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Claire Moreau

Cargo libéré au large de la Somalie : Mogadiscio et Ankara revendiquent une victoire militaire, le Puntland dénonce une rançon

Le navire Lutuf, détourné le 17 août par des pirates somaliens, a été libéré après une opération de dix jours menée par l'armée somalienne et la marine turque. Le Puntland accuse toutefois le gouvernement fédéral et la Turquie d'avoir versé une rançon, ravivant les tensions politiques.

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Cargo libéré au large de la Somalie : Mogadiscio et Ankara revendiquent une victoire militaire, le Puntland dénonce une rançon

L'État semi-autonome du Puntland, dans le nord-est de la Somalie, a accusé samedi 29 août le gouvernement fédéral et la Turquie d'avoir versé une rançon importante pour libérer le cargo Lutuf, alors que Mogadiscio attribue ce succès à une intense « pression militaire ».

Le Lutuf, battant pavillon camerounais, avait été détourné le 17 août par huit hommes armés au large de Marayaa, dans le district d'Eyl, en pleine région de Nugaal. Les pirates avaient lancé leur attaque depuis le MV Sward, un autre navire dont ils s'étaient emparés le 26 avril avec son équipage de quinze personnes — treize Syriens et deux Indiens. Ce bâtiment, utilisé comme plateforme mobile, illustre l'évolution tactique des pirates somaliens qui emploient désormais des navires capturés pour étendre leur rayon d'action loin des côtes.

Au moins huit membres d'équipage se trouvaient à bord du Lutuf lors de sa capture, dont un ressortissant turc, selon des sources au Puntland.

Quatorze pirates tués selon Mogadiscio

Le ministère de la défense somalien a affirmé dans un communiqué qu'une opération de dix jours menée conjointement par l'armée somalienne et la marine turque avait permis la libération du navire. « Quatre embarcations utilisées par les pirates ont été détruites et quatorze pirates ont été tués. La pression militaire soutenue a finalement contraint les pirates restants à abandonner le navire », précise le communiqué, sans mentionner de versement de rançon.

Cette intervention s'inscrit dans le cadre d'un accord de défense et de coopération économique signé en février 2024 entre Ankara et Mogadiscio, qui confère aux forces navales turques un mandat de dix ans pour patrouiller dans les eaux somaliennes et protéger les ressources au large. La Turquie exploite depuis 2017 sa plus grande base militaire à l'étranger en Somalie, TURKSOM, qui a formé plus de 5 000 membres du personnel de sécurité somalien.

Le Puntland dénonce une « erreur grave »

Les autorités du Puntland ont fermement contesté cette version. Tout en saluant la libération du navire et de son équipage, elles « condamnent fermement la rançon versée par des responsables du gouvernement fédéral et du gouvernement turc », selon un communiqué du ministère de la sécurité de l'État semi-autonome, qui qualifie cette décision d'« erreur grave et dangereuse ».

Cela crée une incitation financière qui encourage la piraterie et compromet les efforts visant à obtenir la libération des autres navires encore détenus par des pirates

poursuivent les autorités du Puntland, qui entretiennent des relations tendues avec Mogadiscio depuis mi-2026. Le Puntland a même retiré sa reconnaissance du président fédéral somalien à la suite de désaccords sur des réformes constitutionnelles et sur la légitimité du mandat fédéral.

Le versement d'une rançon — et son montant éventuel — n'a été confirmé officiellement ni par la Turquie ni par le gouvernement fédéral somalien. Des médias internationaux ont affirmé que des armes turques se trouvaient à bord du Lutuf, information que ni Mogadiscio ni le Puntland n'ont confirmée. Selon le site Marine Traffic, le cargo avait quitté fin juillet la Turquie, l'un des principaux partenaires militaires et économiques de la Somalie, en route vers le port tanzanien de Dar es-Salaam.

Une résurgence inquiétante de la piraterie

Au total, vingt-deux hommes armés auraient quitté le Lutuf et débarqué sur les côtes du port de pêche de Jifle, également situé dans la province de Nugaal, avant de se diriger vers la ville portuaire de Garacad où la rançon leur aurait été remise, selon des sources sécuritaires. Le Puntland a en outre accusé le gouvernement turc d'avoir « bombardé et tué des jeunes présents au large des côtes du Puntland, et détruit des bateaux de pêche ».

Cette affaire s'inscrit dans une recrudescence préoccupante de la piraterie au large de la Corne de l'Afrique. Au moins quinze attaques ont été recensées au large de la Somalie depuis le début de l'année, un record depuis 2013. Le Bureau maritime international avait déjà alerté sur cette « résurgence inquiétante » au premier trimestre 2024, avec cinq incidents enregistrés contre aucun durant la même période en 2022 et 2023.

La région d'Eyl, ancien village de pêcheurs devenu dans les années 2000 un haut lieu de la piraterie somalienne, connaît une activité renouvelée. Entre 2007 et 2012, sa baie naturelle servait d'ancrage principal pour les navires capturés. Après un pic en 2011 avec 286 incidents recensés par l'Organisation maritime internationale et un coût estimé à 18 milliards de dollars pour l'économie mondiale en 2010, les actes de piraterie avaient fortement diminué grâce au déploiement de navires militaires internationaux, à la création d'une police maritime entraînée par l'Union européenne au Puntland et à diverses mesures prises par les armateurs commerciaux.

Le MV Sward a également servi de plateforme pour détourner deux bateaux de pêche iraniens en juillet, les pirates obtenant une rançon de 20 000 dollars par navire. Au moins cinq navires demeurent retenus par les pirates somaliens, le dernier ayant été détourné le 20 août au large du Yémen.

Cette résurgence, née dans les années 2000 de la pauvreté et de la colère de communautés de pêcheurs locaux privées de poissons par les chalutiers étrangers opérant illégalement au large d'une Somalie alors sans autorité centrale, menace à nouveau la sécurité maritime dans cette zone stratégique.

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