Six contrats allemands devenus déficitaires
Reuters situe le principal foyer de difficultés dans six contrats allemands portant sur des trains régionaux Coradia Max. Représentant au total environ 5 milliards d'euros, ils devaient assurer une part importante de la croissance de la production cette année.
Le calendrier des six projets dépendait d'une première homologation, qui devait valider les cinq autres. Le retard pris sur ce projet initial a donc décalé tout le programme : la première certification est désormais attendue en mars 2028 seulement. Selon la direction, les six contrats sont devenus déficitaires, sous l'effet de problèmes techniques, d'insuffisances dans la gestion des projets et de conditions contractuelles strictes.
Une marge semestrielle négative malgré la hausse des ventes
Les résultats préliminaires publiés le 2 novembre montrent la dégradation de la rentabilité au premier semestre 2026/27, clos le 30 septembre 2026. La marge d'exploitation ajustée ressort à environ -4 %, alors qu'elle atteignait +6,4 % un an auparavant. Le flux de trésorerie libre est, lui, négatif de 1 248 millions d'euros.
Le chiffre d'affaires a pourtant progressé : il atteint 9,3 milliards d'euros, en hausse de 3 % en données publiées et de 2 % en organique. Dans les usines, la production est revenue à 1 860 voitures, contre 2 017 un an plus tôt, soit une baisse de 8 %.
Les prises de commandes ont également augmenté, passant de 10,5 milliards à 11,0 milliards d'euros sur le semestre. Le ratio entre commandes et chiffre d'affaires s'établit à 1,2. Le deuxième trimestre a concentré 8,4 milliards d'euros de commandes, avec un ratio de 1,8, témoignant de l'accélération de l'activité commerciale sur cette période.
Pour l'ensemble de l'exercice 2026/27, Alstom ne prévoit plus qu'environ 4 000 voitures produites, au lieu de 4 400 à 4 500. La croissance organique du chiffre d'affaires est attendue entre 2 % et 4 %, contre environ 5 % auparavant. Quant à la marge d'exploitation ajustée, l'objectif est ramené d'environ 6,5 % à environ 1 %. Le groupe précise que cette prévision annuelle suppose une remontée de la marge à environ 6,5 % au second semestre.
Une nouvelle chute du titre après plusieurs alertes
L'avertissement a entraîné une baisse d'environ 25 % à 28 % de l'action à la Bourse de Paris le 2 novembre, sa plus mauvaise séance depuis octobre 2023. Les analystes de Citi, cités par Reuters, estiment que la sortie de trésorerie annuelle prévue de 1,5 milliard d'euros équivaut à environ 20 % de la capitalisation boursière d'Alstom.
Sur le marché du crédit, Reuters rapporte que les contrats de protection contre le défaut, ou CDS, à cinq ans du groupe ont atteint environ 130 points de base. Ce niveau n'avait plus été observé depuis mai 2024, mais reste nettement inférieur aux près de 250 points de base enregistrés en 2023.
Il s'agit du quatrième avertissement majeur d'Alstom depuis la reprise de Bombardier en 2021. Après cette acquisition, le groupe avait découvert des commandes déficitaires ou moins rentables qu'attendu. En octobre 2023, le basculement soudain de sa prévision de trésorerie d'un solde positif à un solde négatif avait déjà fait perdre environ 40 % au titre et conduit à de sévères mesures de redressement.
Selon Reuters, l'alerte de novembre constitue aussi le deuxième revers majeur depuis l'arrivée de Martin Sion à la direction générale, en avril 2026. Quelques semaines après sa prise de fonctions, Alstom avait renoncé à son objectif de flux de trésorerie libre à trois ans et réduit sa prévision de rentabilité annuelle.
Un objectif de réduction de la dette d'ici septembre 2027
La dette nette atteignait 1,1 milliard d'euros au 30 septembre 2026, contre 0,4 milliard au 31 mars. Cette augmentation reflète notamment le flux de trésorerie libre négatif de 1 248 millions d'euros du semestre. Les 694 millions d'euros issus de l'émission d'une obligation verte et hybride, réalisée en juin 2026, en ont partiellement compensé l'effet.
Alstom a par ailleurs conclu, le 1er novembre 2026, une facilité de liquidité de 2,0 milliards d'euros avec une banque internationale de premier plan. Cet accord ne comporte aucun covenant financier et court jusqu'en novembre 2028.
Pour préserver une notation de crédit solide dans la catégorie "Investment Grade", le conseil d'administration a engagé l'examen de tous les leviers organiques et non organiques permettant de réduire la dette d'environ 2 milliards d'euros d'ici septembre 2027. Selon Reuters, une part importante de cette réduction devrait reposer sur des mesures non organiques. Alstom a déjà commencé à passer ses actifs en revue et prévoit de préciser ses intentions lors d'une journée investisseurs, le Capital Markets Day, au deuxième trimestre 2027.









