Économie

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Sophie Marchand

Turkish Airlines capitalise sur la crise au Moyen-Orient pour renforcer sa position mondiale

La compagnie aérienne turque profite des perturbations causées par le conflit au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d'Ormuz pour attirer les passagers qui évitent les hubs du Golfe, consolidant son ambition de devenir l'un des transporteurs majeurs mondiaux.

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La crise au Moyen-Orient renforce l'ambition de Turkish Airlines de devenir l'une des premières compagnies mondiales

Une famille parisienne de cinq personnes s'apprêtait à renoncer à ses vacances au Sri Lanka, prévues depuis plusieurs mois. Le voyage nécessitait une correspondance dans un aéroport du golfe Arabo-Persique, mais le conflit déclenché fin février 2026 par les frappes américaines et israéliennes contre l'Iran les en avait dissuadés. Trop d'incertitudes, trop de risques d'annulation, et une zone de guerre à proximité.

Finalement, cette famille a trouvé une solution alternative via Turkish Airlines, avec une escale à Istanbul.

Une bonne surprise. Un aéroport ultramoderne, et un confort à bord supérieur à la moyenne.
raconte la mère. Ce choix illustre un phénomène plus large : la crise au Moyen-Orient redistribue les cartes du transport aérien international, et Turkish Airlines figure parmi les grands bénéficiaires.

Un hub stratégiquement positionné

La compagnie turque affiche une croissance soutenue depuis une quinzaine d'années. En mai 2026, elle a transporté 7,9 millions de passagers, soit une hausse de 3,7 % par rapport à mai 2025. Sa flotte compte désormais environ 542 appareils, desservant quelque 818 routes à travers le monde. Ces chiffres témoignent d'une expansion continue, même en période de turbulences géopolitiques.

L'aéroport d'Istanbul constitue un atout majeur. Inauguré en avril 2019 pour remplacer l'ancien aéroport Atatürk, saturé, il offre une capacité annuelle actuelle de 80 millions de passagers, avec des plans d'expansion jusqu'à 200 millions. Cette infrastructure moderne connecte plus de 330 destinations dans le monde, avec 116 compagnies aériennes opérant depuis ses terminaux.

La position géographique d'Istanbul renforce cet avantage : la ville se situe dans un rayon de quatre heures de vol de 1,5 milliard de personnes. Cette localisation privilégiée permet à Turkish Airlines de capter les flux de passagers en transit entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique, particulièrement ceux qui cherchent désormais à éviter les hubs du Golfe.

Les compagnies du Golfe en difficulté

Le conflit qui a éclaté le 28 février 2026, lorsque les États-Unis et Israël ont lancé des frappes coordonnées contre l'Iran, a profondément perturbé le secteur aérien régional. L'Iran a réagi en fermant le détroit d'Ormuz, bloquant environ 1 500 navires et quelque 22 500 marins. Le détroit, par lequel transitaient en 2025 environ 25 % du commerce mondial de pétrole (20 millions de barils par jour) et 19 % du gaz naturel liquéfié, demeure effectivement fermé au trafic commercial.

Cette fermeture a provoqué une flambée des prix du kérosène et créé des risques de pénurie, mais surtout, elle a rendu les voyageurs réticents à transiter par les aéroports du Golfe. Les compagnies aériennes de la région, dont les modèles économiques reposent sur le transit de passagers via leurs hubs à Dubaï, Doha et Abou Dhabi, subissent de plein fouet ces bouleversements.

Les chiffres sont éloquents : selon l'Association du transport aérien international (IATA), les compagnies du Moyen-Orient devraient passer d'un bénéfice net de 7,2 milliards de dollars en 2025 à une perte collective de 4,3 milliards de dollars en 2026. En juin 2026, la demande de passagers dans la région a chuté de 13,9 % par rapport à l'année précédente.

Une redistribution des flux

Turkish Airlines n'est pas la seule à profiter de cette situation. Plusieurs transporteurs européens ont également enregistré une demande accrue sur leurs routes vers l'Asie et l'Afrique, les passagers recherchant des itinéraires alternatifs contournant les hubs perturbés du Golfe. Lufthansa, par exemple, a signalé une augmentation substantielle de la demande sur ces liaisons depuis le début du conflit.

Toutefois, Turkish Airlines bénéficie d'un avantage comparatif significatif. Contrairement aux aéroports européens souvent saturés, Istanbul dispose d'une marge de croissance considérable. La compagnie turque a d'ailleurs connu une expansion de 12 % par rapport à ses niveaux d'avant la pandémie de 2019, même si sa capacité sur le marché du Moyen-Orient a diminué de 23 % sur la même période, reflétant un repositionnement stratégique.

Malgré les défis liés à la hausse des coûts du carburant et aux incertitudes géopolitiques persistantes, Turkish Airlines semble bien positionnée pour consolider son ambition de devenir l'un des principaux transporteurs aériens mondiaux. La crise au Moyen-Orient, aussi dramatique soit-elle, accélère une dynamique déjà en cours : le renforcement d'Istanbul comme hub de transit incontournable entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique.

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