Garry Kasparov affirme être visé par un complot d'assassinat orchestré par les services russes
Garry Kasparov, figure emblématique de l'opposition russe en exil et ancien champion du monde d'échecs, a annoncé jeudi 1er octobre avoir été averti par les services de sécurité lituaniens et américains que sa vie et celle de son collaborateur Ivan Tioutrine étaient menacées. Les deux hommes figureraient sur une liste de cibles à assassiner établie par les services de renseignement russes.
La nouvelle selon laquelle, avec mon associé de longue date et cofondateur du Forum de la Russie Libre, Ivan Tioutrine, nous sommes sur une liste de cibles à assassiner, n'est pas une surprise pour moi, mais c'est malgré tout un choc. Les services de sécurité lituaniens et américains nous ont informés que nos vies étaient en danger et que nous devrions prendre des mesures de précaution. Je l'ai fait et continuerai à le faire.
Un réseau international d'assassinats démantelé
Cette révélation intervient après l'inculpation à la mi-septembre par le ministère de la justice américain de cinq agents présumés des services de renseignement russes. Yuri Khrameev, 63 ans, ancien colonel du renseignement russe, son fils Kirill Khrameev, 27 ans, officier du FSB, ainsi que trois ressortissants d'Amérique latine – Oemis Romagoza Durruthy, 35 ans, et Yaidel Delgado Suarez, 35 ans, tous deux Cubains, et Angel Eduardo Castro, 22 ans, Vénézuélien – sont accusés d'avoir conspiré pour commanditer des assassinats et financer des attentats aux États-Unis et en Europe. Les cinq individus demeurent en fuite.
Selon l'enquête américaine, le réseau aurait proposé environ 40 000 dollars à un recruteur basé aux États-Unis pour assassiner un important dissident russe à Washington pendant l'été 2026. Les conspirateurs utilisaient un langage codé, faisant référence à l'assassinat comme à de la « construction » et à la surveillance comme à la « mesure d'un terrain ». Dans une autre opération en 2025, le réseau aurait tenté de recruter un citoyen américain pour éliminer une cible en Lituanie, offrant environ 25 000 dollars.
Le Forum de la Russie Libre dans le viseur du Kremlin
Kasparov et Tioutrine ont cofondé en mars 2016 à Vilnius, en Lituanie, le Forum de la Russie Libre, une organisation qui organise des conférences bisannuelles rassemblant des opposants au régime de Vladimir Poutine. L'organisation a été déclarée « indésirable » par la Russie en 2023, avant d'être ajoutée à la liste des « organisations terroristes » en août 2025.
Ivan Tioutrine a été inscrit en février 2024 sur la liste des extrémistes et terroristes établie par Rosfinmonitoring, l'autorité russe de surveillance financière. En avril 2024, il a été arrêté par contumace pour des accusations d'organisation d'activités terroristes. Quant à Kasparov, un tribunal russe a émis un mandat d'arrêt international à son encontre en mai 2026.
La désignation comme « agent de l'étranger » que Kasparov a reçue en 2022 en Russie entraîne de lourdes restrictions : interdiction d'occuper des postes dans la fonction publique, d'enseigner dans des institutions publiques, d'organiser des événements publics, de participer à des activités électorales ou de travailler avec des mineurs. Les violations peuvent entraîner des amendes allant jusqu'à 500 000 roubles et une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à cinq ans.
Une campagne d'assassinats transnationaux
Selon les autorités américaines, ce réseau d'assassinats opère depuis au moins 2024, ciblant des dissidents russes, des transfuges et des pays perçus comme soutenant l'Ukraine. Le réseau aurait également recruté des individus pour commettre des actes de terrorisme contre des infrastructures civiles et militaires dans des pays européens alignés sur l'Ukraine.
Le complot visant à assassiner un dissident russe sur le sol américain représente une escalade inhabituelle et audacieuse, de telles opérations ayant historiquement été concentrées en Europe. La Russie a considérablement intensifié ses tentatives d'assassinats ciblés à travers l'Europe depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022, avec des cas notables incluant l'empoisonnement au Novichok de Sergueï Skripal à Salisbury en 2018, le meurtre d'un Tchétchène-Géorgien à Berlin en 2019, et l'assassinat en 2024 du pilote transfuge Maxim Kuzminov en Espagne.
Parmi les autres cibles présumées du réseau figure Ilya Ponomarev, seul député de la Douma d'État à avoir voté contre l'annexion de la Crimée en 2014. Exilé en Ukraine, il affirme avoir survécu à cinq tentatives d'assassinat. Vladimir Kara-Murza, autre figure de proue de l'opposition russe, qui a survécu à deux empoisonnements suspects et a été emprisonné en Sibérie avant d'être libéré en 2024 dans le cadre d'un échange de prisonniers impliquant des agents russes, aurait également été mentionné comme cible potentielle.
Un opposant historique de Poutine
Né en 1963 en Azerbaïdjan, alors république soviétique, Garry Kasparov a dominé le monde des échecs dans les années 1980, notamment lors de son duel légendaire contre Anatoli Karpov, avant de se consacrer à l'opposition politique contre Vladimir Poutine. Craignant des poursuites judiciaires, il a quitté la Russie en 2013 et réside désormais aux États-Unis, d'où il continue de dénoncer le pouvoir russe et son invasion de l'Ukraine.
Après la mort d'Alexeï Navalny en prison le 16 février, Kasparov avait directement accusé le président russe :
Poutine a échoué à tuer Navalny rapidement et secrètement en le faisant empoisonner, et maintenant il l'a assassiné lentement et publiquement en prison. Navalny a été tué pour avoir dévoilé les escrocs et les voleurs que sont Poutine et sa mafia.









