et la Corée du Nord.
Dépendance persistante envers la Chine
La mise en œuvre de ces restrictions soulève néanmoins des défis considérables. Selon l'Agence internationale de l'énergie, la Chine contrôlait environ 80 % de la capacité mondiale de fabrication d'onduleurs en 2025, contre seulement 8 % pour l'Europe. Un rapport du département de l'énergie de 2014 révélait déjà un déséquilibre frappant : les États-Unis ne comptaient que six fabricants de transformateurs de puissance, tandis que la Chine en possédait plus de trente.
Bien que la production américaine d'onduleurs soit en expansion, elle demeure largement insuffisante. Les capacités domestiques devraient couvrir environ 40 % de la demande combinée en énergie solaire et en batteries d'ici 2027, contre seulement 7 % en 2020. Cette progression notable ne suffira toutefois pas à répondre à la demande totale si les restrictions sur les équipements étrangers entrent pleinement en vigueur.
Absence de preuve définitive de menace
Malgré ces mesures drastiques, une analyse du département de l'énergie publiée en janvier a tempéré les inquiétudes. Après inspection de 30 onduleurs chinois, l'étude n'a pas trouvé de preuve définitive de la présence de matériel malveillant dissimulé dans ces équipements. Cette conclusion intervient après qu'un rapport de Reuters en mai 2025 eut révélé la découverte de dispositifs de communication non documentés, y compris des radios cellulaires, dans certains onduleurs fabriqués en Chine, avec un cas signalé d'arrêt à distance d'un équipement depuis la Chine.
Cette nouvelle déclaration d'urgence nationale marque une escalade dans la stratégie américaine visant à réduire la dépendance aux technologies étrangères dans les secteurs jugés critiques pour la sécurité nationale, tout en soulevant des questions sur la capacité du pays à remplacer rapidement les fournisseurs ciblés.









