Économie

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Sophie Marchand

Accord de dernière minute : Washington suspend ses surtaxes de 50 % contre le Canada

Les États-Unis et le Canada ont conclu un accord provisoire deux heures avant l'échéance, suspendant pour trois jours les droits de douane de 50 % sur 20 milliards de dollars d'importations canadiennes. Les négociations se poursuivent dans un contexte de tensions commerciales persistantes.

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Accord de dernière minute : Washington suspend ses surtaxes de 50 % contre le Canada

Moins de deux heures avant l'expiration du délai, les États-Unis et le Canada sont parvenus à un accord de dernière minute, mardi 18 août 2026, permettant de suspendre pendant trois jours l'application de nouveaux droits de douane sur une série de produits canadiens.

« J'ai suspendu les droits de douane de 50 % contre le Canada pour une durée de trois jours, car le Canada et les États-Unis, sous réserve de la finalisation des documents, ont conclu un accord », s'est félicité le président Donald Trump sur Truth Social. Les services du représentant américain au commerce, Jamieson Greer, ont confirmé que cet accord prévoyait « un accès complet au marché canadien pour tous les produits américains ».

Le premier ministre canadien Mark Carney, qui a pris ses fonctions en mars 2025 après la démission de Justin Trudeau, s'est montré plus prudent. « Des progrès substantiels ont été réalisés, bien qu'il reste encore du travail important à accomplir », a-t-il déclaré, confirmant la suspension des droits de douane « jusqu'à la fin de la journée du 21 août ».

Un accord commercial sous pression

Ces nouvelles surtaxes, annoncées à la mi-juillet, devaient frapper l'équivalent de 20 milliards de dollars d'importations canadiennes, ciblant des produits aussi variés que le ciment, les crosses de hockey sur glace ou la bière. Bien que cette somme ne représente qu'une fraction des 383 milliards de dollars que le Canada exporte annuellement vers les États-Unis, ces mesures marquaient une escalade significative dans les tensions commerciales entre les deux pays.

La nouveauté de ces droits de douane résidait dans le fait que certains produits visés entraient jusqu'alors aux États-Unis dans le cadre de l'accord de libre-échange Canada-États-Unis-Mexique (Aceum), entré en vigueur le 1er juillet 2020. Cet accord prévoit une clause de révision obligatoire tous les six ans, et les trois pays devaient se réunir le 1er juillet 2026 pour décider de son extension pour seize années supplémentaires. Les États-Unis ayant refusé de confirmer leur intention de prolonger l'accord, celui-ci fait désormais l'objet de révisions annuelles jusqu'à son expiration potentielle en 2036.

Une équipe de négociateurs canadiens était encore présente mardi à Washington, mandatée par Mark Carney pour offrir des concessions ciblées afin d'empêcher l'entrée en vigueur de ces nouvelles surtaxes et de réduire celles déjà en place. Le premier ministre et le président américain se sont par ailleurs entretenus au téléphone lundi et mardi.

Un cycle d'escalade tarifaire

Pour justifier ces nouveaux droits de douane, Washington avait invoqué les représailles prises par Ottawa en réponse aux précédentes surtaxes américaines. Selon la Maison Blanche, le Canada était l'un des deux seuls pays avec la Chine à avoir riposté aux efforts américains pour « rééquilibrer leur balance commerciale ». L'administration Trump a également dénoncé le boycott mis en place par la plupart des provinces canadiennes contre les alcools américains, en réaction aux déclarations répétées du président sur son souhait de faire du Canada le « 51e État » américain.

Cette crise s'inscrit dans un conflit commercial plus large qui a débuté le 1er février 2025, lorsque Donald Trump a annoncé des droits de douane généralisés sur les produits canadiens, notamment une surtaxe de 25 % sur la plupart des importations. Le Canada a répliqué par des mesures de rétorsion sur 30 milliards de dollars de produits américains, montant qui a grimpé à 155 milliards de dollars après trois semaines d'escalade.

En février 2026, la Cour suprême américaine a annulé certains de ces droits de douane imposés en vertu de la loi sur les pouvoirs économiques d'urgence internationaux, statuant par six voix contre trois que cette législation n'autorisait pas le président à imposer des tarifs douaniers. Cependant, la majorité des importations canadiennes, conformes à l'Aceum, étaient déjà exemptées, limitant l'impact pratique de cette décision.

Des enjeux économiques asymétriques

Les États-Unis et le Canada demeurent des partenaires commerciaux majeurs, mais les enjeux sont asymétriques. Selon les données de Statistique Canada pour 2025, le Canada exporte 73 % de ses marchandises vers les États-Unis et en importe 46 %, illustrant la dépendance économique d'Ottawa envers son voisin du sud. Le Canada est également le principal fournisseur d'énergie des États-Unis, sa part dans les importations américaines de pétrole brut passant de 41 % en 2015 à 64 % en 2025.

Les négociations entre les deux pays ne sont pas terminées, et les discussions sur les conditions de l'Aceum se poursuivent. Donald Trump n'a cessé de critiquer cet accord, qu'il avait pourtant négocié lors de son premier mandat pour remplacer l'ancien accord de libre-échange nord-américain. Les relations diplomatiques entre les trois pays membres de l'Aceum se sont considérablement tendues depuis le retour de Trump à la Maison Blanche.

Lors de l'annonce des droits de douane fin juillet, Mark Carney avait dénoncé une « violation directe » de l'Aceum, assurant que le Canada avait « pris des mesures équivalentes ». Le Canada et le Mexique, qui acheminent plus de 80 % de leurs exportations vers les États-Unis dans le cadre de cet accord, demeurent parmi les principales cibles de la guerre commerciale lancée par l'administration Trump en janvier 2025.

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