Les États-Unis renforcent leur arsenal de sanctions contre la Russie et l'Iran
La Chambre des représentants américaine a approuvé mercredi 16 septembre un ensemble inédit de sanctions contre la Russie et ses alliés, marquant la première action législative majeure du Congrès contre Moscou depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Le texte, baptisé « Loi Lindsey O. Graham de sanctions contre la Russie et l'Iran de 2026 », a été adopté par 262 voix contre 159.
Cette législation représente une escalade significative dans la pression économique exercée sur la Russie pour son rôle dans la guerre contre l'Ukraine, conflit qui dure depuis plus de quatre ans et demi depuis l'invasion de février 2022. Le texte cible pour la première fois du côté américain la « flotte fantôme » russe, un réseau de pétroliers vieillissants et non enregistrés qui facilite environ 65 % du commerce maritime de pétrole russe et transporte quelque 3,7 millions de barils par jour, permettant à Moscou de contourner les sanctions occidentales sur les prix du pétrole.
La loi confère au président américain le pouvoir d'imposer des droits de douane pouvant atteindre 100 % sur les cinq principaux pays importateurs de gaz et de pétrole russes. Cette disposition vise notamment la Chine et l'Inde, qui reçoivent ensemble environ 80 % des exportations pétrolières totales de la Russie en 2026, Pékin achetant 50 % et New Delhi 36 à 37 % des exportations de brut russe.
Le texte s'attaque également aux secteurs russes de l'énergie et de la défense, ainsi qu'au président Vladimir Poutine et à d'autres hauts responsables du Kremlin. Il étend par ailleurs les sanctions à l'Iran, prolongeant la loi de sanctions iranienne de 1996 jusqu'en 2031 et ciblant les exportations pétrolières iraniennes, plusieurs navires de la flotte fantôme ayant transporté à la fois du pétrole russe et iranien.
La législation porte le nom du sénateur républicain de Caroline du Sud Lindsey Graham, décédé le 11 juillet 2026 à l'âge de 71 ans des suites d'une dissection aortique, quelques heures seulement après son retour d'un voyage en Ukraine où il avait rencontré le président Volodymyr Zelensky. Fervent défenseur de l'Ukraine et critique virulent de la Russie et de l'Iran, Graham avait promu ce texte depuis avril 2025.
Un soutien bipartisan au Sénat, des divisions à la Chambre
Le Sénat avait adopté le projet de loi début août par 86 voix contre 11, reflétant un soutien bipartisan écrasant qui contraste avec le vote plus divisé de la Chambre. Cette différence s'explique par les réticences des élus démocrates à accorder à Donald Trump une latitude complète sur l'imposition de surtaxes douanières, l'outil économique favori du président.
L'opposition démocrate s'est cristallisée autour des inquiétudes concernant l'attribution au président d'un pouvoir sans contrôle pour imposer des tarifs jusqu'à 100 % sur les pays qu'il désigne comme facilitant le contournement des sanctions, sans garde-fous ni supervision. Malgré ces réserves, cinquante-huit démocrates de la Chambre se sont joints à la majorité des républicains pour faire avancer la législation.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est fortement mobilisé pour soutenir le projet de loi, notamment lors d'une visite à Washington en juillet. Son plaidoyer intervient alors que la Russie multiplie les frappes sur l'Ukraine. Mercredi même, une attaque de drone russe sur un bus dans le sud du pays a fait au moins cinq morts.
L'adoption rapide du texte s'inscrit dans un calendrier législatif contraint, les membres de la Chambre devant bientôt quitter Washington pour mener campagne en vue des élections de mi-mandat prévues le 3 novembre 2026, lors desquelles les 435 sièges de la Chambre et 35 sièges du Sénat seront en jeu.
Cette législation s'ajoute à l'aide financière américaine à l'Ukraine, qui s'est élevée à 7,5 milliards de dollars en 2026, avec près de 300 millions supplémentaires attendus dans les mois à venir selon le sous-secrétaire au Trésor Jonathan Greenstein. Les gouvernements occidentaux ont déjà sanctionné plus de 600 pétroliers de la flotte fantôme en 2026, dont 183 navires dans une seule action américaine.
« Une fois que le projet de loi aura été signé et entrera en vigueur, nous espérons que les États-Unis veilleront à sa stricte application afin de mettre fin aux flux financiers alimentant le trésor de guerre du Kremlin », a déclaré Svitlana Romanko, directrice de l'organisation ukrainienne Razom We Stand. « Chaque jour de retard, c'est un jour où nous devons enterrer davantage de personnes en Ukraine. »









